Après avoir brillé sur le circuit Golden Trail World Series, l’OCC, le Marathon du Mont-Blanc et Zegama, la discrète Néo-Zélandaise de 32 ans, Caitlin Fielder, tente à l’automne 2024 d’allonger la distance. En octobre dernier, face à un plateau dense, elle s’impose au Grand Trail des Templiers. En février, elle prend la 2e place du Tarawera Ultra-Trail 100K en Nouvelle-Zélande, décrochant son Golden Ticket pour la Western States dont elle sera l’une des favorites le 28 juin prochain. Et quand elle ne court pas, elle customise les chaussures des stars du Tour de France dont Tadej Pogačar, triple vainqueur de la Grande Boucle. Portrait d’une des coureuses les plus atypiques du circuit.
Si la Western States sera sa toute première tentative sur un 100 miles - et donc sa plus longue course - Caitlin Fielder ne compte pas rester aux arrière-postes malgré une préparation perturbée par une blessure au pied sur le Tarawera Ultra-Trail 100K. « Ma préparation aurait pu être meilleure. Mais la peur de l’échec ne me fera pas renoncer », nous confie-t-elle. « Je vais y aller étape par étape, et voir comment la course évolue ».
Une philosophie qui la suit depuis longtemps - quitter sa Nouvelle-Zélande natale pour s’installer en Andorre, lancer son entreprise de customisation de chaussures de cyclisme pour les plus grands noms du peloton… À chaque étape, Caitlin Fielder a tracé son propre chemin.
De Rotorua aux Pyrénées, le parcours d’une touche-à-tout
Caitlin a grandi à Rotorua, sur l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande, au sein d’une famille soudée et passionnée de sports de plein air. Touche-à-tout, de la voile à la natation en passant par la course d’orientation, elle n’a commencé à courir que sur le tard.
Elle suit sa sœur aînée, Chelsea, à l’université du Bay of Plenty Polytechnic, où elles ont toutes deux étudié les sciences biologiques et partagé un appartement pendant trois ans. « Ma famille, c’est mon pilier, confie-t-elle. Tout ce que j’ai accompli vient de ce que mes parents nous ont transmis. C’est dur de vivre loin d’eux, à l’autre bout du monde. Ils se lèvent en pleine nuit pour suivre mes courses, en espérant m’apercevoir à l’écran ».
Au début de son parcours universitaire, Caitlin obtient une bourse pour effectuer des relevés sur les récifs coralliens en Papouasie-Nouvelle-Guinée. À son retour, elle se tourne vers la boxe, s’entraînant deux fois par jour pour préparer son premier combat. Après cette expérience intense, elle fait un break — et s’inscrit à l’Old Ghost Ultra, une course d’ultra-trail sur la côte ouest de l’île du Sud, en Nouvelle-Zélande. « Je n’avais aucune idée de ce que je faisais, mais j’ai aimé courir » raconte-t-elle.
Après avoir obtenu son diplôme, Caitlin travaille au Cawthron Institute à Nelson, en Nouvelle-Zélande, dans la recherche en aquaculture. « On étudiait la reproduction des huîtres, on passait douze heures par jour au labo, ce qui n’était pas pour moi », explique-t-elle.
Son compagnon, George Bennett, l’a convaincue de s’installer en Espagne, où il s’entraînait comme cycliste professionnel (il roule actuellement pour Israel-Premier Tech, une équipe pro du World Tour UCI). « Il était pro depuis cinq ans et avait sa communauté, moi je voulais écrire ma propre histoire, pas juste l’accompagner. C’est à ce moment que j’ai lancé mon activité de peinture personnalisée et que le trail m’a aidée à rester disciplinée ».
Aujourd’hui, le couple vit en Andorre. « C’est un mélange étrange de paysages montagneux incroyables et d’un paradis fiscal, presque un oxymore. Des gens qui cherchent de l’alcool et des cigarettes à bas prix, d’autres qui viennent pour ses sentiers et ses montagnes exceptionnels. Pour nous, c’est parfait pour l’entraînement en altitude. Même si c’est un endroit étrange, je l’adore ».

Du cours au long
Au bout de quatre années sur le circuit de la Golden Trail Series, une certaine lassitude s’est installée. Aller deux fois par an à Chamonix, qui la faisait rêver au début, était devenu répétitif. Elle a donc tenté sa chance dans l’ultra pour voir si les longues distances et les volumes d’entraînement plus élevés lui convenaient. Et si cela n'avait pas été le cas, elle se laissait la possibilité de revenir sur des formats plus courts — mais seulement après s’être accordé une vraie chance.
« J’ai décidé d’essayer les Templiers, et j’ai été agréablement surprise », raconte-t-elle. « Pareil pour Tarawera. Ça faisait un moment que je voulais courir le 100 km là-bas, et comme je me sentais prête, je me suis lancée. Le fait que ce soit une course Golden Ticket m’a encore plus motivée. Je ne sais toujours pas encore si courir pendant 15 heures d’affilée me conviendra, mais sans avoir essayé, je ne le saurais jamais ».
Avec son entraîneur, Robbie Britton, Caitlin Fielder a augmenté le volume de ses séances jusqu’à 130 kilomètres de course par semaine, qu’elle complète par beaucoup de cross-training.
« Je fais aussi pas mal de vélo — hier encore, j’ai roulé pendant sept heures », dit-elle. « Je ne vois pas l’intérêt de flirter avec les limites en accumulant trop de volume en course. Le vélo m’offre un bon équilibre avec moins de risque de blessure. Je sais que si j’aime quelque chose, j’aurai envie de continuer longtemps ».

Artiste en vogue au sein du peloton
La néo-zélandaise a toujours eu un côté créatif. Elle a étudié les arts plastiques au lycée et a vendu quelques œuvres en parallèle de ses études à l’université. Après son installation en Andorre, l’art lui est apparu comme le moyen le plus simple de lancer son activité, tout en gardant la liberté de voyager avec George sur les courses. « J’ai décidé de tenter le coup », raconte-t-elle. « J’ai commencé par peindre des portraits d’animaux — chiens, chats, chevaux — mais c’était un marché complètement saturé ».
Pour l’anniversaire de George, en 2016, Caitlin lui a peint une paire de chaussures de vélo personnalisées, qu’il a portées lors d’une étape du Tour de France. « À l’époque, très peu de gens avaient des chaussures customisées, donc ça sortait vraiment de l’ordinaire », explique-t-elle. « C’est devenu un vrai phénomène, plein de gens m’ont contactée et le bouche-à-oreille a fait le reste. J’ai aussi la chance de connaître pas mal de coureurs sur le World Tour, ça m’a beaucoup aidée ».
Le déclic s’est produit quand Tadej Pogačar — triple vainqueur du Tour de France — est monté sur le podium avec une paire de ses chaussures aux pieds. Depuis, elle a aussi peint pour Primož Roglič, Wout van Aert ou encore Mathieu van der Poel — quelques-uns des plus grands noms du peloton. L’activité a tellement explosé que sa liste d’attente atteint aujourd’hui près de quatre mois.
Un saut vers l’inconnu
De la plongée sous-marine à l’ultra Old Ghost, en passant par un déménagement à l’autre bout du monde sur un coup de tête, Caitlin Fielder se jette sans hésiter vers l’inconnu. Une capacité qu’elle cultive depuis des années — et qui sera sans doute son plus grand atout pour affronter la Western States, une course inédite pour elle, préparée tant bien que mal.
« Si tu ne saisis pas les opportunités quand elles se présentent, tu n’en auras peut-être pas d’autres », dit-elle. « J’ai la chance d’être dans une position qui me permet de prendre des risques mesurés. Et si ce n’est pas maintenant, alors quand ? » ?
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