C’est la question que nous avons posée à l'alpiniste népalais, actuellement en tournée de promotion pour l’un de ses sponsors, Thermic. Déjà critiqué dans le passé par certains de ses pairs pour son usage de l’oxygène lors d’ascensions en très haute altitude, le héros de «Project possible », aujourd’hui mondialement célèbre, s’explique au cours d’une interview. L'occasion également d'en savoir plus sur ses nouveau projets.
Pas facile de capter Nims Dai, toujours entre deux avions, deux expéditions et deux conférences de presse. D’autant que l’ex Gurkha et ex membre des forces spéciales britanniques, comme il aime à le rappeler, surfe encore sur le succès de « 14 Peaks : Nothing is impossible », le film de Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi, relatant son impressionnant défi : « Project possible », l’ascension des 14 sommets de plus 8 000 mètres en moins de sept mois. Le pauvre fils de Gurkha, encore inconnu il y a cinq ans, l’homme auquel personne ou presque ne croyait alors, s’impose aujourd’hui comme la figure la plus marquante de la communauté népalaise et l’un des acteurs incontournables de l’alpinisme contemporain. Il le sait. Et, comme en montagne, il entend garder le contrôle face aux media. Qu’on l’interroge sur sa gestion de la notoriété, ses points faibles, ses peurs ou les alpinistes qu’il admire le plus ? Et c’est silence radio. Nims Dai veut bien répondre, mais comme il l’entend. D’autant qu’il a un film, déjà en ligne sur Netflix et un livre à défendre, à paraître bientôt en France, sans parler de ses sponsors à remercier, lui qui sait combien gagner leur soutien est dur. Mais de son éthique en matière d’équipement, il parle. Et d’autres sujets encore. Car cet homme « bigger than life », a plus d’un projet en ligne de mire, comme il nous l'a expliqué.


Equipements chauffants, oxygène : même débat ?
Lors de votre ascension hivernale du K2, que vous avez réalisée sans oxygène, vous avez utilisé pour la première fois des équipements chauffants avec des batteries tels que des gants, des vestes, des chaussettes et des chaufferettes. Comment cela est-il compatible avec une approche « by fair means » de l'alpinisme ? Ne craignez-vous pas que ce type d'équipement suscite des commentaires négatifs au sein de la communauté des alpinistes ?
Je pense que, comme pour l'oxygène supplémentaire, certaines personnes l'utiliseront, d'autres non. C’est à chacun d’en décider. Le plus important, c’est que votre équipement soit fiable, pour que vous puissiez être efficace en très haute altitude.
Vous avez dit "sans ces gants chauffants", je serais certainement mort. A quelle situation faites-vous référence exactement ?
Lorsque vous tentez en hiver un exploit comme le K2, pouvoir vous fier à votre matériel est capital. Les conditions météorologiques sur cette montagne (8611 m, ndlr) peuvent devenir extrêmes à tout moment, mais en hiver, il y fait jusqu'à -50 degrés Celsius et le vent y souffle à 70 km/h. J'ai fait l’ascension de ce sommet sans oxygène supplémentaire, ce qui signifie que votre corps se refroidit et vous rend plus vulnérable. Si vous n'avez pas un bon équipement dans de telles conditions, vous pouvez souffrir de gelures et d'engelures. Le K2 est une montagne très technique où vous devez descendre en rappel, ce n'est pas une montagne comme les autres dont vous pouvez simplement redescendre en marchant. Par conséquent, vos doigts sont vitaux et s'ils ne sont pas gardés au chaud, cela peut mettre votre vie en danger.
Mais ces produits génèrent encore des batteries, quid des déchets ?
En ce qui concerne les déchets, nous suivons des protocoles stricts de nettoyage au fur et à mesure que nous partons, et nous ne laissons aucune trace. Ce qui signifie que tout ce que nous avons emporté en montagne revient avec nous.

Nettoyage des 8000 m, place des Sherpas, nouveaux projets
Votre ascension du K2 en hiver et "Project possible" ont marqué un tournant. Quelle est votre prochaine étape ?
Je pense que ce qui est important, c'est que le monde commence vraiment à reconnaître les énormes réalisations de la communauté des grimpeurs népalais, et je suis convaincu que cette reconnaissance ne fera que croître. En ce qui me concerne, pour l'instant je me concentre sur le développement d'Elite Exped, ma société de guides, ainsi que sur le travail que je fais avec la Fondation Nimsdai. Je l'ai créée pour les communautés des « grandes montagnes », elles m'ont tant donné que je voulais leur rendre la pareille. Je crois que nous avons tous la responsabilité de prendre soin de notre planète et de la protéger. C'est pourquoi la première mission de cette fondation est le nettoyage de ces très hauts sommets. En moyenne, un alpiniste laisse environ 5 kg de déchets derrière lui sur la montagne, notamment des cordes, des tentes et du matériel vieux et endommagés, des bouteilles d'oxygène, sans parler des déchets humains. Ces déchets peuvent s'infiltrer dans le système d'eau et causer des problèmes. Nous avons récemment effectué le premier grand nettoyage de montagne sur le Manaslu (8163 m, ndlr) et je suis très fier de l'équipe qui en a rapporté des centaines de kilos de déchets pour les recycler. La prochaine étape sera le nettoyage de l'Everest au printemps. Nous nettoierons la "zone de la mort", soit du camp 4 jusqu’au sommet (l'Ama Dablan devrait suivre cette année, puis le K2 à l'été 2023, ndlr).
Vous avez 38 ans aujourd'hui, quel a été votre principal moteur pour surmonter les difficultés au cours des dernières décennies ?
Savoir que j'agis pour un objectif plus grand que moi. Je n'ai pas escaladé les 14 sommets pour mon ego ou pour la gloire, je l'ai fait parce que je voulais montrer aux gens ce que les humains peuvent faire, ce qui peut être accompli. Je crois que tout est possible dans la vie, armé seulement de détermination et d'un état d'esprit positif. Enfant, dans ma famille nous n'avions pas grand-chose, nous n'avions pas de télévision et je me souviens que je me faufilais chez mes voisins qui en avaient une et que j'essayais de la regarder par la fenêtre - on nous attrapait et on se faisait gronder ! Et aujourd’hui, je fais un film à succès qui passe sur Netflix : 14 Peaks. C'est du jamais vu. Cela montre ce qu’on peut parvenir à faire. J'ai lu tous les commentaires que ce film a suscités : je suis tellement reconnaissant pour l'intérêt et le soutien que le film a reçus. Je veux qu'il continue d’inspirer et de motiver les gens pendant des années. Je veux que ce film soit regardé en famille encore et encore. Et qu'il devienne comme « Rocky », un film qu'on se repasse pour se motiver. « 14 Peaks » a toujours été le projet du peuple, je suis donc très reconnaissant qu'il ait reçu un tel accueil.
Dans votre livre, vous expliquez combien il a été difficile pour vous de trouver des fonds pour votre projet. Est-ce différent aujourd'hui ?
L'organisation d'expéditions nécessite des fonds - si vous avez vu "14 Peaks", vous savez que j'ai dit que la partie la plus difficile n'était pas l'ascension mais la collecte de fonds. Récemment, je suis intervenu pour aider mes frères Sherpas sur l'expédition hivernale sur le Cho Oyu. Gelje Sherpa et son équipe cherchaient à ouvrir une voie du côté du Népal, mais la triste vérité, c'est qu'au moment où le projet était sur le point de démarrer, ils n'avaient pas assez de sponsors pour financer ne serait-ce que la moitié du projet - j'étais donc fier d'intervenir personnellement en tant que sponsor principal pour financer le projet. J'espère que la lecture de cet article incitera les gens et les sponsors potentiels à s'intéresser à ces projets incroyables et à les aider maintenant et à l'avenir. Il est en notre pouvoir de changer la vie de nos frères et nos sœurs - chaque petit don fait une grande différence. Nous avons tous ce pouvoir, alors aidons à changer le monde !
Tout au long de ma carrière d'alpiniste, j'ai essayé d'aider les autres autant que je le pouvais. J'ai financé la jeune génération de grimpeurs pour qu'ils acquièrent de l'expérience sur les plus hauts sommets, j'ai aidé les communautés d'alpinistes au Népal et au Pakistan pendant la pandémie - en partie grâce au programme "go fund me" mais aussi via mes propres fonds. Et j'ai soutenu l'équipe népalaise qui a tenté le Manaslu à l'hiver 2021. Je pense vraiment qu'il est important de permettre à ces grimpeurs talentueux de développer tout leur potentiel et de leur donner une chance d'acquérir de l'expérience en très haute altitude.
En plus de guider des expéditions avec votre agence et de diriger l'expédition de nettoyage de l'Everest, quel est votre prochain défi en matière d’alpinisme ?
J'adore être dans les montagnes. Tout y est très paisible. Lorsque vous grimpez, vous devez être totalement concentré sur ce que vous faites et sur votre prochaine étape. J'ai hâte de reprendre mon activité de guide avec Elite Exped, et j'ai quelques projets à venir que je ne peux pas encore mentionner, mais tout ce que je peux dire pour l’instant. Alors gardez un oeil sur les montagnes !
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