C’est en toute discrétion et sans la moindre protection que l’Anglais Pete Whittaker, grimpeur pro spécialiste des fissures, a gravi il y a quelques jours le sommet de Kjerag en Norvège : 800 mètres d’une falaise abrupte s’élevant dans l’un des sites les plus spectaculaires de Scandinavie. Une première.

Au pied des 800 mètres de falaise du Kjerag, dans le sud-ouest de la Norvège, pas de Jimmy Chin ni d’Elizabeth Chai Vasarhelyi, réalisateurs de « Free Solo », pour immortaliser l’exploit de Pete Whittaker en cette fin d'été 2020. Pour toute communication, l’Anglais s’est contenté le 22 août d’un simple post sur Instagram informant qu’il avait gravi en solo intégral les 20 longueurs lui permettant d’atteindre le sommet. Le tout, en seulement 2 heures et 25 minutes. Avant lui, personne n’avait réussi un tel exploit sur ce site spectaculaire bien connu des grimpeurs, mais aussi des randonneurs.
"Ca fait quelques années que je m’y prépare, et cette semaine, j’ai enfin réuni les conditions suffisantes pour boucler mon projet de solo sur le Kjerag", écrit Whittaker sur Instagram. "Il n’est pas si facile d'avoir de faibles chutes d'eau, une fonte des neiges limitée, peu de suintement, du beau temps et d'être en condition de grimper ce jour-là. Réunir tout ça en même temps sur cette montagne, c’est clairement une falaise pour les locaux !" raconte-t-il.
Avec son portable pour seule « protection », Pete a grimpé la face par « Renshaw/Foulkes », une grande voie de 20 longueurs, ouverte en 1985 par Adam Renshaw et Lyndsey Foulkes qui ont donné leur nom à la ligne. Il a dû enchaîner de nombreux passages en 6b+ assez techniques. Mais le plus dur dans ce solo, a-t-il déclaré au Stavanger Aftenblad, quotidien régional norvégien, a été de se dire :« C’est bon, tu peux y aller. Tout va bien se passer, tu vas bien grimper ». Une fois sur la paroi, après quelques passages humides, les conditions se sont améliorées a-t-il expliqué avant de conclure : "Je suis content d’avoir su faire preuve de patience et d’avoir eu la capacité de grimper la bonne voie au bon moment. Et à le faire bien. J’ai mis deux heures et 25 minutes » écrit-il. Et quand on lui demande sur Instagram si une vidéo de l’exploit est disponible, le grimpeur répond simplement que « il y en aura certainement une, mais il faudra attendre un peu ».


Gravir le Kjerag était l’un des objectifs de Pete Whittaker, Anglais élevé dans le Peak District et lié à l'escalade toute sa vie, dont la carrière est déjà extrêmement riche. Interviewé en avril 2019 sur ses exploits et ses projets par le site Bontena, le grimpeur expliquait ainsi : « Deux (réussites, ndlr) me viennent à l'esprit. Probablement la première ascension du Century crack en 2011 (une énorme fissure cotée 8c). J'avais 20 ans, je m'étais entraîné pendant deux ans avec mon partenaire d'escalade (Tom Randall , ndlr) pour ce projet spécifique. J'ai en quelque sorte mis ma vie en pause pour enchaîner cette voie. (…). C'était assez important à l'époque, car nous avons repoussé les cotations de plusieurs degrés, or je venais d'un pays qui était perçu comme une merde sur ce type d'escalade. La deuxième est mon ascension en solo d’El Cap (en 2016, ndlr). En fait, je suis devenu la première personne à faire l'ascension libre d'El Cap en moins de 24 heures. (…) C'était assez important pour moi, car je n'avais jamais fait de solo de ma vie, mais huit mois plus tard, j'ai réalisé cette "première". Je me suis prouvé que j'avais une sorte de capacité à faire du solo en grande voie".
Capacité plus que confirmée, s’il le fallait, avec le solo intégral de Kjerag d’un grimpeur aussi impressionnant que discret : « N'étant pas physiquement le plus fort », explique-t-il sur son site, « l’escalade en fissure convient à mon style car elle est très technique, elle m'inspire également car les fissures offrent des lignes parmi les plus esthétiques et sur les meilleures rochers du monde. »
Pour en savoir plus sur Pete Whittaker, voir son site. Lire aussi son livre, sorti cette année : Crack climbing - La bible de l'escalade en fissure, aux Éditions du Mont-Blanc.
Et en attendant, de découvrir la vidéo de son solo intégral, on découvrira ou redécouvrira avec plaisir son exploit sur El Cap en 2016.
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