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Face à un loup, que faire ?
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Face à un loup, que faire ?

  • 2 octobre 2019
  • 5 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Le 17 septembre dernier, deux randonneurs surpris lors d’un bivouac dans le Parc national des Écrins lançaient l’alerte : ils auraient été attaqués en pleine nuit par un loup. Leur tente et une partie de leur sac à dos ont été violemment déchirés. Grosse peur, descente précipitée dans la vallée et rumeurs sur le web. Tout ça pour rien : il ne s’agissait, au final, que d’un renard attiré par la nourriture contenue dans leurs sacs. Les experts sourient : une fois de plus, la peur ancestrale ressurgit, souvent infondée, l’animal étant rare et peu agressif envers l’homme. Reste que si vous avez la chance – oui, la chance, insiste le biologiste Jean-Marc Landry, interrogé par Outside - de croiser un loup, quelques précautions s’imposent.

Spécialiste du comportement animal, l’éthologue Jean-Marc Landry, se définit volontiers comme « un passionné du loup, fervent défenseur du pastoralisme, ni pro- ni anti-loup », un animal auquel il a consacré un ouvrage, « Le loup », paru en 2017 aux Editions Delachaux & Niestlé. Originaire du Jura, il se partage entre la France et la Suisse où il est à l’origine d’une fondation qui porte son nom, dont le but est d’optimiser la cohabitation entre activités humaines et présence des prédateurs. Diplômé de l’Université de Neuchâtel, ce spécialiste du loup s’est également formé aux États-Unis, à l’Institut de recherche Wolf Park, dans l’Indiana. Il est l’un des premiers témoins du retour du loup en Suisse. On lui doit l’organisation en Suisse (Neuchâtel), en 1995, d’un congrès international sur le thème de « Réapparition du loup en Europe, comment faire face ».

En rando en France, quelles sont les probabilités de rencontrer ce carnivore ?

Elles sont minimes. Rencontrer un loup est très rare. C’est extraordinaire.
Si vous avez la chance d’en voir un, allez jouer à EuroMillion, c’est que vous êtes en veine ! ». Officiellement, on dénombre 530 individus dans l’Hexagone, répartis en 72 meutes organisées comme une famille : le père, la mère, quelques louveteaux et ados et parfois un étranger au groupe qu’y s’y ajoute.
La plupart est concentrée dans les Alpes. Mais on en trouve aussi quelques-uns dans le massif central, dans les Vosges et le Jura. Ailleurs, dans la Sierra de la Culebra, dans le nord-ouest de l’Espagne, ils sont bien plus nombreux, au point d’alimenter un « tourisme du loup ». Les animaux y sont observés à distance, sous surveillance des gardes pour ne pas les perturber. Contre toute attente, le loup peut attirer du monde, c’est positif, notamment économiquement pour une région assez pauvre.

De quel loup parle-t-on ?

En Europe, nos loups (des loups gris, ndlr), sont petits et ne pèsent qu’une trentaine de kilos. De 20 à 28 kilos, pour les femelles, les gros mâles ne dépassent pas les 40 kilos. Rien à voir avec les loups canadiens.

Est-il dangereux pour l’homme ?

Le risque est très faible et les bergers confrontés à la prédation des loups ne semblent pas plus exposés. En Europe occidentale, la dernière interaction remonte en 1983, en Espagne. Un berger a été blessé par une louve alors qu’il tentait de la tuer à coups de pierres. Un berger qui voudrait récupérer l’un de ses agneaux enlevé par un loup peut aussi s’exposer à un grognement (défense de ressource), mais nous n’avons jamais enregistré d’attaque.
En revanche, le randonneur n’a rien à craindre. Nous suivons actuellement, dans le Jura, une meute comprenant trois à quatre adultes et quelques louveteaux, sous surveillance de cameras, de jour comme de nuit. Vététistes et randonneurs y sont nombreux. Et ils utilisent les mêmes sentiers et croisent probablement des loups sans le savoir. Car l’animal se cache et évite l’homme. En fait, le randonneur devrait plutôt se méfier des herbivores, ceux-ci faisant plus de victimes dans le monde que les carnivores. Pendant le brame du cerf, les cervidés peuvent vous poursuivre et représenter une vraie menace. Au Canada, où l’on compte quelque 50 000 loups, on a beaucoup parlé de ce randonneur attaqué par un loup, un incident réellement isolé. En revanche, le vrai danger vient du wapiti ou du cerf de Viriginie. Sans parler du grizzli. Ou du bison et du puma, dans certaines zones d’Amérique du nord, mais ça reste également très rare.

Dès lors quand et pourquoi le loup pourrait-il attaquer ?

Un loup qui s’en prend à vous est surtout intéressé par la nourriture que vous pourriez transporter parce que certains humains l’ont nourris (comme on le fait habituellement avec les renards). L’homme n’est pas une proie pour lui, il est bien trop imposant pour lui. Mais un loup qui se sera familiarisé avec l’homme, et pour qui humain égale nourriture possible, pourra être tenté de se rapprocher de vous et de saisir votre sac par exemple. Donc nourrir les loup peut les inciter à avoir moins peur. Phénomène également constaté avec l'ours, qui a d’ailleurs posé beaucoup de problèmes en Amérique du Nord.
Il faut savoir aussi qu’un animal affaibli ou malade pourra également se montrer plus agressif que de coutume, mais cela reste extrêmement rare.

Comment se signale l’animal ?

Un loup qui hurle communique avec les autres membres de sa meute, ça n’a rien d’agressif. S'il montre les dents et grogne, il vous met en garde : il dit « ne viens pas plus près. Dégage ». C’est un avertissement pour que l’homme s’en aille.

Comment les loups attaquent-ils les troupeaux d’ovins ?

Seul, dans 70% des cas. Le loup chasse en solitaire. L’attaque en meute qui fait tant fantasmer est très rare et surtout elle ne repose pas sur une stratégie commune, ce qui est capital. Une étude exhaustive de l'historien Jean-Marc Moriceau sur les attaques de loups envers l’humain de 1500 au début de 20e siècle montre la même tendance. Si vous deviez vous retrouver face à dix loups, il faut savoir que ce serait chacun pour soi (pour les loups ! ndlr). Les dix loups ne vont pas coopérer pour se montrer plus efficaces. C’est pourquoi, quand les grandes proies font face, les loups abandonnent généralement.

Comment réagir face à lui si vous ressentez de la peur ?

Debout, face au loup, signalez votre présence en lui parlant ou criant. Dès qu’il vous a repéré, il s’en ira. Dressé, le loup vous craint.
S’il devait se montrer curieux, gardez un œil sur lui et surtout sur la distance de sécurité qui vous sépare. Notion d’ailleurs étudiée par le LCIE (Lobby européen en faveur des grands carnivores) à la demande de plusieurs états européens. Un rapport précise ainsi que si l’animal se tient à la respectueuse distance de 50 m de vous, c’est normal. Nous sommes dans la relation loup-homme-chien. A moins de 30 m, la distance de sécurité n’est plus garantie des deux côtés, le vôtre et celui de l’animal. Signalez-vous, criez et lancez des cailloux si le loup continue de s’approcher (éviter de vous approcher). Vous pouvez aussi mettre un objet entre vous et l’animal. Un sac, par exemple. Un geste plus symbolique que concrètement dissuasif, mais qui évite en dernier recours que le loup rentre dans votre sphère individuelle lors d’une phase exploratoire (comme recommandé quand des chiens de protection des troupeaux s’approchent pour vous identifier).
Surtout, il vous faut rester calme et éviter de fuir (reculer lentement) cela pourrait encourager l’animal à la poursuite. Enfin gardez bien en tête que les loups sont généralement trouillards et qu’ils ne sont pas plus fort que vous. C’est un animal fragile, un fort coup de pied (le quadriceps chez l’humain est un muscle très puissant) peut briser sa mâchoire (et le condamner, car il ne pourra plus chasser). Quand un cerf fait face à l’animal, on sait qu’il a toutes les chances de prendre le dessus. Chaque année des loups sont tués par des animaux sauvages.

Si l’homme, en station debout, fait peur. Est-il plus vulnérable lors d’un bivouac ?

Non. Cela fait des années que je dors sous la tente ou en sursac dans des zones où se trouvent des loups. L’animal pourra se montrer curieux, s’approcher un peu pour voir ce qu’il se passe, mais il n’attaquera pas. L’homme blessé, couché dans la neige, proie du loup, c’est un mythe. Il faut arrêter avec la peur du loup, du loup fantasmé, ce n’est absolument pas l’animal que les biologistes étudient et croisent, trop rarement à leurs goûts, sur le terrain. Le loup n’a jamais été une menace pour l’homme.
Il y a 20 000 ans quand la domestication du loup a débuté, les hyènes des cavernes et les tigres à dents de sabre représentaient des prédateurs beaucoup plus dangereux pour les chasseurs- cueilleurs de l’époque. Aujourd’hui, voir un loup sauvage, c’est un coup de chance, un émerveillement !

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