On ne l’arrête plus ! Après plusieurs réalisations dans le 9e degré ces dernières semaines, Seb Bouin, l’un des meilleurs falaisistes de l’histoire de l’escalade, a confirmé sa très grande forme fin juillet, avec l’enchaînement de Nordic Marathon, un 9b/+ de 130 mètres traversant la grotte de Flatanger, en Norvège. Une voie qui s’ajoute à un palmarès déjà bien rempli. Pour Outside, il est revenu sur cette ascension, nous dévoilant au passage ses futurs projets, aussi bien du côté de la Norvège que des Etats-Unis.
"Seb Bouin écrase absolument tout sur son passage à Flatanger. Outre les premières répétitions de Iron Curtain (9a+/b), de la deuxième longueur de Thor's Hammer (9a+) et de la première longueur de Change (9a+), il vient de réaliser la première ascension de Nordic Marathon, (9b/+). ll est dans une forme folle !" soulignait récemment Adam Ondra, grimpeur tchèque à qui l’on doit la réalisation du premier 9c au monde, avec la voie Silence, encore jamais répétée à ce jour, sur Instagram. Au programme de Nordic Marathon : 130 mètres d’escalade en 9b/+, traversant la grotte de Flatanger, en Norvège. Un enchaînement extrême sur lequel le Français est revenu pour nous. L’occasion également de nous dévoiler ses futurs projets.

Tu es très grande forme ces derniers temps, comment expliques-tu cela ?
Cette dernière année, je me suis centré sur un gros objectif, DNA (une voie située dans le Verdon entre 9b+ et 9c selon Seb, tous les arguments semblant pencher en faveur d’un 9c, ndlr). Je me suis beaucoup entraîné pour ça et par conséquent, je ne me suis pas vraiment testé sur d’autres voies à côté. Donc je pense que j’ai pas mal progressé, sans en voir les effets directs, outre sur DNA. Après, selon moi, cette forme s’explique par un peu de réussite, et de chance - ça y joue aussi. C’est le même processus qu’en compétition. Quand on se sent en confiance, ça aide à ce que les résultats suivent. Tout s’est bien agencé - comme des fois il arrive que tout s’agence mal.
Ta dernière réalisation marquante est Nordic Marathon, une voie de 130 mètres en 9b/+. Tu t’attendais l’enchaîner aussi vite ?
Non, je ne m’y attendais pas. Avant un essai, j’essaie de ne pas me focaliser sur mes chances d’y arriver mais plutôt sur ce qu’il y a exécuter. (Sur Nordic Marathon, ndlr), je pense que j’ai eu pas mal de réussites. Ca aurait pu prendre plus de temps, avec un peu moins de chance (les conditions météo, ne pas faire de grosses d’erreurs pouvant coûter physiquement et mentalement…). J’ai fait les choses dans l’ordre, j’ai bien repéré les endroits durs, notamment la fin. J’ai vraiment passé beaucoup de temps à travailler la voie avant de vraiment l’essayer. Et puis, j’étais un peu en forme aussi.
Comment se prépare-t-on mentalement pour ce genre de gros projet ?
Déjà, ça dépend d’énormément de choses - de ton contexte perso, de comment tu te sens, de comment tu es, de comment tu réagis face à l’échec, à la réussite. Outre l’entraînement physique, il est important que tu te mettes dans un état d’esprit de réussite, que tu aies des objectifs intermédiaires que tu arrives à mener à bien, dans lesquels tu trouves des sensations et de la confiance en toi. Et après, pendant la période d’essai de la voie, il faut se focaliser sur ce qu’il faut réaliser, comment le réaliser, donner tout ce que tu peux, et ne pas se concentrer sur le possible échec ou sur la réussite. Ce n’est pas grave si ça ne marche pas.

Flatanger, c’est l’un des spots favoris d’Adam Ondra. Quelle relation entretiens-tu avec lui ?
D’abord, c’est un ami. Du coup, on échange pas mal par rapport à l’escalade, notre passion commune. Adam, c’est aussi une inspiration quant à sa manière de grimper, à ce qu’il réalise. On partage sur le développement, sur les voies, sur les nouveautés.
Penses-tu que la nouvelle génération puisse aller plus loin dans l’échelle de cotations ?
Oui, je pense. Parce que même Adam ou les autres n’ont pas poussé à fond ce qu’ils peuvent faire en extérieur. C’est-à-dire qu’il n’y en a aucun qui s’est mis comme Chris Sharma un projet de 4 ans, au même endroit, à côté de chez lui, sans stress de voyage ou autre. Personne ne l’a vraiment fait. Donc je pense qu’ils ont les capacités pour aller plus loin. Bon après, il faut avoir le physique et le mental, ce qui est quelque chose de différent.
Quels sont tes projets pour la suite ?
Je suis encore en Norvège pour filmer cette voie (Nordic Marathon, ndlr) et puis j’en travaille une autre, Change, (un 9b+ qui se divise en deux parties : une première en 9a+/b, suivie d’un repos avec un coincement de genou et ensuite une seconde partie en 9a assez longue, ndlr), mais le voyage arrive un peu au bout. J’ai déjà réalisé les deux longueurs séparément. Il faut maintenant que j’arrive à les faire l’une à la suite de l’autre. Ensuite, l’objectif d’un prochain voyage en Norvège sera la réalisation de Nordic Marathon par le départ dur (il y a trois départs possibles pour la voie Nordic Marathon, pour l’instant Seb a enchaîné en partant par le plus facile, ndlr), qui fera vraiment remonter la difficulté de la voie. Outre la Norvège, j’ai prévu d’essayer un projet en France, en septembre, au Pic Saint-Loup, vers Montpellier. Sinon en octobre, on va aux Etats-Unis - il y a surement une directe de Jumbo Love (un 9b en California, ndlr) à libérer. Après, j’ai d’autres projets dont l’agencement dépendra de ce qu’il va se passer avant.
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