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Les accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en Corse
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

En Corse, une cordée 100% féminine ouvre une grande voie

  • 22 juillet 2021
  • 8 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Elles sont huit. Huit filles, membres du groupe Les Accordées, une équipe féminine rattachée au Club Alpin Français Marseille Provence et ensemble, elles viennent d'ouvrir « La Voie du Marcassin Manchot », à Bavella, cotée 6b+. Dans un camp de base idyllique, à une heure de marche d’un pilier vierge de toute ascension, elles ont passé une semaine en Corse en juin dernier, sans réseau téléphonique, entre bivouac en paroi, mauvais temps et ouverture d’une voie de 450 mètres.

Suivant les traces d’Elisabeth Revol et de Stéphanie Bodet, leurs deux marraines, cette équipe féminine marseillaise regroupe des enseignantes, des ingénieures ou encore des psychomotriciennes qui, au-delà de leur passion commune pour l’escalade ou alpinisme, ont une volonté identique : gagner en confiance et en autonomie pour être, elles-aussi, des premières de cordée – une place jusque-là majoritairement laissée aux hommes. À l’origine des Accordées, Pierre-Olivier Blanc, instructeur en alpinisme et en escalade au Club Alpin Français (CAF) qui a décidé de prendre en considération le désir exprimé par une grimpeuse, Camille Floury, membre aujourd'hui de l'équipe marseillaise : « On en a marre de devoir quémander une place dans la cordée auprès des garçons, et comme ils ne nous laissent rien faire, on n’apprend rien et on n’ose pas partir entre copines ». Deux ans ont passé depuis la création de leur groupe. Et les huit grimpeuses ont gagné en confiance. Au point, raconte, Julie Lapébie, Laura De La Torre et Pierre-Olivier Blanc, de se lancer dans une ouverture, la Voie du Marcassin Manchot », à Bavella, en Corse. Une voie cotée 6b+, en terrain d’aventure, pratique qui nécessite la pose de coinceurs.


Comment avez-vous choisi la falaise à équiper ?

Laura : C'est Lionel Catsoyannis, moniteur d’escalade équipant beaucoup de voies, qui nous a proposé ce projet. On a passé un week-end ensemble où il a pu voir notre niveau avant de nous dire : « Si vous voulez, j’ai des idées. J’ai déjà repéré quelque chose, je peux vous montrer, mais je ne sais pas du tout si ça passe. Je ne sais même pas comment on y accède. Il faudra tout faire, même le chemin d’accès ». Il avait repéré la voie depuis l’arête d’en face. C’était donc logique qu’il nous accompagne lors de cette expédition.

Les accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en CorseLes accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en CorseLes accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en CorseLes accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en Corse

Est-ce votre première expérience d’ouverture de voies ? 

Julie : Oui et on a dû tout faire. Au début, on était équipés de scies pour faire le sentier, c’était trop bien. On a dû parfois mettre des cordes fixes et on a avancé petit à petit. D’abord avec trois longueurs très faciles, pour monter jusqu’à une grande vire d’où la voie commence vraiment.
Laura : Deux jours plus tard, sous la pluie, nous avons trouvé un chemin pour rejoindre notre camp de base qui nous évitait de grimper cette première partie et nous permettait d’arriver plus vite le matin au pied de la voie. Ce n’est pas le chemin que l’on propose dans le topo, c’est un raccourci avec des cordes fixes et un petit rappel.

Des femmes qui ouvrent une voie en terrain d’aventure, ce n’est pas commun. Pourquoi ce choix ?

Laura : Je ne sais pas pourquoi on a choisi le terrain d’aventure. Peut-être parce qu’à la base, on n’est pas des grandes grimpeuses : on aime bien l’alpinisme, les arêtes, évoluer sur coinceurs. Et puis, si on peut passer sans abimer le rocher, c’est encore mieux non ? Un fameux débat... Mais personnellement, je préfère grimper en terrain d’aventure. Ce côté un peu sauvage renforce le sentiment de liberté qui me transporte quand je vais en montagne.
Julie : Quand on tombait sur un un arbre, il servait de relais. Si on pouvait caler des coinceurs, on ne laissait rien sur le rocher. On a juste été obligées de mettre quatre points fixes.
Pierre-Olivier : Il y avait pas mal de lunules, donc c’était assez facile à protéger. On a laissé des cordelettes pour indiquer le chemin et on a équipé les lignes de rappel de relais propres, avec anneaux. C’est une face totalement verticale, la descente est donc plutôt rapide.

Avez-vous préparé ce projet d’un point de vue logistique ? Vous êtes-vous entraînées spécifiquement ?

À l’unanimité : Non ! (rires)
Laura : On a fait un week-end sur le grès d'Annot (Alpes de Haute Provence, ndlr) où Lionel nous a expliqué les techniques de fissure, le travail avec les gants, le placement spécifique des coinceurs. On bosse toutes, on a des vies très occupées et beaucoup de mal à trouver du temps pour se préparer. Cette semaine par exemple, on va aller faire une semaine d’alpinisme avec les filles dans les Écrins. On laisse nos boulots de côté pour aller tout donner en montagne. On est sportives mais on ne va pas aller faire des entraînements spécifiques. Moi, par exemple, je n’ai pas grimpé depuis deux semaines. Mais parfois, on fait des week-ends d’entraînement pour se rappeler les manips de corde. On va grimper ensemble aussi. Disons qu’on fait comme on peut.
Pierre-Olivier : L’équipe tourne depuis deux ans, on a déjà vécu beaucoup d’aventures ensemble. Certaines ont déjà fait deux nuits en portaledge, des semaines en montagne, des voies en terrain d’aventure, de l’escalade artificielle… des choses assez variées. Tout ce qu’on a réalisé, on l’a toujours fait sans grosse préparation et on revendique ça. Dès le lendemain du retour de Corse, la plupart des filles sont retournées au boulot.

Les accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en CorseLes accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en CorseLes accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en CorseLes accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en Corse

Y a-t-il des choses que vous n’aviez pas anticipées ? Quelles ont été les difficultés auxquelles vous avez dû faire face ? 

Laura : Vu que nous étions les premières à grimper la voie, il y avait plein de lichen donc ça glissait beaucoup. Je ne m'y attendais pas. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est que normalement quand tu grimpes, il ne faut pas faire tomber de cailloux. Là pendant une semaine, vu qu’on ouvrait une nouvelle voie, on a balancé des rochers dans le canyon, ça faisait des explosions. Au début, ça m’a fait un peu peur – je n’avais pas l’habitude – mais après, j’adorais ça !
Julie : On a eu du mal à trouver le début de la voie car elle est située dans un endroit sauvage, très grand, avec des cairns tous les cent mètres. Mais ce qui a été le plus difficile, ce fut le dernier jour : marcher sous la pluie avec tout le matos. Par endroit, il fallait dé-escalader ou même marcher de rocher en rocher pour traverser la rivière. Avec les gros sacs, c’était loin d’être facile. On a dû se tromper quelque part car on portait 23 kilos chacune : c’était beaucoup plus lourd que prévu !

Pourquoi choisir d’ouvrir la voie depuis le bas ?

Pierre-Olivier : C’est quand-même plus fun de faire comme ça que de descendre d’en haut et de mettre des points… Surtout sur une voie longue car elle fait quand même 450 mètres. Pour nous, c’est ça la vraie aventure ! Et puis, comme ça, on a pu passer une nuit en paroi.

Comment gérez-vous la peur ?

Julie : Je trouve que ça fait souvent moins peur d’ouvrir en terrain d’aventure. En France, on pense que c’est plus difficile mais en fait, c’est l’inverse. Dès que tu ne te sens pas bien, hop tu cherches un endroit et tu mets un coinceur. Ailleurs, en dehors des terrains d'aventure, on voit parfois le point qui est loin et on se dit : « si j’avais des coinceurs, j’aurais moins peur ».
Pierre-Olivier : Après, en Corse, il a beaucoup de fissures, donc tu peux très bien protéger, parfois tu mets plus de points que sur des voies déjà équipées. À partir du moment où tu te pends sur des coinceurs, que tu tombes un peu dessus, tu t’aperçois que ça tient. Avec les filles, on a tout de suite fait de la montagne et du terrain d’aventure. Ce n’est pas une approche classique, on n'a pas trop l’habitude dans les clubs de lancer ainsi les adhérents dès le départ, mais ça fait des gens débrouillards qui cherchent des solutions, comme sangler un arbre par exemple. Dans les stages, c’est souvent l’encadrant qui dit « on va faire ça ». Ce qu’il faut, c’est laisser le droit à l’erreur. Or, quand tu encadres, ce n’est pas toujours très facile. Et parfois, il faut accepter de finir tard ! 

Les accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en CorseLes accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en CorseLes accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en CorseLes accordées : groupe de femmes alpiniste ouvrant une grande voie en Corse

Ouvrir une voie, est-ce que c’est si compliqué que ça ? Que diriez-vous à des filles qui n’osent pas franchir le pas, qui trouvent cela impossible ? 

Pierre-Olivier : Le message qu’on veut porter c’est : « Regardez les filles, vous pouvez ouvrir une voie depuis le bas en étant amatrices ». Pour une voie de 450 mètres, cotée 6b+ en terrain d’aventure, c’est rarement un groupe d’amateurs qui a ouvert. C’est important de montrer que c’est possible. C’est comme les nuits en portaledge, ce n’est pas compliqué mais il n’y a personne qui le fait. Il faut provoquer les choses, même si en montagne le milieu reste assez macho. C’est un peu : « si la fille, elle fait l’aventure, alors ce n’est plus vraiment une aventure ». Des fois, c’est un peu pénible.

Est-ce que pour vous grimper avec des femmes est libérateur ? Si oui, de quoi ? 

Pierre-Olivier : Ces équipes féminines ne sont pas « anti-mecs ». Les filles ont envie de grimper avec les garçons tout en ayant un espace de formation où elles sont entre elles. Leur l’apprentissage s’axe avant tout sur l’esprit d’équipe, pas sur la compétition. Si les filles sont solidaires, elles vont gravir des montagnes ! Pour moi, c’est important qu’elles puissent prendre les décisions elles-mêmes. En alpinisme ou en terrain d’aventure, quand elles sont entre elles, elles sont obligées de faire des choix. Et c’est là où tu apprends le plus. Avec une bonne solidarité, ça laisse toujours des bons souvenirs. Des fois c’est difficile, on s’engueule un peu et c’est normal : au bout de quinze heures, tu ne supportes plus l’autre. C’est pour ça que je n’ai pas envie de faire comme toutes les équipes féminines où tu as des sélections, une approche très masculine en fait. Pour nous, l’important c’est qu’il y ait un bon esprit et de la motivation. Si une fille passe du 7a à vue mais qu’elle devient insupportable au bout de six heures de marche, c’est plus grave que si elle ne fait que du 6a.
Laura : Personnellement, dans les autres groupes où je suis allée, il n’y avait pas de communication ni de bienveillance. C’est ça que j’aime dans notre groupe, cette solidarité. Rien que de demander « ça va ? », c’est important. On parle de nos faiblesses, on ose dire « Là, j’ai galéré ». C’est bien de s’écouter là-dessus aussi. Parfois si l’une d’entre nous dit « Je ne le sens pas de passer en tête, je fais toute la journée en second », il n’y a aucun problème. C’est la différence avec les équipes masculines. Je me sens davantage en confiance car on se connaît bien, on est un peu une bande de copines. On s’aide à repousser nos limites, sans pour autant être dans la compétition. Quand je suis arrivée au CAF, avant que je rencontre les filles, je demandais à tout le monde « Comment on fait pour faire de l’alpinisme » mais on m’a un peu ri au nez. En un an et demi, avec Les Accordées, j’ai énormément gagné en autonomie.

Quels sont vos projets futurs ? Avez-vous l’intention d’ouvrir d’autres grandes voies ?

Julie : En Corse, avec notre voie, on a fait un premier sommet mais après il y avait encore une super belle arête.
Laura : Et on est fan d’arêtes, on a trop envie d’y retourner. Après, on fait de tout, pas que de la grimpe et de l’alpinisme. L’idée c’est vraiment de s’ouvrir à la culture de la montagne, de la pratiquer sous toutes les facettes possibles et de ne pas faire qu’un seul sport.
Pierre-Olivier : On a beaucoup de projets mais on ne les dévoile pas avant... parce que ça met toujours la pression.


Ce récit vous a donné envie de créer une équipe féminine similaire, ailleurs en France, accessible aux amatrices de niveau modeste ? N'hésitez pas à contacter  les « Accordées » via Facebook et Instagram.

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