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Escalade indoor : Arkose rachète Block’Out, sur fond de crise dans les salles françaises

  • 3 novembre 2026
  • 8 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Nouveau coup de théâtre dans le monde de la grimpe : Arkose vient de mettre la main sur le réseau Block’Out et devient le premier opérateur mondial d’escalade indoor en nombre de salles. Une consécration ? Pas si simple. Après dix ans de croissance effrénée, le secteur traverse une période difficile marquée par une fréquentation en baisse, une concurrence féroce et des coûts d’exploitation en hausse… Et les géants ne sont pas épargnés. Cet été, plusieurs sociétés du réseau Climb Up ont été placées en redressement judiciaire. Derrière la naissance d’un leader mondial, ce rapprochement confirme surtout les fragilités d’un marché désormais engagé dans une rude bataille pour sa rentabilité. 

47 salles, plus de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé et une première place mondiale revendiquée : avec le rachat de Block’Out, Arkose change de dimension. Lundi 2 novembre, le groupe a annoncé l’acquisition des douze établissements de son concurrent, troisième réseau français du secteur, qui a réalisé 15,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Arkose passe ainsi de 35 à 47 salles. Mais cette opération intervient dans un contexte bien moins favorable qu’il n’y paraît. Pourquoi ce rapprochement, et que révèle-t-il des difficultés du marché ?

1. Que va devenir Block’Out après son rachat par Arkose ?

Les douze salles Block’Out devraient progressivement adopter la marque Arkose, afin de faciliter leur intégration et de mutualiser les moyens. Une transition qui pourrait être achevée en moins d’un an, estime Grégoire de Belmont, l’un des quatre cofondateurs du groupe, interrogé par PlanetGrimpe. Sur le plan géographique, l’opération permet à Arkose de renforcer sa présence dans plusieurs métropoles où Block’Out est déjà implanté, comme Bordeaux, Toulouse, Lyon et Strasbourg, mais aussi de s’installer dans des villes où le groupe était jusqu’ici absent, parmi lesquelles Rennes, Nantes, Reims et Metz. La complémentarité géographique aurait compté dans la décision de rapprochement, les deux réseaux disposant d’offres commerciales relativement proches, sans que leurs implantations ne se chevauchent excessivement.

Arkose a par ailleurs, le 26 octobre, intégré en franchise les salles Roc en Stock et Bloc en Stock, deux établissements historiques de Strasbourg fondés par Ghislain Brillet, qui en reste propriétaire. Le groupe poursuit également son développement avec trois ouvertures à l’automne 2026 : une salle exploitée en propre à Tours-Sud, au sein du complexe Urban Village, et deux franchises à Niort et Cholet, développées avec son partenaire Impact Stadium.

2. Arkose a-t-il vraiment racheté Block’Out ? Et à quel prix ?

Concrètement, l’opération ne prend pas la forme d’un rachat classique mais d’une acquisition par échange de titres. Jusqu’ici propriétaire de Block’Out à travers sa holding Chanoar, Cap Change, la société d’investissement de la famille Le Garrec, apporte ses parts à Arkose. En échange, elle reçoit de nouvelles actions d’Arkose & Co et devient ainsi actionnaire minoritaire du groupe. Les modalités financières de l’accord, et notamment la valorisation retenue pour Block’Out, n’ont pas été rendues publiques. Cap Change disposera par ailleurs d’un siège de censeur au conseil d’administration. Elle pourra donc prendre part aux discussions sur les orientations du groupe, mais sans participer aux votes.

Ce rapprochement aurait notamment été facilité par la situation des deux cofondateurs de Block’Out, Emmanuel Charruau et Arnaud Pioger, deux passionnés d’escalade à l’origine de la première salle ouverte en 2008, qui souhaitaient céder leurs parts et n’étaient déjà plus impliqués dans la gestion opérationnelle du réseau. Selon Grégoire de Belmont, les discussions entre les deux groupes auraient véritablement pris forme au début de 2025. L’intégration ne sera toutefois pas immédiate sur le plan juridique. Les salles Block’Out sont aujourd’hui exploitées par des sociétés distinctes rattachées à Chanoar, tandis que les établissements Arkose sont regroupés directement au sein d’une même société. Cette architecture sera conservée dans un premier temps, le temps d’organiser le rapprochement opérationnel. À terme, en revanche, la marque Block’Out doit disparaître au profit d’Arkose, affirme de Belmont.

3. Qui gagne quoi dans cette opération ?

Pour Arkose, l’intérêt est double. Renforcer sa position sur le marché français et disposer d’un réseau suffisamment important pour réduire ses coûts. Pour les actionnaires de Block’Out, l’opération permet de rejoindre un ensemble plus vaste, tout en conservant une participation au capital. Au-delà de cette convergence entre actionnaires, l’intérêt de l’opération était surtout économique. Toujours selon l’analyse du dirigeant d’Arkose, l’opération répondrait à une difficulté de dimensionnement de la part de Block’Out, qui, avec ses douze établissements, aurait atteint une taille rendant nécessaire une structure centrale, sans disposer pour autant d’un nombre suffisant de salles pour en absorber les coûts. « Nous avons tous les deux besoin d’un réseau plus grand, capable de générer suffisamment de revenus pour financer les équipes du siège et les compétences nécessaires au bon fonctionnement des salles », explique Grégoire de Belmont. « En regroupant nos besoins, nous pouvons réaliser des économies d’échelle », poursuit le dirigeant, qui cite notamment les achats de prises et de matériel, les approvisionnements, les assurances, le marketing et la communication, mais aussi la gestion quotidienne des salles et les fonctions administratives. « L’intérêt de cette opération, c’est de dégager davantage de moyens pour réinvestir dans les salles et continuer à rembourser nos dettes », conclut-il. Arkose avait déjà consacré 1,2 million d’euros en 2026 au renouvellement de ses prises, de ses tapis, à la climatisation et à d’autres investissements d’exploitation.

4. Pourquoi Arkose choisit-il de grossir alors que le marché ralentit ?

Parce que la taille d’un réseau, longtemps considérée comme un moteur de croissance, devient aussi un moyen de défendre sa rentabilité. Dans un marché qui, après une décennie de forte expansion, a « atteint une phase de maturité », les quatre cofondateurs d’Arkose, Steve Guillou, Grégoire de Belmont, Lyes Mekesser et Samy Camarzana, présentent l’acquisition de Block’Out comme une étape où « l’efficience et la consolidation deviennent les nouveaux moteurs de la création de valeur ». Dans le communiqué annonçant l’opération, ils estiment que ce rapprochement doit donner au groupe « la taille critique pour investir dans [son] outil de production, déployer des synergies opérationnelles et préparer les prochaines étapes de développement ». Autrement dit, il ne s’agit plus seulement d’ouvrir de nouvelles salles, mais de mieux rentabiliser celles qui existent. Une évolution directement liée aux difficultés que traverse aujourd’hui l’ensemble du secteur.

5. Comment l’escalade indoor est-elle passée du boom à la crise ?

Si Arkose et Block’Out ont intérêt à réunir leurs forces, c’est aussi parce que le marché de l’escalade indoor a changé de régime. Après une décennie de forte expansion, portée à la fois par l’arrivée de nouveaux pratiquants et par une succession d’ouvertures, le secteur doit désormais composer avec une offre qui, dans plusieurs bassins urbains, a progressé plus vite que la demande. Notre enquête publiée en octobre 2024 permettait déjà de mesurer l’ampleur du phénomène : près de 300 salles privées étaient alors recensées en France, contre seulement une poignée au début des années 2000. Le parc progressait de plus de 10 % par an, contre 3 à 4 % avant les années 2000. Dans le même temps, quelque deux millions de Français déclaraient pratiquer l’escalade, soit près d’un million de plus qu’une décennie auparavant, tandis qu’une vingtaine de nouvelles salles ouvraient chaque année. Cette multiplication des établissements a toutefois fini par accentuer la concurrence et fragiliser la fréquentation de certaines salles. Dans son communiqué annonçant le rachat de Block’Out, Arkose évoque ainsi une baisse de 7,5 % de la fréquentation des salles en France en 2026 et estime que le secteur entre dans une phase de maturité, qui rendrait inévitable une restructuration de l’offre. 

À cette pression s’ajoutent l’inflation, la hausse des coûts énergétiques dans le contexte de la guerre en Ukraine et le ralentissement des dépenses de loisirs depuis 2025, qui pèsent sur les arbitrages des consommateurs. Les salles doivent également faire face à la concurrence d’autres activités qui captent une part croissante de leur budget et de leur temps libre, du padel au fitness, en passant par le running, le CrossFit ou, plus récemment, le Hyrox. Même les marques les mieux installées ne sont pas épargnées. Grégoire de Belmont indique que certaines salles Arkose historiques d’Île-de-France, pourtant implantées de longue date, ont ainsi perdu entre 30 et 40 % de leur chiffre d’affaires en trois ans.

Les difficultés ne se limitent pas aux grands réseaux. Ces dernières années, plusieurs exploitants ont dû renoncer à des établissements devenus trop fragiles économiquement. Dès octobre 2024, nous annoncions la fermeture de Vertical’Art Pigalle, notamment confrontée à un loyer parisien devenu trop lourd ; Altissimo avait, de son côté, fermé sa salle de Lille dès 2022, dans un contexte de difficultés comparables. Grégoire de Belmont estime également que Climb Up et Climbing District sont touchés par la nouvelle donne concurrentielle, particulièrement marquée à Paris, où l’offre s’est fortement densifiée.

6. Climb Up a-t-il payé sa course aux ouvertures ?

Alors qu’Arkose choisit de grossir par acquisition, un autre poids lourd français de l’escalade, Climb Up, longtemps lancé lui aussi dans un développement effréné, tente aujourd’hui de surmonter ses difficultés financières. Le 29 juillet 2026, le réseau annonçait le placement en redressement judiciaire de sa holding, Climb Up Investissements, ainsi que de quatre sociétés d’exploitation couvrant cinq de ses salles : Cergy, Paris-Aubervilliers, Caen, Orléans et Mulhouse-Wittenheim. Une décision présentée par sa direction non comme un repli mais comme un moyen de « préparer son rebond » et de « sécuriser son activité et construire un modèle plus durable ». Climb Up invoquait notamment les conséquences des « crises successives, de la pandémie aux tensions inflationnistes et énergétiques, [qui] ont profondément modifié les conditions économiques ». Mais on peut aussi y lire les conséquences d’une stratégie de développement particulièrement ambitieuse. Fondé par l’ancien champion du monde François Petit, Climb Up a longtemps misé sur une expansion rapide, convaincu qu’il fallait continuer d’ouvrir de nouvelles salles pour protéger le réseau existant face à une concurrence devenue extrêmement agressive. L’objectif affiché était donc d’atteindre 100 salles en France d’ici à 2030, avant de mettre un terme à cette phase de croissance pour se concentrer « sur l’optimisation et la bonne gestion de nos salles. »

Mais Climb Up a-t-il grandi trop vite ? Dans notre enquête de juillet 2025, nous rappelions que la dette représentait environ 61 % du chiffre d’affaires du groupe, conséquence à la fois des investissements réalisés, des prêts contractés pendant la pandémie et de la poursuite de l’expansion. En 2023, le réseau comptait 31 établissements pour 35 millions d’euros de chiffre d’affaires.

7. Le modèle Arkose est-il mieux armé que celui de Climb Up pour résister à la crise ?

Là où Climb Up s’est construit autour d’une pratique de l’escalade dans ses différentes formes, avec une place importante accordée à la voie, à l’entraînement et à la préparation des sorties en extérieur, Arkose, comme Block’Out avant son intégration, a davantage misé sur le bloc et sur un concept associant escalade, restauration et espaces de convivialité. Ce format pourrait présenter certains avantages économiques. Les murs de bloc nécessitant généralement moins de hauteur sous plafond que les structures de voie, cela peut élargir le choix des locaux et réduire une partie de l’investissement initial. La restauration représente ainsi, selon les données recueillies lors de notre enquête de 2024, près de 30 % du chiffre d’affaires d’Arkose. Popularisé en France par des enseignes comme Block’Out, qui a ouvert sa première salle en 2008, ce modèle répond aussi à une demande pour des lieux où la pratique sportive se prolonge par des moments de sociabilité. Reste à voir si ces différences de modèles permettront à Arkose de tirer son épingle du jeu. D’autant que le groupe doit sans doute lui aussi composer avec la pression des banques, à laquelle pourrait désormais s’ajouter le passif éventuel de Block’Out. À ce jour, aucun chiffre récent n’a été communiqué sur le niveau d’endettement des deux réseaux.

8. Qu’est-ce que ce rachat va changer pour les grimpeurs ?

Pour les grimpeurs, le rapprochement devrait se traduire par des ouvertures « progressivement harmonisées » dans les douze salles Block’Out. Arkose prévoit notamment d’aligner les systèmes de cotation et les repères d’ouverture des voies sur ceux de son propre réseau, avec un retour à un fonctionnement par couleurs. Arkose annonce également la mise en place prochaine d’un abonnement commun permettant aux abonnés du réseau de grimper en illimité dans les 47 salles du groupe.

9. Et pour les employés des douze salles de Block'Out ?

Les contours de l’intégration restent à définir. La mutualisation annoncée de certaines fonctions support pourrait logiquement conduire à des réorganisations, voire à des suppressions de postes, même si Arkose ne communique pour l’heure aucun scénario précis. « Rien n’est décidé à ce stade. Nous devons d’abord rencontrer tout le monde, dans les salles comme au siège. Il faut harmoniser sans tout casser », explique Grégoire de Belmont à PlanetGrimpe. Une déclaration qui laisse donc entière la question de l’évolution des effectifs une fois les deux structures réunies.

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