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Environnement : Nike joue-t-il avec le feu ?

  • 3 août 2019
  • 3 minutes

Samuel Dixneuf Samuel Dixneuf Originaire d’Annecy, explorateur des Alpes à pied, à vélo ou à ski, Samuel a publié de nombreux textes, écrit pour la presse et participé à des projets éditoriaux. Sensible aux problématiques environnementales et sociales, il a co-fondé AIR coop en 2018.

La marque américaine est à nouveau au cœur d’une polémique, cette fois sur l’impact environnemental de sa dernière innovation, qui utilise des micro-plastiques. Sa défense ne convainc pas et entre même en contradiction avec de récentes déclarations d'un de ses principaux dirigeants, le directeur de l'exploitation, Eric Sprunk.

Rien ne va plus au rayon chaussures de Nike. Après le retrait forcé de sa 'Air Max 1 Quick Strike Fourth of July' - un nouveau modèle de son classique du streetwear, affublé d’une ancienne version du drapeau américain évoquant l'époque de l'esclavage et adopté par des groupes suprématistes blancs - Nike est au cœur d’une nouvelle polémique révélée le 25 juillet dernier par le journaliste Andrew Liszewski.

La sortie de la 'Air Max 1 Quick Strike Fourth of July', modèle retiré du marché, devait aller de pair avec la fête nationale américaine, le 4 juillet (Nike)

Le nouveau produit phare de la marque, la chaussure de running 'Joyride Run Flyknit', qui doit être lancée dans les prochains jours, contient en effet une semelle composée de 8000 billes de copolymère, un mélange de plastique et de caoutchouc, de 5 mm chacune, sensées améliorer l’amorti et le rebond.

8000 billes de copolymère dans la semelle de la Joyride Run Flyknit (Nike)
Détails de l'intérieur de la semelle (Nike)

Or, la pollution de l’environnement aux micro-plastiques, en particulier de l’eau, est une problématique majeure de l’industrie textile et cosmétique. Le plastique contient de nombreuses substances qui ont été identifiées en tant que perturbateurs endocriniens, toxiques et cancérigènes. Du fait de leur taille, il est très difficile d’assainir les lieux contaminés par les micro-plastiques qui s’insinuent ensuite dans la chaîne alimentaire : il est donc primordial d’éviter leur utilisation en amont. Les usages volontaires de ces substances seront d’ailleurs bientôt interdits dans l’UE.

Contradictions et greenwashing

Dans ce contexte, Nike s’inscrit à rebours des recommandations actuelles visant à réduire l’impact environnemental des produits mis sur le marché alors qu’elle proclame être en avance sur beaucoup d’autres dans ce domaine-là, selon les dires de son directeur de l'exploitation ( ndlr, voir plus bas les points saillants de sa récente interview : « farther ahead than a lot of other companies ... » ) .


De plus, ces microbilles de plastique ne semblent pas provenir de plastique recyclé, Nike n’ayant pas communiqué sur ce point. Leur production s’appuie donc sur de nouvelles extractions d’énergies fossiles polluantes. Par ailleurs, rien n’indique qu’à la fin de vie du produit, celles-ci seront collectées systématiquement de façon à éviter leur éparpillement dans les écosystèmes.


En effet, même si Nike, dans son communiqué de presse, affirme que «la Joyride sera recyclée en interne avec notre programme "Nike's Reuse" » on peut douter du résultat. Les clients auront bien la possibilité de ramener leurs chaussures usagées dans les points de vente, mais le feront-ils ? Les chiffres disponibles laissent à penser le contraire : comme nous l’évoquions dans un autre article, sur les 20 milliards de chaussures produites annuellement dans le monde, seuls 5% sont récupérés. Le reste est éliminé avec la collecte des déchets ménagers puis incinéré et enfoui, ou tout simplement stocké dans des décharges. Enfin, en Europe, une seule usine a développé un programme pilote de recyclage des chaussures, opération qui nécessite la mise en œuvre de processus complexes. Il faudrait donc renvoyer les chaussures collectées aux Etats-Unis pour qu’elles soient recyclées, ce qui est loin d’être idéal.

Alors que Nike travaille sur cette innovation depuis 10 ans, on peut s’étonner qu’elle aboutisse à une solution qui soit si imparfaite : énergivore, elle comporte en outre de nombreux dangers potentiels pour l’environnement.

"Voici notre règle : il n’y a pas d’innovation sans prise en compte de l’impact environnemental. Nous ne pouvons pas retourner en arrière."

Pourtant, en juin 2018, en marge du Copenhagen Fashion Summit, Eric Sprunk, l'un des principaux dirigeants de la marque, affirmait, dans une interview accordée au magazine britannique Deezen : Nous voulons « contribuer à l’effort global pour préserver les ressources et l’environnement. (…) Le développement durable fait partie de notre ADN, c’est le cas depuis 10 ans. (…) Voici notre règle : il n’y a pas d’innovation sans prise en compte de l’impact environnemental. Nous ne pouvons pas retourner en arrière. »
C’est pourtant ce que fait la marque en continuant de produire des micro-plastiques vierges et en en faisant le cœur même de sa nouvelle innovation.

(George Pagan/Unsplash)

Citations originales du directeur de l'exploitation de Nike, Eric Sprunk :

« contribute to the global effort to conserve resources and preserve the environment. » « Sustainability is just a part of what we do, it has been for 10 years. »

"Our rule is: there is no innovation without sustainability. You cannot go backwards. The next version of this cannot go backwards. It may not leap forwards, but it cannot go backwards.

Extrait du communiqué de presse de la marque suite à l’article de Andrew Lszewski du 25 juillet :

"Nike s'engage dans la défense de l'environnement avec le sport, comme toutes nos chaussures, la Joyride sera recyclée en interne avec notre programme "Nike's Reuse" qui transforme les chaussures usées en nouveaux produits. Nous conduisons également des recherches sur les micros plastiques en travaillant avec les différentes industries impliquées dans le secteur pour trouver une solution à long terme."

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