L’idée peut faire sourire (ou inquiéter), reste qu’à regarder l’évolution des salles d'escalade, l’arrivée d'un humanoïde au pied des murs ne semble pas si folle. Sans être rassurante pour autant. Loin de là !
"Je pense que ce sera le plus grand produit de tous les temps", expliquait triomphalement Elon Musk, le 10 octobre 2024 lors de l'événement We Robot, qu'il organisait à Los Angeles. Le constructeur automobile Tesla, bras droit du Président Donald Trump, présentait Optimus, son dernier robot humanoïde. Et une chose est sure, c’est que ce jour-là, Optimus vola la vedette au robot taxi également au menu de l’événement. Car ces « compagnons humanoïdes pour la vie quotidienne » étaient présents en masse, et sur tous les terrains. Dans le public, on les vit parler avec les invités, servir des cocktails, jouer à pierre-feuille-ciseau. Mieux, apprenait-on, cet « assistant personnel » se montrait capable d'aller chercher le courrier, d'arroser les plantes, de jouer à des jeux de société en famille et de nettoyer la cuisine. En clair, résumait alors Elon Musk : "Vous pouvez avoir votre propre R2-D2 C-3PO [ les robots de l'univers Star Wars, ndlr ] », moyennant 18.000 à 27.000 euros.
La date de son lancement n'a pas encore été communiquée. 2025 selon les rumeurs les plus optimistes. 2027, pour les plus réalistes. Mais peu importe. La question n’est pas là. Car ce n’est qu’une question de temps pour qu’un Optimus, ou l’un de ses cousins, fasse partie intégrante de notre quotidien. Car même quand la supercherie de Musk a été éventée - les robots étaient en fait « assistés à distance » par des humains – l’enthousiasme n’a guère faibli.
Pas bavard, mais toujours là quand on a besoin de lui !
Au point qu’imaginer son « assistance » jusque dans une salle d'escalade ne relève pas de la science-fiction. Imaginez ses avantages, en tant qu’assureur par exemple. Rencontré au relais automatique, Optimus vous proposerait aimablement de vous servir de partenaire. Devant votre surprise, le personnel de la salle vous assurerait que l’humanoïde a passé des tests de sécurité rigoureux, qu'il est équipé de capteurs avancés et de mécanismes d'assurage précis, et enfin qu’il a été programmé avec tous les protocoles d'assurage nécessaires. Mieux, contrairement à votre partenaire habituel, il n’aurait jamais l’air mort d'ennui et il ne vous planterait jamais.
Bien sûr, au niveau communication, il est (terriblement) précis, mais plutôt laconique :
« Demande de mou confirmée
- Séquence optimale identifiée - à exécuter maintenant
- Ajustement de la prise recommandé : perte d'efficacité de 20 % détectée »
Pas trop chaleureux, Optimus, c’est sûr. Mais en tant que coach personnel, il se défend plutôt bien. Conseils d'escalade, plans d'entraînement personnalisés, suggestions d'itinéraires optimisés, il a tout en boite. Et, malgré vous, vous serez peut-être obligé de reconnaître que ses commentaires sont plutôt utiles : « Mouvement inefficace détecté. Vous ne faites que vous plaindre. Plus d'excuses ».
Et surtout Optimus ne se préoccupe pas de ce que vous grimpez. Pour lui, seule compte l’efficacité. Solide, fiable et toujours là quand vous avez besoin de lui, le robot assureur vous permet de poursuivre impitoyablement vos objectifs individuels sans avoir à subir les revers d'assureurs inefficaces. Ajoutez qu’il a aussi l’élégance de vous taguer sur X, où il compte déjà plus de 415 000 followers. En vrai, ça ne se refuse pas, d'autant qu’il sait vous booster. Pour lui : « Tomber n'est pas un échec, c'est une acquisition de données ». Ca, on aime !
"Il est où, l'esprit de cordée ?"
Alors, bien sûr, on entend déjà les commentaires de la communauté des grimpeurs. « Il est où l’esprit de cordée ? Elle est où cette camaraderie qu’on bâtit au fil des joies et des galères partagées ? Elle est où l’épaule de l’ami(e) quand on pleure de bonheur où de dépit ? Allons-nous faire le sacrifice de nos discussions à bâtons rompus lorsque nos projets patinent ? »
Sûr qu’on va être partagés sur le sujet. Mais que tous ceux qui trouvent ce scénario irréaliste jettent un œil sur les salles les plus en pointe, où depuis 2022 un système d’assurage automatique vous assure en tête. Une petite révolution sur le marché du matos d’escalade que l’on doit à l’Italien ProGrade.
Les enrouleurs automatiques vous permettent de grimper seul - idéal lorsque vous manquez de temps ou de partenaires pour vous assurer – mais jusqu’à présent ces systèmes devaient être fixés en haut des murs. Ils vous assuraient comme si vous grimpiez en moulinette. On était donc limité aux voies verticales ou aux dalles, et à la moulinette uniquement. Or, explique ProGrade, son système est ancré au bas du mur. De quoi permettre de grimper en tête sur des voies de tous profils, en étant seul. Selon le site de la marque, treize salles en sont déjà équipées. Six en Italie, deux en Suisse, trois en Allemagne, une en Autriche et une en Slovénie. Une liste qui ne cesserait de s’allonger. En France, il y a trois mois deux ProGrade s'y ajoutaient à Saxon, « dont un dans le gros dévers ».
En salle, des grimpeurs assistés par l'IA
Comment ça marche ? « Des capteurs, un logiciel et des moteurs suivent le mouvement de la corde et donnent ou reprennent du mou. Le système de verrouillage est mécanique, comme la plupart des dispositifs d’assurage à freinage assisté, tel que le Grigri, et repose sur l’adhérence de la corde et du mécanisme », expliquait «Planet Grimpe». « L’électronique et la mécanique travaillent conjointement pour détecter la distance entre le grimpeur et le sol – non seulement pour permettre un relâchement approprié de la corde, mais aussi pour éviter les chutes au sol. L’un des ingénieurs de la marque note également que le mou peut être récupéré par le dispositif ProGrade à une vitesse bien plus rapide que celle d’un assureur humain ».
On n’est pas encore dans le scénario « Optimus, mon robot assureur ». Mais on n’en est pas si loin dans les salles où les grimpeurs bénéficient aujourd’hui des nouvelles technologies et même de l’assistance de l’Intelligence Artificielle, du suivi des performances à la réalité virtuelle en passant par l’optimisation de la gestion des ouvertures. L’escalade se digitalise et pourrait bien un jour accueillir un escadron d'Optimus. Du haut de ses 172 centimètres pour 57 kilogrammes, ce robot semble encore manquer de dextérité et de fluidité, et sa fiabilité au niveau sécurité est encore très discutable (quid d'un problème de batterie, par exemple ?), mais Elon Musk visant le marché de l’industrie pour l’armée de robots qu’il nous « promet », nul doute, que ses ingénieurs seraient capables de faire les développement nécessaires pour qu’Optimus s’impose comme notre meilleur pote en salle. Un scénario glaçant que, franchement, on préfèrerait ne pas voir !
Article publié le 21 janvier 2025, mis à jour le 23 janvier 2025.
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