Son nom vous est probablement inconnu. Bouchra Baibanou est pourtant la première personne au Maroc à avoir réalisé le 7 Summits Challenge, lancé au début des années 70 par l’illustre Reinhold Messner. La montagne, un moyen de se réaliser qu’elle souhaite désormais transmettre aux jeunes filles de son pays, entre ses expéditions sur les pentes de l’Annapurna (8091 m) ou du Manaslu (8163 m).
L'ascension du Toubkal (4 167m) dans la chaîne de l’Atlas, au Maroc, à 26 ans, lui a donné le virus de l’alpinisme. Depuis, Bouchra Baibanou ne cesse d’enchaîner les sommets. "À l’époque peu de gens faisaient de la montagne par loisir, raconte-t-elle. J’étais une pionnière dans ce domaine, il a fallu ouvrir toutes les portes, auprès de ma famille, auprès de mes amis".
Suivent alors d’autres sommets marocains. De quoi prendre de l’expérience avant de s'attaquer au point culminant d’Afrique, en 2011. "Après m’être mariée, j’ai convaincu mon mari d’aller gravir le Kilimandjaro (5895 m) […] Pour notre jeune couple, l’expédition représentait une charge financière importante et nos amis se demandaient pourquoi nous n’allions pas plutôt utiliser cette somme d’argent pour acheter une voiture ou investir dans une maison. C’est au Kilimandjaro que j’ai découvert ce grand défi d’alpinisme qu’est le Challenge des 7 sommets du monde (7 Summits Challenge, ndlr). Et c’est à ce moment que j’ai décidé de tous les gravir !"
À 42 ans, alors mère d’une petite fille de cinq ans, elle voyage à travers le monde dans le but d’assouvir sa passion. "J’essaie de concilier tout ça [l’alpinisme, sa vie professionnelle et sa vie privée, ndlr] avec beaucoup d’organisation, explique-t-elle. Aussi, j’essaie de déléguer des tâches. Je laisse mon mari s’occuper de ma fille pendant que je suis à la salle de sport pour m’entraîner ou lorsque je suis en déplacement. Mais il est clair que le soutien de la famille est très important".
Sur les traces de Messner
Elbrouz (5642 m), Aconcagua (6961 m), Denali (6190 m), Carstensz (4884 m) puis le toit du monde, l’Everest (8849 m), celui qu’elle redoutait le plus, puisque qu’aucune Nord-Africaine n’y avait encore jamais mis les pieds. S’en suit, en 2018, l’ascension du Mont Vinson (4892 m) en Antarctique. Bouchra devient alors la première marocaine, hommes et femmes confondus, à entrer dans le club très fermé de celles et ceux qui ont relevé ce défi lancé au début des années 70 par Reinhold Messner, le premier à conquérir sept points culminants sur sept continents. Et elle ne compte pas s’arrêter là !

Deux ans après son exploit, elle prend la décision d’entamer une nouvelle aventure, quitte son poste d'ingénieure en informatique et télécommunication au ministère de l’Équipement et des Transports marocain "osant enfin gagner ma vie de ma passion, souligne-t-elle. L’initiative d’une entreprise en mon nom est née, avec pour objectif de continuer à partager, de façon structurée, ma passion, mon amour des montagnes et de la nature, et mon expérience avec les autres". Un moyen pour elle d’aller vers de nouveaux sommets : l’Annapurna (8091 m) où elle est, là aussi, une pionnière puisque qu’aucune personne au Maroc n’avait réussi à conquérir ce géant himalayen ou encore le Manaslu, 8e plus haut sommet du monde culminant à 8163 m qu’elle n’est pas parvenue à gravir, notamment en raison des conditions climatiques désastreuses.
"Deux avalanches se sont abattues sur le mont Manaslu faisant plusieurs des victimes parmi les alpinistes, racontait-elle en septembre 2022. Certains même ont perdu la vie comme la grande alpiniste Hillary Nelson, d’autres ont été blessés. Malgré ça, j’ai tenté l’ascension vers le sommet après la première avalanche, mais le climat s’est détérioré. Il y avait beaucoup de vent et de froid. J’ai atteint le camp 4 à 7 400 m, nous avons attendu plus de 4h en espérant que le climat s’améliore, mais en vain. J’ai donc finalement décidé de descendre et mettre fin à cette aventure. J’ai compris que la montagne ne voulait pas et j’ai respecté sa décision".
Membre de la fédération royale marocaine de ski et sport de montagne, présidente de la commission féminine, présidente de l’association Delta Evasion, association de sport de montagne, Bouchra Baibanou ne cesse de partager son expérience et sa passion dans le but de "contribuer à l’autonomisation des jeunes filles". "J'ai parcouru le monde et gravi plusieurs sommets, j'ai appris beaucoup de choses que je veux partager, souligne-t-elle. Au Maroc, "il y a beaucoup de discrimination, beaucoup de filles ne continuent pas leurs études mais, si on leur en donne le pouvoir, elles vont se réaliser […] La montagne est une grande école".
Afin d’en savoir plus sur l’histoire de Bouchra Baibanou, plongez vous dans sa biographie "Mon chemin vers sept sommets du monde", parue en octobre 2021 ou visionnez le film "Al Qimma" ("Le Sommet"), réalisé par Mehdi Moutia en 2020.

Mon chemin vers les sept sommets du monde
Bouchra Baibanou. Éditions du net.
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