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Wanda Rutkiewicz
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Recluse dans un monastère ou morte ? La mystérieuse disparition de Wanda Rutkiewicz, première femme à avoir gravi le K2

  • 5 mars 2025
  • 6 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Disparue le 12 mai 1992 à 49 ans sur le Kangchenjunga, le 3e sommet le plus haut du monde, au Népal, alors qu’elle tentait l’ascension de son 8e sommet de plus de 8000 m, l’illustre alpiniste polonaise, laisse derrière elle un palmarès étourdissant, un héritage capital pour les femmes, mais aussi un gros point d'interrogation. Son corps n’a jamais été retrouvé. Et, plus de trente ans après que son compagnon de cordée, le Mexicain Carlos Carsolio, l’ait vue pour la dernière fois, à 8 300 mètres, on spécule encore sur son sort. Cette femme forte, férue de bouddhisme et déjà très éprouvée par les épreuves de la vie, ne serait-elle pas encore vivante, recluse dans un monastère tibétain ? Elle aurait aujourd’hui 82 ans. C’est l’une des hypothèses qu’explore « The last expedition », remarquable documentaire d'Eliza Kubarska, au programme dans quelques jours du festival « Les rendez-vous de l’aventure » de Lons-le-Saunier. L’occasion de dresser le portrait d'une personnalité charismatique qui a suscité en son temps autant de polémiques que d'hommages. 

En Pologne, c’est une héroïne nationale dont les exploits sur les plus hauts sommet du monde ont fait la une dans les années 70 et 80. Dans l’univers de l’alpinisme, c’est une référence majeure, ne serait-ce que pour s’être imposée comme la première personne à gravir le Gasherbrum III en 1975, avec Alison Chadwick-Onyszkiewicz, Janusz Onyszkiewicz and Krzysztof Zdzitowiecki. Et pour les femmes, c’est un exemple, pour avoir été notamment la première européenne à gravir le mont Everest, et la première de l’histoire à gravir le K2, sans oxygène de surcroît. Elle faisait partie d'une petite expédition dirigée par Liliane et Maurice Barrard qui y trouveront, eux, la mort ( 11 autres alpinistes n’en reviendront pas non plus cet été-là)

L’Everest, le K2… autant de jalons dans la course aux 8 000, ce qu’elle appelle sa « Caravane de rêves » dans laquelle elle s’était lancée en 1975. Les grands alpinistes tels que Reinhold Messner et Jerzy Kukuczka, y avaient déjà inscrit leur nom à la fin des années 1970 et au début des années 1980, elle entendait, elle aussi, y graver le sien. Le Kangchenjunga aurait dû être son 8e sommet. C’était sa troisième tentative, et elle s’y était lancée cette fois-là, avec son équipe mexicaine. C’est son dernier compagnon, l'alpiniste Carlos Carsolio, qui la verra pour la dernière fois le 12 mai 1992, à 8 300 mètres sur la face nord-ouest de la montagne. Il en redescendait et, très affaibli lui-même, n’avait plus la force mentale de la convaincre de redescendre, alors qu’elle prétendait vouloir bivouaquer pour tenter le sommet le lendemain. La fatigue extrême et l’altitude, seront fatales à la Polonaise.

https://youtu.be/2dDKImwtlag?si=gpCkgOVe9eW-1QVh

En 1995, un corps est retrouvé, c'est une fausse piste

Malgré l’intervention des secours, le corps de Wanda ne sera jamais retrouvé. Trois ans après Kukuczka, l’alpinisme polonais perdait sa deuxième grande figure. On crut, pourtant, en 1995, que Fausto de Stefani, Marco Galezzi et Silvio Mondinelli l’avaient repérée sur la face sud-ouest, suggérant qu'elle avait grimpé l'arête nord-ouest jusqu'à un point très proche du sommet, avant de tomber sur la face sud-ouest. Mais une analyse plus détaillée des découvertes faites par les alpinistes italiens indique qu'il s'agit probablement du corps de l'alpiniste bulgare Yordanka Dimitrova, tuée par une avalanche sur la face sud-ouest du Kangchenjunga en octobre 1994. On ne sait donc pas si Wanda Rutkiewicz est parvenu à la cime du Kangchenjunga. Dans ce cas, elle aurait été la première femme à atteindre le sommet des trois plus hautes montagnes du monde. 

Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les suppositions sur le sort d'une femme dotée d'une volonté hors normes. Parmi les nombreuses anecdotes qui ont nourri sa légende, on cite volontiers celle de sa marche d'approche d'une de ses expéditions sur le K2. Peu avant de s’engager dans cette expédition réservée aux femmes – ce qu’elle affectionnait, ses expériences en cordées mixtes la frustrant - Wanda subit une fracture de la jambe en chutant lors d’une tentative à l’Elbrouz. Refusant de renoncer au K2, elle effectue en 11 jours les 150 kilomètres de la marche d’approche, soutenue par des béquilles et un moral d’acier, pour superviser ensuite depuis le camp de base, l’expédition de ses amies. Elle en reviendra dans les mêmes conditions, sur ses béquilles.

Une alpiniste dure au mal, à la volonté inébranlable

Dès lors, ceux qui ont suivi son cheminement n’écartent aucune option, même les plus folles. Le mental, elle l’a. C’est une évidence pour cette femme qui en 1976 a contracté une méningite et a dû réapprendre à manger, à parler et à marcher. La force physique et la technique aussi : un seul regard sur son parcours fulgurant en convainc. Un père ingénieur féru d'alpinisme, une mère passionnée de récits himalayens, un pays, la Pologne, alors derrière le rideau de fer, où les alpinistes sont des héros : tous les ingrédients sont réunis pour nourrir l’imagination et canaliser l’énergie de la jeune Polonaise, née en Lituanie en 1943. Wanda, qui deviendra ingénieure électricienne, a beau afficher une silhouette frêle, du haut de ses 1,68 m elle excelle dans pratiquement tous les sports, notamment l’athlètisme et le volley ball, sport qui faillit la propulser jusqu’aux Jeux olympiques de 1964. Mais c’est dans l’escalade et l’alpinisme qu’elle va s’accomplir totalement, comme elle l’écrira : « Ces premières années d'escalade ont été parmi les plus heureuses. Nous passions nos nuits dans des grottes, car peu d'entre nous possédaient des sacs de couchage, et nous nous réchauffions devant un feu. L'atmosphère était extraordinaire. J'aimais tous les autres alpinistes et je sentais qu'ils m'aimaient bien. J'étais un membre à part entière d'un vrai groupe ». 

Au départ, c’est un peu le fruit du hasard. On raconte que tombée en panne d'essence alors qu’elle conduisait une Junak, la moto polonaise la plus lourde, elle aurait rencontré un certain Bogdan Jankowski qui pratiquait l'escalade depuis deux ans. Avec lui, elle va découvrir les montagnes du Faucon, avant de voir beaucoup plus grand, direction les Tatras, non loin de la frontière Slovaque et le Pamir avec Andrzej Zawada. Une expérience dont elle sortira convaincue que les cordées féminines lui conviennent bien mieux. « Je tenais à faire de l'escalade avec des femmes, car lorsque je fais de l'escalade avec des partenaires qui s'attendent toujours à diriger et à chercher les itinéraires, je perds tout sens des responsabilités. (…). Comment pouvons-nous espérer distinguer les bons grimpeurs des moins bons, quel que soit leur sexe, tant que nous n'aurons pas une solide représentation de femmes grimpeuses indépendantes et autonomes en montagne ? Il pourrait alors y avoir une compétition équitable. Je suis compétitrice par nature, mais je veux des règles équitables », expliquera-t-elle dans l’un des nombreux témoignages écrits et sonores qu’elle laissera, documents, dont s’est largement inspiré le documentaire que lui a dédié d'Eliza Kubarska, réalisatrice à laquelle on doit déjà l’excellent film « Le Mur de l’ombre ». 

Réfugiée dans un monastère tibétain ?

Malgré les difficultés financières – les sponsors ne sont guère ouverts aux expéditions féminines, elle va donc réaliser des films pour trouver les budgets nécessaires - on verra donc Wanda sur la face nord de l’Eiger, le Cervin et les Drus, le plus souvent en compagnie d’autres femmes. En 1970, elle se découvre une grande aptitude à la haute altitude, lors d'une expédition sur le Pic Lénine. Dès lors, les expéditions vont s’enchaîner. Troisième femme au sommet de l’Everest en 1978, le Nanga Parbat en 1985, l’Annapurna en 1991, via sa redoutable face sud lors d’une ascension au final en solitaire controversée. En 1986, c’est le K2, et, en 1992, le Kangchenjunga. IL lui sera fatal. 

A moins qu’elle ait survécu et ait décidé, laisse entendre la rumeur, de poursuivre sa vie autrement. Hypothèse qu’explore le « The last expédition ». Avant de disparaître dans sa quête des huit mille, Wanda n’a-t-elle pas confié à sa mère que si elle ne revenait pas, cela voulait dire qu'elle était devenue nonne dans l'un des monastères les plus reculés de la région ? Une piste que rien ne confirme, ni ne dément à ce jour. Ses journaux intimes et ses lettres, laissent entendre que cette alpiniste, dont la vie était marquée par la mort violente de son frère, âgé de cinq ans, puis l’assassinat de son père, la disparition de nombreux compagnons et compagnes de cordée, était sans doute déchirée entre sa personnalité axée sur les objectifs et l'influence inévitable des philosophies orientales niant l'égo. Ce que laissent entendre les témoignages de ses proches - sa sœur Janina Fies et son manager Marion Feik - d'alpinistes tels que Reinhold Messner, Krzysztof Wielicki ou Carlos Carsolio, mais aussi de moines et des nonnes bouddhistes interviewés dans le documentaire.

« J'ai toujours été une personne plutôt anxieuse, effrayée à l'idée d'entrer seule dans une cave sombre ou de rester seule dans un grand appartement. Les gens me font peur. J'ai toujours peur qu'il m'arrive quelque chose de terrible », racontait l’alpiniste. Peut-être a-t-elle trouvé la paix au cœur de l’Himalaya.


Les sommets himalayens gravis par Wanda Rutkiewicz

1975 – Gasherbrum III
1978 – Mount Everest
1985 – Nanga Parbat
1986 – K2
1987 – Shishapangma
1989 – Gasherbrum II
1990 – Gasherbrum I
1991 – Cho Oyu
1991 – Annapurna I
1992 – Kangchenjunga ? Non confirmé

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