A l’heure où tous s’interrogent sur la saison 2020/2021 dans l’Himalaya, toujours aussi incertaine compte tenu de l’épidémie en cours, une nouvelle étude menée par deux universités américaines met en évidence que surpopulation et sécurité ne sont pas (encore) incompatibles sur l’Everest. Surprenant.
Si la désormais célèbre photo de Nims Dai montrant une immense file d’attente d’alpinistes en route vers le sommet de l’Everest a sidéré des milliers d’internautes, elle a aussi suscité certaines interrogations chez des chercheurs de l'Université de Washington et de l'Université de Californie qui ont entrepris de décortiquer trente ans de datas concernant le toit du monde. Leur source : l'Himalayan Database, une mine d'informations couvrant toutes les expéditions de 1905 jusqu'au printemps 2020.
Publiée fin août dans la revue scientifique PLOS One, leur analyse dégage des tendances intéressantes qui ne vont pas forcément dans le sens des idées reçues, au contraire.

De leurs calculs - prenant en compte les taux de réussite et de mortalité de tous les primo-alpinistes, à savoir ceux qui grimpaient l’Everest pour la première fois - il ressort que si l’Everest est plus fréquenté que jamais, le site est aussi devenu un peu plus sûr aujourd’hui.
De 1990 à 2005, le risque de mourir lors d’une expédition sur l’Everest ( 8848 m ) était en effet de 1,7 % pour les hommes, et de 1,9 % pour les femmes. Or pour la période couvrant 2006 à 2019, le taux de mortalité est tombé à 1,1 % pour les hommes et à 0,5% pour les femmes, alors que le nombre d'alpinistes ayant tenté l'Everest a quadruplé au cours de la même période, passant de 222 alpinistes en 2000 à 955 l'année dernière.
Certes personne n’oubliera les 11 morts dénombrés en 2019, année particulièrement meurtrière, mais c’est relativement peu au regard du nombre de personnes présentes sur le site.

Parmi les autres conclusions : le niveau de réussite sur l'Everest, qui a augmenté de façon spectaculaire, selon les chiffres analysés par les chercheurs. Au début des années 90 et jusqu'en 2005, environ un tiers de tous les alpinistes qui tentaient l'ascension réussissaient. Aujourd'hui, ce chiffre est passé à deux tiers. Soit plus du double. Une amélioration que l’on doit sans doute à une meilleure formation et à une plus grande expérience et professionnalisation des guides, beaucoup ayant désormais une stratégie bien rodée à l’exercice. Sans parler de meilleures prévisions météorologiques, de la présence de cordes fixes sur une grande partie de l'itinéraire et d’une incontestable amélioration de l’équipement.
Contre toute attente donc, et surtout contrairement aux idées reçues, la surpopulation n’affecterait donc pas la sécurité sur une zone restant pourtant potentiellement très dangereuse.
Mais pour combien de temps encore s’interrogent les chercheurs ? La popularité de l’Everest auprès d’alpinistes bien équipés, mais plus ou moins aguerris devrait nécessairement ralentir l’ascension. Dès lors, il semble évident que les conditions extrêmes de la zone - températures très basses et faibles taux d’oxygène – auxquelles seront exposés plus longtemps que par le passé les candidats au sommet, augmenteront considérablement les risques.
Si, comme on l’espère côté népalais comme côté chinois, la saison 2021 voit plus d’alpinistes que jamais tentaient l’ascension du mythique Everest - après une année 2020 stoppée net par le Covid-19 - il est fort à craindre que les tendances relevées au cours des trente dernières années soient inversées et les sombres pronostics des chercheurs malheureusement vérifiés.
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