S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Glacier Argentine
  • Société
  • Environnement

Dans l’indifférence internationale, l’Argentine adopte une réforme affaiblissant la protection des glaciers

  • 13 avril 2026
  • 6 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Le Congrès argentin a adopté la semaine dernière une réforme de la loi encadrant la protection des glaciers, ouvrant la voie à un redécoupage des zones glaciaires et périglaciaires jusqu’ici sanctuarisées et facilitant, de fait, l’expansion de l’activité minière dans la cordillère des Andes. Derrière ce qui est présenté comme une simple révision technique de la loi, les organisations écologistes dénoncent, dans un contexte de mobilisation inédite, un recul environnemental majeur.

À l’heure où les glaciers reculent partout dans le monde sous l’effet du réchauffement climatique, leur statut en Argentine vient de basculer dans une relative indifférence internationale. Fidèle à sa rhétorique ultralibérale, le président argentin Javier Milei a ressorti la tronçonneuse, cette fois-ci pour s’attaquer à la loi de protection des glaciers et ouvrir plus largement la voie à l’industrie minière dans des zones jusque-là intouchables. Une victoire pour les grandes entreprises extractives, qui avaient tenté sans succès d’empêcher l’adoption de cette loi en 2010, et qui obtiennent aujourd’hui, seize ans plus tard, un affaiblissement décisif de ce cadre protecteur.

Une loi emblématique fortement fragilisée

Adoptée en 2010 après des années de mobilisation citoyenne et scientifique, la loi sur les glaciers, officiellement loi 26.639, reconnaissait l’ensemble des glaciers, mais aussi les environnements périglaciaires, les sols gelés de haute montagne, comme des réserves stratégiques d’eau douce. Elle interdisait toute activité susceptible d’en altérer l’équilibre : exploitation minière, hydrocarbures, infrastructures ou encore stockage de substances polluantes. Ces territoires, souvent riches en cuivre, métal clé pour la transition énergétique, étaient ainsi maintenus hors du champ de l’exploitation.

Selon le dernier inventaire national réalisé en 2018 par l’Institut argentin de nivologie, de glaciologie et des sciences environnementales (IANIGLA), le pays compte près de 17 000 corps de glace, couvrant environ 8 484 km², soit l’équivalent de 41 fois la superficie de Buenos Aires.

Désormais, avec la réforme adoptée jeudi 9 avril, cette protection cesse d’être automatique. Chaque zone devra être évaluée au cas par cas, selon sa « fonction hydrique effective », une décision déléguée aux provinces argentines.

Pour Jessi Gentile, militante de la Red Ecosocialista et figure de la campagne plurinationale On ne touche pas à la loi des glaciers (La ley de glaciares no se toca), cette redéfinition est au cœur du basculement : « Aujourd’hui, ce sont les gouvernements provinciaux qui vont décider si un glacier ou une zone périglaciaire peut être exploitée, en fonction d’études censées déterminer leur rôle hydrique — alors même que l’on sait que toutes ces zones jouent un rôle dans le cycle de l’eau. On parle de seulement 0,4 % du territoire national, poursuit-elle. Et pourtant, ils veulent ouvrir ces zones à l’exploitation. C’est extrêmement grave. »

Elle pointe également un risque majeur de conflit d’intérêts : « Ces évaluations pourraient être réalisées par les entreprises extractivistes elles-mêmes. Face au poids économique des multinationales, et à la pression politique et minière, les gouverneurs finiront par céder des zones glaciaires et périglaciaires à ces entreprises. Voici la gravité de cette modification législative. C'est tout simplement criminel. »

Un vote serré, mais décisif

Après plus de onze heures de débats, la Chambre des députés a adopté la réforme par 137 voix pour, 111 contre et trois abstentions. Le texte avait déjà été validé en février par le Sénat (40 voix pour, 31 contre, une abstention), dans un calendrier législatif accéléré qui a laissé peu de place au doute quant à son issue.

Dans la foulée du vote, le gouvernement a salué une réforme destinée à « garantir la sécurité juridique » et à renforcer le rôle des provinces dans la gestion de leurs ressources. Le président Javier Milei, ouvertement climatosceptique, a revendiqué un « véritable fédéralisme environnemental » et s’est félicité d’une victoire contre « les écologistes acharnés à en empêcher le progrès ».

L’argument central de l’exécutif repose sur la nécessité d’attirer les investissements, en particulier dans le secteur minier, présenté comme un levier clé de relance économique dans un pays en crise. Cette stratégie s’inscrit avant tout dans une logique de concurrence régionale avec le Chili voisin, dont les exportations minières, notamment de cuivre, ont atteint plus de 60 milliards de dollars en 2025, soit près de dix fois celles de l’Argentine. Pour combler ce retard, le gouvernement multiplie les incitations (avantages fiscaux, douaniers et monétaires) pour attirer plus d'investissements.

Jessi Gentile évoque ici un modèle extractiviste poussé à son paroxysme : « On est dans une course aux minerais critiques, dans une mise en concurrence avec le Chili. Mais en réalité, l’Argentine devient un pays d’exportation de nature à bas coût. Et ce modèle ne produit que plus de pauvreté, plus de maladies, plus de dépendance. » Derrière la promesse d’une transition énergétique, elle voit surtout une continuité : « Qu’on ne nous vende pas ça comme une transition écologique. C’est du business. »

Dans ce contexte, la militante dénonce également des collusions entre pouvoir politique et intérêts miniers. Elle évoque notamment une première plainte visant la multinationale Glencore, accusée d’avoir financé un voyage aux États-Unis à tous les députés ayant soutenu la réforme. « Le pouvoir des corporations minières sur le pays est immense, insiste-t-elle. Dans certaines régions, elles imposent leur propre dispositifs de sécurité para-étatiques et une pression constante pour faire taire toute opposition. »

Manifestation Argentine Protection GlaciersManifestation Argentine Protection Glaciers

Une mobilisation citoyenne historique

Face à ces enjeux, la mobilisation civile a été d’une ampleur inédite. Plus de 100 000 personnes se sont inscrites pour participer aux audiences publiques organisées les 25 et 26 mars — un record dans l’histoire parlementaire argentine.

Ces audiences relevaient d’une obligation légale. Comme le prévoient la Constitution argentine, la Loi générale de l’environnement et l’Accord d’Escazú, toute décision ayant un impact environnemental doit garantir l’accès à l’information et la participation des citoyens. Après une première adoption du texte au Sénat, le gouvernement était donc tenu d’organiser cette consultation.

« Il s’est passé quelque chose d’historique, raconte Jessi. Plus de 105 000 personnes se sont inscrites, et le gouvernement a pris peur. » Face à cette mobilisation, les autorités ont drastiquement restreint l’accès à la parole. Moins de 1 % des inscrits ont été autorisée à s’exprimer  — entre 200 et 400 personnes selon les sources. « Les députés ont choisi de manière arbitraire 200 personnes pour prendre la parole, soit en présentiel soit virtuellement. "Envoyez-nous une vidéo sur YouTube, nous ont-t-ils dit, comme si on était des youtubeurs ! », poursuit-elle, indignée. « Le signal était clair : la société voulait être entendue, et le gouvernement lui a fermé la porte. »

« C’était un cirque, une audience publique truquée, une mise en scène pour nous faire croire que le gouvernement écoute le peuple », dénonce Jessi Gentile. « En Argentine, ces audiences ne sont pas contraignantes. Elles servent souvent à légitimer des décisions déjà prises. »

« Cette censure a provoqué un saut dans la mobilisation, comme on n’en avait pas vu depuis des années, poursuit-elle. Le mouvement socio-environnemental a réussi à s’élargir, à imposer le sujet dans le débat public, à en faire une cause nationale. »

Dans les rues de Buenos Aires, la tension est montée d’un cran dans les jours précédant le vote, notamment le samedi 4 avril et la veille du scrutin. Plusieurs milliers de manifestants — militants écologistes, collectifs sociaux, mais aussi une large opposition anti-Milei — se sont rassemblés sous le slogan “La ley de glaciares no se toca”. Les pancartes dénonçaient la marchandisation des ressources naturelles : « L’eau vaut plus que l’or », « Ils vendent notre futur ».

Des affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre, dans un climat déjà tendu par d’autres réformes controversées, notamment celle du droit du travail adoptée en février. « Malgré la répression policière, la mobilisation n’a pas reculé. Elle n’a pas été divisée, ni freinée », insiste Jessi Gentile. « Au contraire, elle a été massive. Le peuple est en mouvement. »

Manifestation Argentine Protection Glaciers
(Natacha Romanovsky)

Une lutte qui dépasse la seule question des glaciers

Au fil des mobilisations, la contestation a rapidement débordé la seule question des glaciers. Elle a agrégé une multitude de luttes locales contre différentes formes d’extractivisme (exploitation pétrolière, fracking, projets offshore), toutes reliées par un même fil conducteur : l’accès à l'eau.

Partout dans le pays, des territoires confrontés à des réalités différentes se sont donc reconnus dans ce combat commun. « On a réussi à unifier toutes ces luttes, explique Jessi Gentile. La résistance est présente dans tous les coins d'Argentine, car il n'y a pas un seul endroit du pays où il n'y a pas de sociétés extractives. Dans les 12 provinces argentines, les gens sont sortis pour défendre l’eau. Les glaciers ont été un point de convergence. »

Si l'amendement de la loi a été adoptée, la bataille est pourtant loin d’être terminée. Les opposants annoncent déjà des recours juridiques, estimant que la réforme viole plusieurs principes constitutionnels, notamment le principe de précaution et le cadre des lois environnementales nationales. « Ce que le Congrès n’a pas pu arrêter, on va le combattre dans la rue et devant la justice », affirme Jessi Gentile. « Ce n’est pas la fin. C’est le début d’une seconde phase de résistance. »

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Drone Everest Airlift
Marina Abello Buyle

Everest : au camp de base, les drones au cœur des tensions géopolitiques entre Pékin et Washington

Garmin fenix 8
Marina Abello Buyle

Montres GPS : Garmin rattrapé par la guerre des brevets

Coupe du monde de bloc à Bern 2025
Marina Abello Buyle

Avec l’arrivée de la Fantasy Climbing League, l’escalade poursuit sa mue en sport-spectacle

Matthew Maddison
La rédaction

Un entraîneur de l’équipe américaine d’escalade arrêté pour exploitation sexuelle de mineurs

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications