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Erik Clavery GR34
  • Aventure
  • Trail Running

Erik Clavery, recordman du GR34: « Le déficit extrême de sommeil te fait entrer dans une phase de concentration animale, vitale »

  • 23 mai 2025
  • 4 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Pour parvenir à courir 2 065 km et 16 000 mètres de D+ en 18 jours et 22 heures, Erik Clavery, ex champion du monde de trail, n’aura dormi en moyenne que 3,5 heures par jour. De quoi lui permettre d'établir lundi dernier un nouveau record du GR 34, le fameux Sentier des Douaniers, à raison de 19 heures de course quotidiennes. De quoi aussi le pousser très fort dans ses limites. Ce qui n’est pas pour déplaire à ce coach mental cherchant avant tout à optimiser le meilleur de lui-même, nous confie-t-il, 72 heures après son arrivée triomphale à Saint-Nazaire.

« Je suis fatigué. Heureux, mais un peu triste aussi. Là, c’est l’heure du rangement, l’équipe se dissout après trois belles semaines passées ensemble sur les sentiers. À partager beaucoup. Et dormir peu, très peu. 3 heures et demie par jour en moyenne, comme je l’avais planifié. Mais au huit ou neuvième jour, j’ai atteint la limite, la rupture. Les risques pour moi sont limités, je n’ai fait que courir, et ne pouvais que tomber de ma hauteur - rien de comparable à l’effort d'un Kilian Jornet sur les arêtes alpines pendant son Alpine Connections - mais j’ai senti qu’il fallait que je passe à 4 heures par jour. 

Pour cette tentative du record du GR 34, je visais moins de 20 jours. Soit deux fois plus de temps sur les sentiers que pour mon GR10 [la traversée des Pyrénées, 887 km en 9 jours et 9 heures et 12 minutes, dont il détient toujours le record], alors, forcément, la fatigue s’accumule, et tes sens se réduisent. Tu observes en toi une sorte de concentration animale, vitale. Ton attention sur le sentier se recentre pour optimiser tes ressources. Ca n’a rien d'inquiétant, c’est très mesuré en fait. Mais j’avoue que ça attise ma curiosité et me pousse à me demander comment on peut optimiser ça. C’est très intéressant à observer et à analyser ».

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Toutes les heures, une pause chronométrée

Pour en arriver là, le champion du monde 2011 de trail, et le champion de France 2018 des 24h de course à pied sur route (272,217 km), a fait tout un cheminement personnel. Forgé à l’école de la compétition, en triathlon, il a finalement trouvé son univers dans l’ultra distance. Avec un faible certain pour les GR. Outre le fameux GR 10, on l’a vu sur le GR223, d’Honfleur au Mont Saint-Michel, où là aussi, il a battu un record : 670 km en 4 jours et demie. 

Le GR34 ? Une évidence pour celui qui se définit aujourd’hui comme « ultra runner aventurier ». Avec deux parents profs d’EPS, Erik Clavery a très tôt découvert les sentiers de randonnée. Parmi les plus mythiques, le Sentier des Douaniers s’imposait. Le traileur est originaire de Coutances, dans la Manche, à deux pas du Mont Saint-Michel, soit le départ du GR34. Il habite aujourd’hui dans le vignoble Nantais, à proximité de Saint Nazaire, point final de ce parcours. Alors, le terrain de ce tracé côtier, il connaît, il y a beaucoup couru en compétition.

Dès lors, pas d’entraînement spécifique pour cette nouvelle tentative. Le traileur a suivi une routine bien rodée par la préparation de courses telles que l’UTMB ou la Diagonale des fous. En revanche, c’est toute une logistique qu’il a dû mettre en œuvre, avec le soutien de sa femme, Céline, d’amis et de pacers. Avec lui aussi, un kiné, sa cousine, qui intervient régulièrement. Toutes les heures, Erik Clavery s’est accordé une pause chronométrée, le temps de se faire masser, de détendre ses muscles, de manger, ou de prendre une douche dans le camping-car qui le suit. Le sommeil, il le réserve à la nuit. Au niveau mental, il a pu se projeter en consultant un document récapitulant tous les lieux de passage du sentier.

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Plus de 1 000 traileurs l'ont suivi, pour 1 heure ou 1 journée entière

Une organisation millimétrée qui lui a permis d’avancer en toute liberté et de pulvériser de six jours le record détenu depuis 2023 par Nicolas Vandenelsken (25 jours).

Car si le traileur ne cache pas sa quête de la performance, c’est bien l’aventure qui semble le motiver ici. Une chance à ses yeux. Très touché par la perte de Pascal Balducci, son entraîneur historique et un de ses meilleurs amis, décédé en septembre 2023 d’un cancer, Erik Clavery n’a de cesse de rappeler sur ses réseaux que courir reste le privilège des personnes valides. Aussi s’est-il engagé aux côtés de la Ligue contre le cancer dont il est l’ambassadeur dans cette aventure. 

Une démarche qui a trouvé un écho énorme au cours de son dernier défi. Sur son chemin, plus de 1000 traileurs l’ont rejoint. « Certains n’étaient venus que pour 10 km, et se sont retrouvés à mes côtés pendant 40 km, une distance qu’ils n’avaient jamais courue avant. Un autre est même resté un jour et demie avec moi. C’est magique, c’est ça qui me nourrit », s’enthousiasme-t-il. «  Sur les 2 100 km, je n’ai couru seul que 75 km ! Cette générosité, cette bienveillance, c’est une force énorme, notamment le matin, quand le démarrage est dur, ou quand tombe la nuit et la fatigue avec. C’est un vrai plus au niveau de la vigilance, mais c’est surtout ma plus belle récompense. À côté, le record est presque anecdotique. Je suis vraiment dans le partage. J’aime aider les gens, les inspirer à se battre, contre la maladie ou les malheurs de la vie ».

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"Je n'avais pas le droit de laisser tomber"

Erik Clevery est préparateur mental depuis 2018, et il ne cesse d'apprendre sur le pouvoir de l’esprit, confie-t-il. « Lors ce ces longues journée sur le sentier, j’ai découvert beaucoup de choses sur moi-même et sur les coureurs qui m’accompagnaient. Beaucoup, par gentillesse me prévenaient d'un danger, mais sans qu’ils s’en rendent compte, dans leur formulation, les termes étaient parfois négatifs. Or l’esprit humain est recentré sur les choses les plus négatives. Je faisais donc en sorte de renverser ce négatif en positif. De renverser la tendance, pour ne pas être plus atteint par la douleur, le manque de sommeil, la fatigue.

Je ne cache pas que parfois, au début, pendant les six premiers jours, j’ai eu des doutes sur le pourquoi de tout ça. Ça te traverse, forcément. Mais je sais que, d'une certaine façon, à mon niveau, je peux donner plus de sens à la vie de certaines personnes. Alors, quand je n’avais pas envie d' y aller, parce que c’était l’enfer, je me disais que des gens comptaient sur moi. Que je n’avais pas le droit de les laisser tomber car on vit quelque chose de tellement intense. Cette générosité que j’ai vécue pendant ces 18 jours, ça fait du bien dans le contexte actuel ! ».

Sans surprise, on apprend qu’à peine arrivé, alors qu'il est loin d'avoir totalement récupéré, Erik Clevery a déjà d'autres projets en tête. Le Pacific Crest Trail - 4 240 kilomètres courant de la frontière mexicaine à la canadienne. Mais pas avant 2030. Car auparavant, il va se donner le temps nécessaire pour se roder sur un autre gros morceau. Rien moins que la Via Alpina, d'ici 2027-2028, dit-il.

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