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Bivouac dans les Écrins
  • Aventure
  • Randonnée

Fin du bivouac libre dans les Écrins ? Le point sur la nouvelle réglementation du Parc National

  • 13 mai 2026
  • 5 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Face à l’explosion du nombre de randonneurs en montagne et à la fragilité des écosystèmes d’altitude, une nouvelle réglementation encadrant le bivouac pourrait voir le jour au sein du Parc national des Écrins. Si certaines mesures entreront en vigueur dès juin 2026, d'autres, à savoir les quotas et la mise sous réservation sur certaines zones sensibles, n'entreront à priori pas en jeu à ce stade, nous explique Samuel Sempé, directeur par intérim du Parc.

Les photos prises le week-end du 15 août 2025 ont fait l'effet d'une douche froide. 215 tentes étaient plantées autour du lac de la Muzelle, dans le massif des Écrins, 107 au lac du Lauvitel. Deux sites emblématiques, facilement accessibles, devenus en quelques saisons des points de forte concentration de randonneurs. De quoi accélérer une réflexion de fond sur l’avenir du bivouac dans l’un des parcs nationaux les plus fréquentés de France, confie Samuel Sempe, directeur par intérim du Parc National des Écrins (PNE).

Une fréquentation qui a doublé en quatre ans

Des études menées en 2021 et 2025 par l'Université Grenoble Alpes, mettent en évidence qu'en l'espace de quatre ans la pratique du bivouac a plus que doublé sur certains sites dans les Écrins. Derrière cette hausse, l'afflux de randonneurs pas toujours familiers des usages et des règles du milieu alpin. Une étude récente du parc soulignait notamment que près d'un tiers des bivouaqueurs dans l'Oisans sont des nouveaux adeptes, contre un quart sur le reste du parc. « Si la très grande majorité est respectueuse, il y a une infime minorité qui est parfois problématique », explique Samuel Sempé. Sur le terrain, les effets sont visibles. La pression sur les lacs d'altitude est accrue, la faune sauvage est dérangée, les berges piétinées. S'y ajoutent la multiplication des feux illégaux, les rejets d'eaux usées ou encore abandon de déchets.

« Ce qui est assez marquant, c’est qu'aujourd’hui, on va chercher l’information non seulement sur les sites de randonnée, ceux du parc ou des offices de tourisme, mais aussi sur TikTok ou ChatGPT », souligne Samuel Sempé. « Le parc travaille désormais avec les offices de tourisme et les collectivités pour occuper davantage ces canaux de communication. C’est l'un des enjeux qui est devant nous pour éviter que des personnes se mettent en danger ou commettent des dégradations environnementales », insiste-t-il. La situation est telle aujourd’hui, que le parc en vient à revoir les règles encadrant le bivouac. 

Ce que dit la réglementation actuelle

Depuis 2014, un arrêté comprenant deux articles encadre la pratique du bivouac au cœur du Parc National des Écrins. L'article 1 impose l'usage d'une tente de petite taille (pas de station debout possible), installée uniquement entre 19h et 9h, à plus d'une heure de marche des accès routiers ou des limites du cœur. L'article 2 interdit les feux au sol mais autorise les réchauds. À ces règles s’ajoutent des principes de bon sens : ne pas bivouaquer près d'un troupeau ou d'une cabane de berger, éviter de déplacer des pierres, prévenir les gardiens de refuges en cas de proximité.

Or, dans les faits, ces règles ne sont pas toujours respectées. Entre mai et septembre 2025, une campagne de contrôle menée par le parc et l’OFB a relevé 191 infractions (horaires non respectés, feux, déchets, drones, chiens). Selon les données collectées, 41 % des tentes étaient installées avant 19h, en dépit de l'interdiction.

Vers un nouvel arrêté en dix articles

Face à ces constats, le PNE a lancé une consultation en ligne du 31 mars au 22 avril 2026, ouverte au grand public comme aux professionnels du secteur, institutions et organisations, « pour que les gens puissent s’exprimer et que le parc ne soit pas dans sa bulle », revendique Samuel Sempé, « On est un parc national financé par les concitoyens, donc ça me paraît normal, quand on prend une décision de ce genre, d'en discuter avec ses concitoyens. »

Plus de 800 contributions ont été recueillies, un bon signal démocratique, selon lui, qui y voit « un intérêt du public pour ce sujet-là, à la fois des habitants et des visiteurs du parc. Aux deux extrêmes, on retrouve des personnes qui considèrent que la montagne est un espace de liberté intégrale, où l’on devrait pouvoir faire ce qu’on veut sans limitation dans les espaces naturels. Et à l’inverse, d’autres qui estiment qu’il faudrait aller beaucoup plus loin, en interdisant totalement par exemple la baignade ou le bivouac. Entre les deux, il y a tout un ensemble d’expressions plus nuancées », détaille-t-il.

Le projet de nouvel arrêté, qui pourrait entrer en vigueur dès juin 2026 est actuellement en cours d’analyse. Le texte actuel pourrait passer de deux à dix articles. Parmi les mesures à l’étude, on relève :

  • L'introduction d'une zone tampon de 500 mètres autour de certains lacs, dont le Lauvitel et la Muzelle, en dehors de zones balisées.
  • La limitation à une nuit par site.
  • La mise en place de quotas sur les secteurs les plus fréquentés, via des permis nominatifs, potentiellement payants

C’est précisément cette dernière mesure qui a le plus cristallisé les réactions. « Le contingentement du nombre de tentes par nuit sur certains sites est prévu comme une possibilité, mais cela ne veut pas dire qu’on va nécessairement le mettre en place », précise Samuel Sempé. Concernant la question d’éventuels permis payants, il tient à rappeler que « dès lors qu’il y a un système de réservation, il existe de vrais coûts de gestion à couvrir. Mais on est dans un pays très attaché à la gratuité d’accès aux espaces naturels. Les gens ne sont pas prêts à payer pour accéder à un espace de nature. »

Ces pistes restent donc encore à confirmer, le parc devant finaliser l’analyse des contributions la semaine prochaine. La parution de l'arrêté est prévue fin mai, nous confirme Samuel Sempe.

Comment le PNE prévoit d'encadrer les mesures étudiées

Pour nourrir sa réflexion, l’équipe du PNE s’est également tournée vers le Parc national de la Vanoise, où le bivouac est uniquement autorisé à proximité des refuges, ainsi que vers le Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie, plus connu sous le nom d’Asters. Cette structure, pionnière sur ces questions, gère notamment la réserve naturelle nationale des Aiguilles Rouges, où le bivouac est déjà soumis à réservation.

« On a beaucoup échangé avec Asters sur comment les équipes s’organisent pour gérer et contrôler un dispositif de bivouac sur réservation », explique Samuel Sempé. La question se pose, car contrairement aux grands parcs nord-américains, où les systèmes de quotas sont réglementés depuis des décennies par des rangers présents sur place, les espaces protégés français disposent de moyens humains plus limités. C’est aussi pour cela que ce type de dispositif ne devrait pas forcément être mis en place dès 2026, assure-t-il.

Le PNE a notamment sollicité auprès du ministère de tutelle en charge de l'écologie une enveloppe financière pour pouvoir gérer d’éventuels outils de réservation et renforcer les équipes de médiateurs saisonniers afin d’expliquer le dispositif aux visiteurs. À ce stade, le parc indique avoir reçu un accueil favorable du ministère, sans validation définitive pour autant.

« Avant de lancer un dispositif, il faut être en mesure de le sécuriser financièrement, logistiquement, mais aussi en matière de sécurité », poursuit Sempe. « Ainsi, en échangeant avec Asters, on s’est rendu compte qu’il fallait prévoir des "zones de report". Quand une zone est complète et que des personnes arrivent sans réservation, il faut être capable de les accueillir et de gérer la situation. »

Ce qu'il faut retenir

Le futur arrêté pourrait entrer en vigueur dès sa signature, potentiellement en juin 2026. Mais toutes les mesures réglementaires prévues ne seraient pas forcément appliquées immédiatement. « Ce n’est pas parce qu’on a un marteau dans les mains qu’il faut transformer tous les problèmes en clous, nuance Samuel Sempe.
A ce stade il n’est pas question de contingentement ni de mise sous réservation du bivouac, mais quelques mesures sont prévues dès cet été. Parmi elles :

  • L’amélioration de la zone de bivouac autorisée autour du Lauvitel.
  • Le renforcement de la signalétique et de l’information le long du sentier d’accès.
  • Un travail mené avec les offices de tourisme autour de la sensibilisation sur les réseaux sociaux, afin d'interpeller des influenceurs et créateurs de contenus qui mettraient des publications contraires à la réglementation.
  • Le PNE travaille également avec les collectivités locales sur la question de l’accès automobile, et envisage de mettre en place des parkings plus bas dans la vallée, afin d'éviter de voir les véhicules se multiplier au plus près des départs de sentiers.

Plus d’informations sur le futur arrêté et les éventuelles mesures retenues devraient être communiquées par le Parc national des Écrins d’ici la fin du mois de mai. D'ici là, pour préparer sa prochaine sortie dans le parc, les réglementations et bonnes pratiques sont détaillées sur le site officiel du Parc national des Écrins.


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