Les coureurs, de plus en plus exigeants et à l’affût des nouveautés, ont tendance à renouveler très régulièrement leurs paires. Problème : la complexité de l’assemblage des matériaux dans les chaussures de sport rend leur recyclage encore rare et difficile. Tous coureurs, tous pollueurs ? Pas forcément. Voici quelques solutions pour concilier convictions écologiques et amour de la course.
9 000 passionnés, soit autant de paires de chaussures, fouleront les sentiers du pourtour du lac d’Annecy ce week-end, à l’occasion de la 9e édition de la Maxi-Race. Cyril Cointe, ancien ultra-traileur de haut niveau et membre du comité d’organisation de la course, tient à ce qu’elle soit ambitieuse en matière d’impact environnemental. Il a initié le programme “Steps To Nature”, issu d’une association créée en 2018, et utilise cette épreuve comme un “laboratoire test”. Cette année, il a été notamment prévu d’amplifier l’opération de récupération de chaussures usagées lancée en 2018.
L’an dernier, 500 paires avaient été collectées. Ce week-end, Cyril Cointe aimerait quadrupler la mise et table sur un retour de 2 000 paires. Pour cela, “nous avons renforcé la communication autour de l’opération et nous nous appuierons sur l’expertise de RunCollect”, détaille-t-il. Cette start up lyonnaise, créée en février 2017 par “deux coureurs assidus qui usent pas mal de chaussures”, collabore à une petite dizaine d’événements et possède un réseau de près d’une centaine de magasins labellisés qui permettent de “donner une seconde vie aux chaussures de running”.
Une réutilisation plutôt simple
Leur seconde vie peut prendre deux chemins : réutilisation ou recyclage. Antoine Jeantot, l’un des deux fondateurs, explique : “Les chaussures collectées en bon état, qui représentent environ 80% du total, partent direction le circuit humanitaire via des associations françaises pour être redistribuées aux plus démunis.” Pour le reste, “nous attendons d’en avoir un nombre conséquent pour organiser un seul convoi, et nous sommes en train de finaliser un partenariat pour le recyclage”.
La démarche de RunCollect est aussi incitative : “Nous nous appuyons sur neuf marques partenaires (Altra, Skechers, Running Conseil, Salomon, Raidlight, Scott, Nutrisens, Meltonic et Scarpa), qui offrent une remise allant de -15 à -35% sur leurs produits à ceux qui font l’effort de rapporter leurs paires. Elle se veut aussi “concrète, transparente et traçable”, comme en témoigne le blog qui décrit avec précision les opérations.

Ailleurs en France, quelques entreprises se chargent d’en récupérer et de les revendre ou de les donner à des boutiques de seconde main ou des associations. La grande majorité part pour l'Afrique, via des entités comme Africa Run, qui collecte, achemine et distribue des chaussures de running d’occasion dans les pays de l’ouest du continent : Mali, Togo, Mauritanie, Maroc, Sénégal et Tchad.
...mais un recyclage très compliqué
Si réutiliser les chaussures ne pose pas de problème technique majeur, les recycler s’avère bien plus difficile. Sur les 20 milliards de chaussures produites annuellement dans le monde, seuls 5% sont récupérés. Le reste est éliminé avec la collecte des déchets ménagers puis incinéré et enfoui, ou tout simplement stocké dans des décharges.
La faute à la complexité des dizaines de matériaux composant une chaussure (caoutchouc, cuir, plastique, textiles, colles, etc.), qu’il est compliqué de séparer afin de les recycler correctement. Au niveau européen, on trouve l’entreprise allemande SOEX, qui, après un travail de développement de cinq ans, a présenté en 2018 la première installation de recyclage au monde de tous les types de chaussures. L'usine est en mesure de découper mécaniquement leurs composants d’origine pour obtenir des matières secondaires exploitables, telles que le caoutchouc, le cuir ou la mousse plastique. Pour autant, "il y a encore peu de débouchés commerciaux pour les matériaux issus de chaussures recyclées, explique Benjamin Marias, chef du projet SOEX de recyclage de chaussures. Mais, il faut être patient, les opportunités se créeront avec le temps”.
Adidas et Nike sur le coup
Un optimisme qui semble partagé par les grandes marques, Adidas ayant annoncé en avril le lancement pour 2021 de sa première basket 100% recyclable. La marque aux trois bandes a présenté un prototype de sa chaussure, baptisée “Futurecraft.loop”, conçue en TPU, un polyuréthane thermoplastique entièrement réutilisable. L’assemblage et les soudures sont eux effectués à chaud, afin d’éviter d’utiliser de la colle.
De son côté, Nike travaille à revaloriser ses chaussures usagées tout en recyclant les déchets de ses lignes de fabrication. De cette double exigence est né le “Nike Grind”, un matériau issu notamment du broyage du caoutchouc de la semelle extérieure, de la mousse de la semelle intermédiaire et du tissu de l'empeigne des chaussures. Il est utilisé par des entreprises pour le revêtement des aires de jeux et terrains de sport, ainsi que pour 71% des vêtements, chaussures et équipements Nike - même dans certains maillots et chaussures haut de gamme…
Pour résumer, que faire de mes chaussures ?
En attendant un boom technologique global côté recyclage, les usagers peuvent miser sur RunCollect pour commencer. Pas besoin de participer à la Maxi-Race pour parvenir à recycler sa paire : il suffit de s’inscrire sur le site et de l’envoyer par la Poste, vous recevrez les offres promotionnelles des marques partenaires par mail à réception de vos chaussures (on peut en envoyer plusieurs paires). Pour rappel, la start-up collabore à une petite dizaine d’événements et possède un réseau de près d’une centaine de magasins labellisés où l’on peut déposer ses baskets.

Autre initiative récente côté réutilisation, l’éclosion des “recycleries sportives”, lancées par une association. Une première boutique-atelier, spécialisée dans les équipements et matériels sportifs, est née à Massy en 2016. Au programme, quatre fonctions principales : la collecte, le tri, l'auto-réparation, la revente afin de faciliter la pratique sportive et la sensibilisation au sport "zéro déchet". Une seconde a vu le jour en 2018, dans le 17ème arrondissement de Paris.
On trouve enfin, plus généralistes mais plus nombreux, les endroits où déposer ses baskets recensés par la Fibre du tri. Consacré au TLC (Textiles d'habillement, Linge de maison et les Chaussures destinés aux ménages), le site recense les différents “point d’apports volontaires” (PAV), des lieux équipés pour récupérer et stocker les textiles et chaussures usagés. Il y en a plus de 44 000 dans l’Hexagone, donc forcément un pas trop loin de chez vous…
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