En octobre dernier, 29 alpinistes trouvaient la mort sur le Draupadi Ka Danda II, en Inde. Un drame longtemps resté inexpliqué. Heure par heure, notre journaliste a reconstitué le déroulé d’une catastrophe qui aurait peut-être pu être évitée.
Le 4 octobre 2022, 1 heure du matin : Ankush Sharma se réveille pour prendre le thé. Il se trouve sur le Draupadi Ka Danda II, un sommet de 5670 mètres situé dans le Gangotri dans l'Himalaya indien, près de la frontière chinoise. Cette montagne, communément appelée DKD2, est entourée de géants intimidants de 6 000 mètres comme le Thalay Sagar, le Shivling mais aussi Meru, connu notamment pour le Shark’s fin, le fameux mur de granit escaladé pour la première fois en 2011 par Conrad Anker, Jimmy Chin et Renan Ozturk, au cœur du documentaire multiprimé, « Meru », sorti en 2015. Le DKD2, bien qu'il soit plus bas de 975 mètres et apparemment moins méchant en comparaison, est connu pour ses faces glacées et ses crevasses, de quoi le rendre aussi dangereux que les pics légendaires de la chaîne.
Ankush Sharma, alors âgé de 23 ans, suivait un cours d'alpinisme avancé de 28 jours organisé par le Nehru Institute of Mountaineering (NIM), l'une des meilleures écoles d'alpinisme de l'Inde. Autour de lui ce jour-là, les autres étudiants se réveillent également. C'est le jour du sommet. Dehors, juste une petite brise et il neige légèrement, rien d’alarmant. Sunil Lalwani, 28 ans, originaire de Mumbai, ne s’est pas levé comme les autres pour le thé, il a dormi une heure de plus. Ex cadre dans le marketing, un job très prenant, il en a démissionné après avoir découvert le trekking, en 2015, ça a changé le cours de sa vie. Aussi sur place également, un autre jeune alpiniste de 28 ans, Deep Thakkar. Barbe taillée de près et lunettes, il est dans la finance, mais son but, c’est de faire l’ascension de montagnes emblématiques, comme l'Ama Dablam au Népal. Il a donc quitté la ville indienne de Gujarat pour se rendre dans les montagnes de l'État de l'Himachal Pradesh afin de s'entraîner. Le DKD2 est son premier « 5 000 «.
À 3h30 du matin, le ciel est dégagé. Depuis le camp 1, situé à 4815 mètres, sept instructeurs partent dans l’obscurité avec 34 étudiants, trois porteurs et une infirmière. Les suit également un alpiniste grimpant en solo, il ne fait pas partie de la cordée et compte faire la descente à ski. A part ce groupe, personne n’a entrepris l’ascension à cette heure-là. Pour le NIM, c’est le premier DKD2 de la saison. Lorsque la cordée atteint son premier point de repère, le Rambo Rock, à environ 5100 mètres, les alpinistes s'accrochent à une ligne fixe - la première d'une longue série ce jour-là - et pour franchir la brève section rocheuse, il ont recours aux piolets et aux crampons. Sunil Lalwani se trouve au milieu de la longue rangée serrée, les faisceaux des lampes frontales oscillant de haut en bas sur la neige tandis que tous traversent vers la droite et se faufilent vers le haut, contournant avec précaution les petites fissures du glacier. Bientôt, le ciel commence à s'éclaircir et les premières lueurs du matin apparaissent. Ceux qui se trouvent à l'avant du groupe font la trace, de la neige jusqu'aux tibias. Alors qu'ils remontent le dernier tronçon, ils passent juste en amont d'une crevasse profonde et étroite.
Plus que 150 mètres avant le sommet
« Ca y est, on va arriver ! », pense Deep Thakkar lorsque le sommet apparait. Quelques instructeurs accompagnés des stagiaires les plus expérimentés sont alors en passe de l’atteindre et s’apprêtent à fixer les cordes qui devraient faciliter au reste de la cordée l’ascension des derniers 150 mètres. Les 46 grimpeurs sont alors tous ensemble sur la face, et presque tous sont accrochés à la ligne fixe avec un mousqueton, dans l’attente de monter. Ils portent des casques orange et des vestes rouges et bleues arborant l’écusson du NIM sur la poitrine. Alors qu'ils grimpent, une petite masse de neige glisse depuis le haut. "C'est une mini avalanche", se dit Sunil Lalwani. Elle n'est pas suffisante pour faire tomber qui que ce soit. Mais elle l’alarme. Il tente de se calmer en se disant que le NIM emmène des alpinistes sur le DKD2 depuis 1981 et qu'il n'a jamais entendu parler du moindre accident sur ce site.
Peu après 8h30, Ankush Sharma atteint le champ de neige sommital à l'extrémité de la ligne fixe, se détache, et se dirige vers l'un de ses instructeurs déjà au sommet. Mais derrière lui, une fissure a silencieusement creusé la pente et déclenché une avalanche de plaque. Tout ce qui se trouve en dessous de la ligne de fracture se met à bouger alors que la pente entière se brise en blocs de neige et de glace s'écoulant comme de l'eau. Quelques centaines de mètres plus bas, Deep Thakkar observe la scène avec horreur. Il n'a pas le temps de réagir. L’avalanche renverse les grimpeurs et prend de la vitesse en dévalant la pente. L'homme qui se trouve en amont de Sunil Lalwani tombe sur lui. Ce dernier plonge son piolet dans la neige, espérant stopper sa chute, mais les deux hommes sont emportés vers le bas de la montagne. Alors qu'ils glissent, Sunil essaie de garder la tête au-dessus de la masse de neige, mais il a l’horrible impression de se noyer. Ankush Sharma, alors tout près du sommet, jette un coup d'œil par-dessus son épaule. La corde fixe a disparu. Ses amis ont tous disparu. Et pourtant, il n'a rien entendu : pas de cris, pas d'agitation. "Tout s'est passé en un clin d'œil", se souvient-il. "Et tout s'est passé dans le silence".

Lorsque la neige se stabilise enfin, en ce matin d'octobre sur le DKD2, on entend les premiers cris des survivants. Certains appellent leurs parents. D'autres disent des prières. Puis, une à une, les voix s’éteignent. Sunil Lalwani pense alors à un mantra hindou utilisé pour demander protection et le récite silencieusement dans sa tête : Om Namah Shivaya. Om Namah Shivaya. S'il est dit que son heure est venue, pense-t-il, peut-être que la répétition des termes sacrés va rendre sa mort plus douce.
Ensevelis sous une chape de neige dure comme du béton
Les survivants estiment qu'ils ont été emportés par l'avalanche pendant 15 à 30 secondes. Certains se sont arrêtés sur la pente, mais 34 d'entre eux ont été projetés par-dessus le rebord d'une crevasse étroite et profonde située à environ 5480 mètres d'altitude et sont tombés en chute libre. Lorsqu'ils ont atteint le fond, environ 25 mètres plus bas, la neige s'est accumulée et s'est transformée en une chape de béton, les ensevelissant vivants.
Tombé dans la crevasse, Deep Thakkar croit d'abord qu'il a été projeté du haut de la montagne. Il a atterri sur le ventre, mais heureusement une partie de son nez et sa bouche se trouvent encore au-dessus des débris, et il peut respirer. Il prie pour que la neige cesse de tomber. Puis un autre alpiniste s'abat sur lui, le blessant au passage à la lèvre, d'un coup de crampon. Deep Thakkar comprend vite que la personne à laquelle il est attaché est en train de suffoquer et est pris de soubresauts. Puis plus rien, elle s'arrête de bouger. Deep Thakkar commence alors à appeler à l'aide.
Sunil Lalwani, qui se trouve également dans la crevasse, est parvenu à se créer une poche d’air à coup de contorsions. Son corps est complètement enseveli, mais seule une fine couche de neige recouvre son visage ; il peut respirer. Un autre stagiaire, Suraj Singh Gusain, 26 ans, a perdu connaissance dans la chute mais il commence à se réveiller. Terrifié et désorienté, il ouvre les yeux et voit de la lumière. Sa tête était au-dessus de la neige, mais son corps est enterré. Sa première pensée va à sa fille : Comment me survivra-t-elle ? Qui va s'occuper d'elle ?
Le risque d'une deuxième avalanche
Pendant ce temps, la nouvelle de l’accident a été transmise par radio à un responsable du NIM positionné au camp 1, environ 600 mètres plus bas, puis au camp de base, où une opération de sauvetage de grande envergure est rapidement mise en place. La douzaine d'instructeurs et d'élèves qui n'ont pas été emportés dans la crevasse s’en sont prudemment approchés. On entend l’une victimes crie pour appeler ses amis. N'obtenant aucune réponse, elle fond en larmes. Anil Kumar, un instructeur, distingue quelques têtes seulement dépasser de la neige. Kanchan Singh, un étudiant de 28 ans originaire de l'Uttarakhand, crie dans le vide : "Mes frères ! Nous venons vous sauver. Ne vous inquiétez pas !" Le groupe enfonce rapidement des piquets dans la neige, pose des ancrages et plusieurs alpiniste descendent en rappel sur 15 mètres dans la caverne glacée jusqu'au sommet de l'amas de débris, à la recherche de survivants. Ankush Sharma est resté sur le bord avec quelques autres pour aider à mettre en place un système de poulie afin de tirer les victimes vers la surface. Il sait qu'une nouvelle avalanche peut s'abattre sur eux d’un moment à l’autre.
Presque entièrement enseveli sous la neige, Sunil Lalwani ne peut plus bouger. Il a tellement froid qu'il a l'impression que sa main gauche est en bois. Après au moins une demi-heure, d’après lui, l'un de ses instructeurs lui découvre la tête et essuie la neige sur ses lunettes. "Ne t'inquiète pas, Sunil", lui dit-il. "Tu es vivant. Nous allons te sortir de là." L'équipe se met à la recherche d'autres survivants dans la crevasse.
L'un des premiers à être libéré est le skieur solitaire, Jerry, qui entreprend immédiatement d’aider les autres, les yeux braqués sur un indice de taille : une paire de chaussures en plastique vert fluorescentes portées par l'instructeur Naumi Rawat. Les alpinistes n'ayant pas de pelles à avalanche, ils sont réduits à utiliser leurs mains, leurs casques et les skis de Jerry pour creuser. Les bottes vertes sont faciles à repérer, mais Naumi Rawat ne respire plus. L'aide-soignante tenter de le réanimer, en vain. Savita Kanswal, une instructrice qui venait d'établir un record national en escaladant l'Everest et le Makalu en 16 jours, est enfin retrouvée elle aussi. Elle a les mains en coupe autour de sa bouche pour tenter de créer une poche d'air, mais elle n'a pas survécu.
Debout au bord de la crevasse, Ankush Sharma est tellement épuisé qu'il a l'impression qu'il va vomir, mais il continue à aider à remonter les survivants et les corps. Environ trois heures après le début de l’avalanche, Deep Thakkar est enfin extrait de la crevasse. Après l'avalanche, il s'était mis à neiger abondamment et il est totalement trempé, il tremble violemment, il a si froid qu'il ne sent plus son corps : "Je n'ai plus de jambe ! Je n'ai plus de jambe ! Je ne tiens pas debout", hurle-t-il lorsqu'il remonte à la surface, les lèvres couvertes de sang. L'un des instructeurs l'enveloppe d'une veste et l'allonge sur la neige à côté de quatre autres personnes. Lorsqu’il tourne la tête pour les regarder, il constate qu'ils sont tous morts.
Sur les 34 personnes tombées dans la crevasse, seules cinq ont survécu : Deep Thakkar, Sunil Lalwani, Suraj Singh Gusain, Ankit Kandiyal et Jerry. L’aide extérieure ne s'est manifestée que trop tard, et le mauvais temps qui s'est installé peu après l'avalanche a interdit tout espoir d'atterrissage d'hélicoptère. Bien avant l'arrivée des secours, l'opération de sauvetage s'est transformée en récupération de corps, 27 corps au total - 25 stagiaires et deux instructeurs. Et deux corps, jamais retrouvés, restent ensevelis à ce jour dans la montagne, celui d’un colonel de l'armée de 47 ans, Deepak Vashisht, et d’un marin de 29 ans, Vinay Panwar.

L'un des sites les plus sûrs au monde ?
L'avalanche sur le DKD2 aura donc tué 29 personnes. Les victimes étaient âgées de 18 à 47 ans et comprenaient de jeunes alpinistes prometteurs, des militaires, un professeur de yoga, un amateur de boxe et des pères de famille. Parmi ces alpinistes se trouvaient les deux seules femmes instructeurs du cours, Kanswal, 27 ans, et Rawat, 24 ans.
Après le drame, certains médias locaux n'ont eu de cesse de rappeler que tout cela était inhabituel, en publiant des titres tels que : "Ce site est considéré comme le plus sûr au monde" : "Ce sommet est tenu par le NIM comme plus sûr pour s’entrainer". Dans un courriel adressé à Outside, un haut responsable du NIM a rappelé la longue expérience de l'institut en matière de sécurité sur la montagne. Mais des avalanches se produisent bel et bien sur le DKD2, et la nature du terrain - des pentes raides et enneigées avec des crevasses - augmente le niveau de danger pour quiconque a la malchance d'être pris dans un glissement. Cependant, aucune avalanche dans l'histoire de l'alpinisme n'a jamais tué autant de personnes alors qu’elles grimpaient. Seule une avalanche déclenchée par un tremblement de terre en 1990 sur le pic Lénine, à cheval sur le Kirghizistan et le Tadjikistan, a fait plus de victimes ; mais elle ne s'est pas produite au cours d’une ascension. Elle a enseveli des alpinistes se trouvant dans leurs tentes peu après l'heure du dîner, tuant 43 personnes.
Certaines catastrophes renforcent ce que les alpinistes chevronnés ne savent que trop bien : en montagne, parfois, on a beau faire tout ce qu’il faut, on se retrouve quand même en difficulté. Quelques exemples viennent à l'esprit lorsque l'on pense à ces inévitables "actes divins". La catastrophe du Lenin Peak en est un. On pense aussi au tremblement de terre de magnitude 7,8 qui a frappé le Népal en 2015, provoquant une avalanche qui a tué 18 personnes au camp de base de l'Everest. Mais une avalanche déclenchée par l'homme, comme celle du DKD2, est plus difficile à classer dans cette catégorie. Le glissement a été malchanceux et involontaire, mais il n'était pas nécessairement imprévisible.
Reste que j’ai parlé à de nombreux alpinistes présents sur la montagne ce jour-là, mais peu d'entre eux étaient prêts à spéculer sur ce qui s'était exactement passé. L’un d’entre eux a suggéré que la nouvelle neige n'avait pas adhéré à l'ancienne, ce qui avait affaibli la surface. Ce que nous savons, c'est que dans 90 % des cas de décès par avalanche, le glissement est déclenché par le poids de la victime ou d'un membre de son groupe. Cela suggère que les journées fatales commencent souvent par une mauvaise décision, ou une série de mauvaises décisions, qui sont souvent plus faciles à voir avec le recul.

Une trop longue cordée
Bien que les autorités n'aient pas publié de rapport sur l'avalanche, nous savons aujourd’hui pourquoi elle a été si meurtrière : le grand groupe d'alpinistes remontait la dangereuse pente ensemble, tous alignés comme des dominos. Par ailleurs, les instructeurs du DKD2 ont fait des choix qui ont sans doute augmenté les risques. Alors qu'ils ne s'étaient pas rendus au sommet de la montagne depuis le mois d'avril précédent, ils ont choisi de fixer les cordes au fur et à mesure de l'ascension. L'après-midi précédent, un petit groupe d'étudiants et d'instructeurs s'était bien rendu jusqu'au Rambo Rock, à 5120 mètres, mais sans pousser plus haut. Généralement, lorsqu'il s'agit de faire grimper en toute sécurité un grand nombre de personnes sur une section abrupte, une petite équipe de cordistes expérimentés escalade la voie auparavant et la prépare pour ceux qui suivront. Alors qu’ils ne connaissaient pas les conditions au sommet, les instructeurs ont rassemblé tous les stagiaires en un seul groupe et tous ont grimpé à proximité les uns des autres. Et lorsque la dalle s'est rompue, le pire scénario s'est réalisé : toute la pente s'est libérée et les grimpeurs ont été emportés.
Après 15 minutes, on sait que les chances de survivre à un ensevelissement par avalanche diminuent de façon exponentielle, et il peut être difficile de dégager une seule personne dans ce laps de temps, même quand les conditions sont optimales. Mais sauver vingt-neuf personnes ensevelies au fond d'une crevasse, relève de l’impossible. Les seules qui ont survécu dans la crevasse ce jour-là, sont celles qui avaient la tête au-dessus des débris lorsqu'elles ont atterri.
Des tests de surface insuffisants
Toute personne s'aventurant en montagne doit accepter un certain niveau de risque inhérent à cette pratique, mais il est clair que les instructeurs du DKD2 ne pensaient pas qu'ils se trouvaient dans une zone dangereuse. S'ils l'avaient su, ils auraient peut-être fait demi-tour, ou se seraient séparés en plus petits groupes. Pendant leur stage, il a neigé un peu tous les jours, mais les alpinistes ont rapporté qu'il n'y avait pas eu de tempêtes notables. Le jour où il a neigé, la neige fraiche leur arrivait jusqu'aux genoux, ont-ils dit, ils n'avaient aucune raison de penser que le manteau neigeux n'était pas sûr, d’après eux.
Pendant l'ascension, les instructeurs ont sondé la neige à l'aide de piolets pour se faire une idée de son état. "Ils ont au moins essayé d'en vérifier la stabilité, ce qui est déjà très bien", commente l'alpiniste Doug Chabot, directeur du Gallatin National Forest Avalanche Center dans le Montana. "Mais les techniques utilisées n'étaient pas standard, de sorte qu'ils ont été amenés à croire à tort que la pente était stable, alors qu'elle ne l'était pas". Ces tests de surface ne fournissent aucune information sur ce qui se passe en dessous".
Lorsque j'ai exposé les particularités de cette catastrophe à des experts, ils ont posé toute une série de questions : La neige était-elle récente ? Avait-on creusé une fosse pour voir s'il n'y avait pas une couche faible dans le manteau neigeux qui pourrait faire céder la pente ? Y avait-il eu récemment du vent ou un changement de température ? La pente était-elle située près d'une crête, où le vent aurait pu soulever la neige et la déposer sur le versant ? Tous ces facteurs sont importants.
En Europe, des formations au risque avalanche bien plus poussée
Quelle que soit la nature exacte de l'avalanche survenue sur le DKD2, les accidents de ce type amènent à se demander si l'on aurait pu faire quelque chose pour éviter la catastrophe. Certaines personnes avec lesquelles je me suis entretenu ont rejeté l'idée que la formation était en cause, mais d'autres ont souligné que si les écoles d'alpinisme indiennes forme au risque avalanche, ces connaissances sont essentiellement théoriques.
Qu'en était-il en octobre dernier sur la cordée fatale ?Quelques jours avant le glissement fatal, les étudiants avaient bien suivi sur le terrain un cours sur les avalanches, mais d'une heure seulement, en complément d'une heure de cours théorique inclue dans une formation de base à l'alpinisme. Les instructeurs avaient reçu, eux, une formation plus poussée : une demi-journée de cours supplémentaire, et ils avaient pratiqué divers tests de stabilité pendant leur cours de recherches et de sauvetage. La plupart des instructeurs présents ce jour là avaient également de nombreuses années d'expérience en montagne.
"Je sais qu'il existe des formations beaucoup plus spécialisées dans les pays européens et occidentaux", explique l'instructeur Shahid Khan. "Ce type de formation est nécessaire, mais il n'existe pas en Inde, regrette-t-il. Dans des pays comme les États-Unis, le Canada, l'Équateur et les pays alpins en Europe, par exemple, la formation aux avalanches des guides professionnels est en effet obligatoire et normalisée. Elle nécessite généralement des semaines d'enseignement et des mois d'expérience sur le terrain. Quant à l'obtention des plus hauts niveaux d'accréditation des guides professionnels, elle prend des années.
Nous ne saurons jamais si une formation supplémentaire aurait empêché les instructeurs du DKD2 de se retrouver sur cette pente, mais on peut raisonnablement penser qu'un enseignement plus poussé améliore le niveau de prise de décision de tout guide. Rien n’est garanti, certes, mais cela permet de mettre toutes les chances de son côté.
Un tel drame pourrait-il se reproduire aujourd'hui ?
Les sources avec lesquelles je me suis entretenu, tant aux États-Unis que dans la communauté internationale de l'alpinisme, ont toutes insisté sur la question de la présence d'un si grand nombre d'alpinistes sur la même face en même temps. C’est oublier peut-être que dans le monde entier on fait régulièrement des ascensions de cette manière, en s'alignant sur des pentes abruptes pour accélérer le trafic et réduire les risques de chute catastrophique. Chaque printemps, nous voyons des photos de ces files d'attente sur l'Everest. L'accident du DKD2 est-il différent de ce qui pourrait arriver aux nuées d'alpinistes sur d'autres sommets de l'Himalaya ? Pas tout à fait. Cela aurait très bien pu se produire sur un autre sommet, ailleurs. Et cela s'est déjà produit.
En 2014, un sérac de la taille d'un immeuble de dix étages est tombé du haut de l'Everest et est entré en collision avec la célèbre cascade de glace du Khumbu, la section la plus dangereuse de l'itinéraire. Plus de 100 sherpas se trouvaient alors dans la partie supérieure de la cascade de glace, et 16 d'entre eux sont morts. "Si vous avez le mauvais nombre de personnes au mauvais endroit au mauvais moment, vous risquez de provoquer un événement grave avec de nombreuses victimes", explique Pete Athans, alpiniste et guide américain qui a gravi l'Everest à sept reprises.
Alors que dans le monde entier de plus en plus d'alpinistes se lancent à l'assaut de sommets, il est important d'examiner des incidents comme celui-ci pour déterminer si quelque chose aurait pu être fait pour éviter la perte de tant de vies. Lorsqu'on leur a demandé si des changements seraient apportés aux cours à l'avenir pour éviter qu'un tel incident ne se reproduise, les responsables du NIM ont répété : "C'est en cours de préparation" : "C'est en cours". Début 2023, le colonel Amit Bisht, directeur du NIM à l'époque de l’avalanche, a été transféré à un nouveau poste. Sans doute suite l’accident, selon The Times of India, et en avril le colonel Anshuman Bhadauria a pris la relève. Entre-temps, les cours au NIM se sont continué comme prévu : deux semaines après l’accident, 24 stagiaires ont suivi un cours pour devenir instructeurs et, en avril, le premier cours d'alpinisme avancé depuis l'avalanche est reparti sur le DKD2. Au cours de ce stage, le NIM a fait des changements : presque tous les participants étaient équipés de DVA, des pelles ont également été ajoutées à l’équipement, et une équipe de sauvetage a été mise en place afin de pouvoir secourir rapidement les étudiants si nécessaire. Le NIM a également introduit une nouvelle procédure opérationnelle standard. Dorénavant, les alpinistes doivent augmenter la distance entre les groupes afin de réduire le nombre de personnes exposées sur une pente potentiellement mortelle à un moment donné. Et après avoir analysé le manteau neigeux du DKD2, les instructeurs ont décidé cette fois, de ne pas tenter d'atteindre le sommet afin de ne pas "exposer les élèves à des dangers inutiles".
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