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Expedition de reconnaissance Everest 1921
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Everest : en 100 ans d’expéditions, comment a évolué le matériel des alpinistes ?

  • 20 avril 2022
  • 4 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Des vêtements rudimentaires des années 1920 aux récentes innovations, l'Everest est depuis les premières expéditions britanniques le théâtre de courses effrénées aux records et aux innovations. À chaque expédition, son lot d'innovations rendant, au gré du temps, le toit du monde un peu plus accessible. Retour sur un siècle d’évolutions, aux côtés des pionniers, entre exploits et débats éthiques intemporels.

Carte Everest 1921
Topographie de la région de l'Everest, 1921 (Wikipedia)

Des premières innovations défectueuses

Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale que les premières expéditions himalayennes au-delàs de 8 000 mètres d'altitude voient le jour. L’Everest, alors considéré comme le « troisième pôle » suscite les plus grandes convoitises. Notamment par les Anglais qui, depuis Darjeeling, au nord des Indes britanniques, organisent les premières expéditions de reconnaissance. Pour ces alpinistes habitués aux sommets des Alpes ne dépassant pas les quatre mille mètres, la chaîne de l’Himalaya est un nouveau territoire à conquérir, mais dont ils sous-estiment clairement la difficulté.

À une époque où les médecins déclarent que passer une nuit au-delà de 7000 mètres d’altitude est mortel, ces entreprises paraissent héroïques. D’autant que leur équipement est rudimentaire et leurs vêtements inadaptés. Ils sont chauds et coupe-vent, mais pas imperméables et gèlent avec l'humidité. « Nous avons des bottes en peau de mouton et portons presque tous des costumes Knickerbocker, des sous-vêtements en laine et des pyjamas flanelle », raconte John Morris, membre de l'expédition pionnière de 1922. Côté nutrition, ils ne possèdent aucune connaissance en la matière mais ne manquent de rien, des ravitaillements sont organisés. En revanche, les réchauds Primus ne fonctionnent pas à haute-altitude. Fin mai 1922, à plus de 8000 mètres, les alpinistes doivent se contenter de chocolat, de raisins secs et des confiseries, sans pouvoir boire de boisson chaude.

Sur cette expédition, l'utilisation d'oxygène supplémentaire permettra aux alpinistes Charles Granville Bruce et George Ingle Finch d’atteindre l’altitude record de 8350 mètres. Cette innovation, encore imparfaite, très lourde et défectueuse, suscite déjà de nombreuses contreverses.

Deux ans plus tard, en 1924, s’écrit l’un des grands mystères de l’Everest : George Mallory et Andrew Irvine ont-ils atteint le sommet du toit du monde ? Quelle qu'en soit la réponse, leurs équipements ne seraient pas la raison de leur échec selon Graham Hoyland. Un alpiniste britannique parti à l'assaut de l'Everest en 2006 avec les répliques des vêtements en soie, laine et coton de Mallory, reconstitués à l’identique à partir de la dépouille de l’homme retrouvée en 1999. « Les huit couches de vêtements sont plus légères que les équipements actuels », explique-t-il. « Ils permettent de conserver en permanence une couche d’air chaud sur la peau, quels que soient les mouvements ». Seul inconvénient : difficile de fermer les boutons avec des doigts engourdis. Ces ascensions audacieuses marquées par des progrès fondateurs prennent brutalement fin avec le début de la Seconde Guerre mondiale.

Expédition Everest 1922
Expédition Everest 1922 (Wikipedia)

Les innovations permettent enfin d’atteindre le toit du monde

Il faudra attendre 1953 pour que l’Everest soit officiellement atteint, par le Népalais Tenzing Norgay et le Néo-Zélandais Edmund Hillary. À cette époque la principale innovation réside dans les chaussures, fruit du travail de 35 fabricants différents. Sur le toit du monde, Hillary porte des bottes dotées d’un revêtement extérieur en cuir de chevreau, d'une couche d'isolation en kapok (fibre végétale) d’environ 3 cm d’épaisseur et d’une semelle en caoutchouc, spécialement conçue pour être confortable une fois les crampons aux pieds. D’autres changements notables voient le jour, notamment au niveau de l'alimentation où les lourdes et encombrantes boîtes de conserve sont abandonnées au profit d’emballages sous vide. Côté matériel, les solutions restent encore très réduites. S’ajoutent aux piolets fait de bois et d'acier, aux quelques piquets d’ancrages et aux rigides cordes en chanvre, les premières échelles en aluminium.

Vingt ans plus tard, en 1970, l'arrivée du Gore-Tex révolutionne les vêtements techniques. En étirant rapidement le polymère PTFE, on découvre que de nombreux petits trous se forment. Ces pores au nombre de 1,4 milliard pour un centimètre carré de matériau permettent à la membrane de respirer, d'évacuer la sueur sous forme de vapeur d'eau, tout en restant imperméable - maintenant le corps à l'abris des intempéries. L'eau et le vent provenant de l'extérieur ne rentrent pas. Le tissu extérieur est lui traité chimiquement au DWR (produit déperlant). L'eau perle et s'évacue plus facilement. Les premiers vêtements techniques, imperméables et respirant voient le jour.

Edmund Hillary et Tensing Norgay 1953
Edmund Hillary et Tensing Norgay, 1953 (Wikipedia)

L'enjeu des prévisions météorologiques

En 1922, les messages mettaient entre deux et quatre semaines pour être transmis. En 1953, l’expédition britannique a utilisé des radios sans fil, mais seulement au camp de base. Plus haut, en guise signaux visuels pour les alpinistes situés aux camps inférieurs, on disposait les sacs de couchage selon des motifs – en croix, parallèles les uns aux autres, ou seuls. Quatre décennies plus tard, en 1990, Peter, le fils d'Edmund Hillary, téléphone à son père en Nouvelle-Zélande depuis le sommet, en utilisant une radio et un téléphone satellite. Outre l’annonce de l’exploit, ces technologies permettent de recevoir des prévisions météorologiques essentielles – les alpinistes attendant désormais la fenêtre météo optimale afin de maximiser leurs chances de réussite tandis qu’en 1920, ils devaient se fier à leurs suppositions et aux locaux.

Alpiniste au sommet de l'Everest 2016
Sommet de l'Everest - 2016 (Mario Simoes)

Cent ans après, les puristes privilégient le style alpin

Les radios talkie-walkie, téléphones satellites, système inReach permettent aujourd'hui de rester joinable partout dans le monde. Et les crampons en acier inoxydable, piolets en d’aluminium, vêtements en laine synthétique ou mérinos, tentes en nylon ultra-léger et aux arceaux en fibre de carbone, rendent le sommet de l’Everest accessible à un plus grand nombre - on dénombre plus de 10 000 summiters à ce jour.

L'oxygène supplémentaire s'est généralisée dans les expéditions commerciales, notamment grâce à l'évolution et l'efficacité du matériel - les lourdes bouteilles en acier et les tubes en caoutchouc ont été remplacés par des bouteilles en Kevlar et des masques ergonomiques. Néanmoins, son utilisation fait toujours débat. De plus en plus d’alpinistes professionnels valorisent l’atteinte du sommet par leurs propres moyens, avec le minimum d’équipement, en style alpin.

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