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Kathie Shide
  • Aventure
  • Trail Running

Du Maine au Mercantour : l’ascension de l’ultra modeste Katie Schide

  • 28 juin 2024
  • 8 minutes

La rédaction Outside.fr Doug Mayer

Elle préfère la discrétion du Mercantour à la frénésie de Chamonix. L’humilité à l’exubérance. Il n’y a qu’à voir la photo prise quelques secondes après avoir sa victoire sur l’UTMB en août 2022 pour se rendre compte que Katie Schide est du genre modeste, loin des habituelles démonstrations de surpuissance. C’était plutôt l’étonnement qui transparaissait sur le visage de la traileuse américaine (qui vit aujourd’hui en France), visiblement surprise d’une telle performance. Les victoires se sont pourtant enchaînées par la suite. De quoi la placer en grande favorite à l’approche de la Western States qui débute demain, samedi 29 juin. Un statut qu'elle a encore du mal à assumer, nous a-t-elle dit.

« Katie n’est pas du genre à vanter ses succès » nous a confié son amie de longue date, la traileuse américaine Hillary Gerardi. « Elle ne se met jamais trop en avant ». En clair, dans un monde où (presque) tout le monde partage, parfois à outrance, sa vie sur les réseaux sociaux, Katie Schilde préfère être loin des projecteurs.

Il n’est donc guère étonnant à ce que la traileuse ait choisi l’un des endroits les plus reculés de l’Hexagone, Saint-Dalmas-le-Selvage, un petit village de 60 habitants en plein cœur du Parc national du Mercantour (et à 30 kilomètres du supermarché le plus proche !), pour établir son camp de base. « Tout le monde pense que je vis à Chamonix », raconte la traileuse qui reçoit fréquemment des messages sur Instagram lui demandant quels sont les meilleurs sentiers de la vallée. « Je ne sais pas quoi répondre… puisque je vis à huit heures de là ! »

C’est donc isolée dans les Alpes du Sud aux côtés de son compagnon, le traileur français Germain Grangier, qu’elle s’entraîne assidûment pour devenir l'un des plus grandes traileuse au monde. Et cela commence à porter ses fruits. Car après sa victoire à l'UTMB en 2022, Katie Schide a signé une remarquable saison 2023. Elle a terminé 2e de la Western States (161 km ; 5500 D+), 2e de l'OCC (55 km ; 3425 D+) et a conclu la saison en remportant la Diagonale des Fous (170 km ; 10 000 D+). Reste à voir ce qu’elle nous réserve cette année ! 

Une enfance passée en montagne

Les sentiers techniques ont toujours fait partie de l'univers de Katie. Ayant grandi à Gardiner, dans le Maine, elle a passé, avec ses parents et sa sœur Annie, ses vacances à randonner dans les White Mountains, une chaîne de montagnes des États-Unis qui recouvrent près d'un quart de l'État du New Hampshire. Elle a notamment parcouru, alors qu’elle était encore lycéenne, les 430 kilomètres de la Long Trail du Vermont, un parcours qui traverse les Green Mountains, du Massachusetts jusqu'au Canada. « Ces périples lui ont donné l'amour des montagnes », raconte sa mère, Pat Hart.

À l’école, la future traileuse excelle. Joueuse vedette de hockey sur gazon, elle a marqué le but ayant conduit à la victoire de son équipe lors du championnat d’État. Et très vite, ce mélange de sport, d’épanouissement personnel et de passion pour les montagnes s'est transformé en un amour du trail. Le traileur américain Jeff Colt y a assisté. Tous deux partagent d’ailleurs une voie similaire : celle de la géologie. 

Des études les ayant conduits à devenir, le temps d’un été, gardiens de refuge dans les White Mountain. Sur place, ils rallieront les huit refuges de la zone en près de 80 kilomètres. Un véritable exploit technique, le lieu, parsemé de rochers, étant particulièrement accidenté. « C'était dur », se souvient Jeff Colt, fasciné par l’énergie débordante de la traileuse qui commençait, en parallèle de ses études, à s’aligner sur des courses. Et sa première participation à une compétition, les 45 kilomètres du Logan Peak, dans l'Utah, fut un succès. D’innombrables victoires ont suivi. « Elle était tellement en avance sur les autres », raconte sa mère. « Je n'arrivais pas à y croire ».

Kathie Shide et son compagnon Germain Grangier
Kathie Shide et son compagnon Germain Grangier. (Mathis Dumas)

« Partager la passion du trail avec Germain m'a aidé dans ma pratique »

La machine était lancée. Et selon la traileuse, son ascension fulgurante est due à plusieurs facteurs principaux. Son compagnon d’abord, Germain Grangier, un athlète autant drôle, intelligent que rigoureux. Tous deux se sont rencontrés en Italie, peu de temps après que l’Américaine se soit installée à Zurich, en Suisse, pour préparer un doctorat en géologie. Et ont emménagé dans une maison du village typique à Saint-Dalmage trois ans après. « Nous sommes venus ici pour échapper à la ville, au bruit de Nice », explique le traileur originaire de la région. « J'ai toujours su que je voulais vivre ici. Le village est calme et les sentiers souvent déserts […] J’ai couru 250 kilomètres sans croiser personne la semaine dernière ! Il y a des bouquetins, des cerfs, des renards… et pas de segments Strava ! »

« Partager la passion du trail avec Germain m'a aidé a progresser », nous a confié Katie. « Je peux lui faire part de mon ressenti. C'est précieux. […] J’ai eu un coup de mou en 2021. J'avais beaucoup d’attentes, mais je n'étais pas en forme. Ma 8e place à l’UTMB cette année-là, c'est un excellent résultat. Sauf que ce n'était pas là où je voulais être ». Germain lui a été d’un véritable soutien moral pendant cette période. 

« On se soutient. Ça nous donne mutuellement confiance », affirme Germain. « On se dit les choses, sans se mentir. Si par exemple l'un d'entre nous est blessé et qu'une course approche, il n’hésitera pas à le dire à l’autre ». 

Le couple a également fait le choix de ne pas s’entraîner ensemble. « Nous avons essayé de le faire pendant un certain temps, mais ce ne s’est pas avéré pas très productif », explique Germain. "Alors maintenant, on prend le petit-déjeuner ensemble, puis nous partons nous entraîner chacun de notre côté. Et comme l’on vit dans une petite maison, c'est bien aussi de passer quelques heures seul ».

« Elle sait ce qu’elle doit faire »

Katie Schide doit également sa réussite à sa détermination sans faille. « Elle est extrêmement motivée et absolument convaincue qu'elle peut faire des choses incroyables », explique Hillary Gerardi. "Et c'est ce qu'elle fait ». 

Germain l'a vu progresser : « Année après année, l'entraînement de Katie est devenu de plus en plus efficace. Elle s'est méthodiquement concentrée sur tout ce qu'elle pouvait contrôler : rythme, nutrition et mental ».

Et après huit ans au haut niveau, Katie Schide fait partie des meilleurs athlètes du circuit. « Je sais ce qu'il faut faire désormais. Je sais quelles décisions prendre quant au choix des vêtements, des chaussettes à utiliser, du ravitaillement, des protocoles qui me conviennent. J'ai acquis beaucoup de d'expérience », souligne-t-elle.

« Elle connaît mieux les courses, se connaît mieux elle-même. Elle sait ce qu'elle doit faire » analyse son compagnon. « Ce qui ne veut pas dire que ça a toujours été facile. Elle a parfois commis des erreurs, c’est certain. Elle a longtemps été stressée avant les courses. Mais plus maintenant ».

« Il est important d'être stratégique car notre temps est limité »

Le Mercantour est pour Katie et Germain un véritable havre de paix où ils se ressourcent entre les courses, les voyages et les demandes des sponsors. « C'est notre camp de base, notre grotte », souligne la traileuse tombée amoureuse de ce village d'époque. « C'est un autre monde », raconte-t-elle. « Les rues pavées sont bordées de vieille bâtisses et, certains matins, il y a plus de chats que d'habitants. Le seul restaurant n'est ouvert que de 19 à 21 heures, du jeudi au dimanche, et uniquement pendant la saison estivale. Saint-Dalmas est à la fois charmant et parfois étrangement calme ».

Et chez les Grangier-Schide, tout est affaire de business. Car quand ces deux athlètes ne sont pas sur les sentiers, ils s’efforcent constamment de maintenir l’équilibre entre les exigences de l'entraînement et les demandes de leurs sponsors communs. « L'année dernière, nous avons essayé de ralentir, de nous concentrer sur l’essentiel. Il est important d'être stratégique car notre temps est limité. Nous parlons tout le temps de tout », explique la traileuse.

Kathie Shide
(Mathis Dumas)

« Je reste une personne assez discrète, mais je m'ouvre davantage »

Katie Schide est aujourd’hui entièrement dédiée à sa carrière d'athlète professionnelle. Elle a pour cela mis la géologie entre parenthèses. « J'aime faire tout un tas de trucs. Mais je faisais tout à 75 %. J'ai alors ommencé à me demander si je pouvais faire une chose à 100 %. Je veux vraiment être bonne dans un domaine. C’est pourquoi je me concentre pour l’instant donc sur l'ultrarunning. […] Ce qui est, d'une certaine manière, assez effrayant. Car si je me plante en ayant mis tous les moyens pour arriver, cela sera uniquement de ma faute ».

L’Américaine reste tout de même très polyvalente dans sa pratique. Elle a notamment traversé avec Germain, en 2020, les Alpes à ski, de Cervinia, en Italie, à Chamonix. En 2019 et 2022, elle a également participé à la Pierra Menta, la course de ski-alpinisme de référence, passage obligé pour l’élite de la discipline. À savoir qu’elle participe davantage à des courses skis aux pieds qu'à des épreuves de trail. Étonnant, surtout à une époque où les coureurs de trail sont de plus en plus nombreux à se spécialiser.

Ce que l’on peut retrouver en fouillant dans son Strava – Katie Schide y partage désormais toutes ses séances d'entraînement. « C'est vraiment difficile à faire », explique-t-elle. « Il y a des jours où l'on n'a pas envie de partager. Mais je fais l’effort. Je reste une personne assez discrète, mais disons que je tends à m'ouvrir davantage ».

Trouver un équilibre viable entre vie privée et authenticité est l'un des défis que doivent relever la plupart des athlètes. « C'est important pour les personnes qui se lancent dans le sport de voir ce que je fais et ce que je pense réellement », insiste la traileuse qui en avait assez des stéréotypes autour de la discipline. Ceux d’après lesquels chaque athlète d'élite vit sa vie de manière décontractée, sans jamais faire de fractionné ni être obsédé par le matériel. 

Une saison qui a débuté sur les chapeaux de roue

La première course inscrite au calendrier de l’année 2024 de Katie Schide était la Canyons Endurance Run, un parcours de 100 kilomètres mêlant route et sentier sur lequel elle a excellé fin avril dernier. « Je savais qu'elle pouvait le faire », a déclaré Germain Grangier. « Son entraînement s’est bien déroulé. Son rythme était super bon. Et elle avait une logistique du tonnerre ! ».

« Je n’ai jamais cessé de me surprendre sur cette course » se souvient Katie. « J'ai couru de manière régulière tout du long de la course ». De quoi battre sa compatriote Emkay Sullivan, 2e, de 51 minutes, et terminer 6e au classement général. Le coureur américain Tim Tollefson était juste derrière elle. « J'ai passé près de 50 kilomètres à essayer de la rattraper », raconte-t-il. « Au final, c'est elle qui m'a battu ». 

Après la course, Katie Schide s'est installée à Flagstaff, en Arizona, pour axer sa préparation sur la Western States dont le départ aura lieu samedi matin à 5 heures. L’Américaine connaît bien la course. Elle y a notamment participé l’année dernière, terminant 2e derrière Courtney Dauwalter. Toutes deux ont battu le record d'Ellie Greenwood. 

« Je ne ressens pas le besoin d'impressionner qui que ce soit »

Habituée à la frénésie européenne qui attire les fans le long d'un parcours de 100 miles, tels que l’UTMB, l’Américaine a été surprise par la solitude des États de l'Ouest. « Mis à part quelques petits postes de secours, on ne voit personne pendant des kilomètres » explique-t-elle. « Vous êtes vraiment seul pendant la majeure partie de la course. C'est différent de l'Europe. Il faut être bien dans sa tête ».

« Je me demande toujours si j’ai eu de la chance l’année dernière [sur la Western States, ndlr] » confie Katie Schide. « C’est pour ça qu’aujourd’hui, je considère que rien n’est acquis ». Certains se demandent toutefois si elle pourrait battre le temps de Dauwalter, mais la traileuse américaine souligne l'énormité du défi. « Affirmer cela serait manquer de respect au record de Courtney… sachant que j’ai fini une heure et 15 minutes derrière elle ! La course de l'année dernière a été marquée par une accumulation de neige persistante, mais sans les températures étouffantes si fréquentes lors de la course. Je ne veux pas me mettre de limites, mais je veux aussi être réaliste » dit-elle. « Si je parviens à faire le même temps que l'année dernière, alors qu'il fera très chaud, ce sera déjà une grande réussite ».

« J'ai envie de bien faire. Alors je fais les meilleurs choix pour moi-même. Et ne ressens pas le besoin d'impressionner qui que ce soit » souligne la traileuse. « L'expérience me donne confiance. Je me pose moins de questions ».

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