L’alpiniste allemand de 32 ans se trouvait, seul, à 5 700 mètres d'altitude, au camp 1 de l’Everest quand il a ressenti les secousses du séisme de magnitude 6,8 qui a causé mardi plus de 126 morts au Tibet, à 75 km du sommet le plus haut du monde. Et c’est seulement lorsque les messages inquiets ont commencé à affluer sur ton téléphone satellite hier, qu’il a compris qu’il avait survécu à un tremblement de terre. Pour la deuxième fois. Car en avril 2015 il se trouvait également au camp de base de l’Everest quand une avalanche déclenchée par un tremblement de terre de magnitude 7,8, y a tué 18 alpinistes. Question de malchance ou de chance, ou d'intuition peut-être, explique-t-il, encore un peu secoué par les derniers événements.
Jost Kobusch aura vécu d'intenses émotions depuis que le 28 décembre dernier il est parvenu à 7 500 mètres sur le plus haut sommet du monde. Non content de battre son précédent record d'altitude sur l'arête ouest de l'Everest en solitaire, sans oxygène supplémentaire et en hivernale. Il égalait ce jour-là la performance des Français Vincent Fine et Benoît Chamoux qui, dans les mêmes conditions, s’étaient attaqués à l’Everest le 16 janvier 1986. Dès lors, il restait trois mois à l’alpiniste allemand pour poursuivre son objectif ultime : le sommet. Un défi après lequel il court depuis cinq ans.
Dans la foulée, fin décembre il était donc redescendu au camp de base avant d'entreprendre une nouvelle ascension. C’est donc au camp 1, à mi-chemin entre le glacier de Khumbu et le Lho La, où il se trouvait dans la nuit de lundi à mardi, que le tremblement de terre qui a frappé le Tibet et causé la mort d'au moins 126 personnes l’a surpris à 6 h 50, heure du Népal, dans sa tente, comme il le raconte sur ses réseaux.
Ce matin, j'ai été secoué par un tremblement de terre dans mon camp 1 à 5 700 m. Des avalanches ont dévalé les pentes avec des morceaux de glace et des rochers, à droite et à gauche. La pression de l’explosion d'un sérac qui s’effondrait a touché de plein fouet ma tente, alors que j'étais appuyé contre elle.
J'étais un peu confus, je me demandais si c'était la terre qui tremblait à cause d'une énorme masse de glace dévalant la montagne, ou l'inverse.
Ma tente a été percée à plusieurs endroits et une fenêtre a été arrachée. Mais les choses se sont ensuite calmées et je me suis rendormi.
Ce n'est que lorsque j'ai pris mon petit-déjeuner le matin que j'ai reçu de nombreux messages satellites sur mon appareil Zoleo et que j'ai réalisé qu'il s'agissait vraiment d'un tremblement de terre important. J'ai attendu quelques heures que les choses se calment et j'ai commencé ma descente.
Je ne veux absolument pas subir de répliques là-haut.
L’alpiniste allemand parle en connaissance de cause. Il y a dix ans, le 25 avril 2015, il se trouvait au camp de base de l’Everest quand un terrible séisme a ébranlé non pas le Tibet, mais le Népal cette fois, causant le mort de 9 000 personnes. Le point de départ de l’ascension du sommet le plus haut du monde n’avait pas été épargné non plus. 18 personnes avaient succombé à une avalanche provoquée par le séisme. Et il se souvient parfaitement que, dans les jours suivants, une activité sismique constante avait été observée. De même hier, plus de 150 répliques d’une magnitude allant jusqu’à 4 ont frappé le Tibet, suite au tremblement de terre de magnitude 6,8.
Après avoir réalisé ce qu’il venait de vivre, Jost kobusch a donc du rapidement prendre une décision, comme il l’explique dans des stories Instagram postées hier.
Aujourd’hui, après avoir réfléchi si je devais continuer à grimper ou redescendre, j’ai décidé de suivre mon intuition. Quand je décide de suivre mon intuition, je distingue deux situations : quand l’intuition est liée à la peur, ou à la sagesse.
Comment je distingue l’une de l’autre ? C’est assez simple, en fait : si l’intuition est basée sur la peur, elle vient avec beaucoup d'émotions, beaucoup d'impacts sur mon corps, mon système nerveux, ça me rend très nerveux. Si elle est guidée par la sagesse, c’est juste le fruit de beaucoup de connaissances, d'expérience. A ce moment-là, je sais juste que c’est ce qu’il faut faire. Que c’est la bonne chose à faire. Je le sens, sans beaucoup d'émotions, dit-il.
Après son petit-déjeuner, l’alpiniste a donc décidé de préparer son sac et de descendre au camp de base. « Mon intuition me dit que je dois descendre très vite, car il y a deux passages où je risque d'être touché par des séracs. Si j’accélère le rythme, je peux limiter un peu les risques. Il y en aura toujours un peu, mais ça limite quand même ».
Il a donc suivi son plan et pris « du porridge, comme tous les jours en altitude ». Un rituel qui lui donne « un peu de stabilité », dit-il. « C’est une constante, une chose sur laquelle je peux toujours compter. Immuable. Comme nouer sa chaussure de gauche en premier tous les jours. De quoi donner de la stabilité dans un environnement très difficile à maîtriser ».
Sain et sauf, il se trouve aujourd’hui en sécurité, au Centre de recherches italien, à deux heures à pied du camp de base de l’Everest. Il n’a pas encore pris de décisions quant à la poursuite, ou non, de son projet sur l’Everest, la zone étant loin d'être stabilisée.
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