En août 2018, cet ancien prof de maths nous sidérait en marchant 360 km sur la Canol Trail, au Canada, l’un des treks les plus sauvages de la planète et surtout en jeûnant totalement pendant 14 jours. Un périple dont il a tiré un documentaire de 75 minutes : « La marche sans faim ». Le 8 septembre, dernier, c’est « Eurotopia « , sa traversée depuis son domicile, en Saône-et-Loire, à la mer Noire qu’il vient d’achever. Sans chaussures, sans aucun équipement ni argent et en ne mangeant que des fruits et des légumes. Retour sur le périple d'un aventurier qui jusqu'alors n'avait jamais couru pieds nus plus de 20 km d’affilée et n'affichait qu'une moyenne hebdomadaire de 60-70 km.
Qui est Florian Gomet ?

« À 35 ans, je suis un aventurier contemporain qui ne vit que pour relever des défis toujours plus grands », explique-t-il sur son site. « Titulaire d’un Master et du CAPES de mathématiques, j’ai débuté ma carrière professionnelle en tant que professeur dans un collège avant de quitter l’Éducation Nationale pour devenir sylviculteur. Un métier qui me sert de préparation physique en complément du triathlon. »
Athlète accompli, avant de s’attaquer à Eurotopia, son grand projet européen, Florian Gomet compte à son actif de belles performances, toutes sous le signe de l’ultra et de l’endurance :
- Juillet 2008, traversée des Alpes françaises et italiennes à vélo ; 1400 km en 12 jours.
- Juillet 2009, tour de la Roumanie en VTT ; 2400 km en 27 jours.
- Août 2011, marche jusqu’en Autriche en traversant la Suisse et en passant par un 4000m ; 800 km en 27 jours.
- Été 2012, traversée de la Norvège, d’Oslo au Cap Nord, moitié vélo – moitié marche ; 2600 km en 55 jours.
- Juillet 2014, descente de la Loire en kayak gonflable, du Puy-en-Velay jusqu’à Nantes ; 900 km en 20 jours.
- Avril 2015 – Juillet 2016, Expédition “America Extrema” : 12 000 km en solitaire à travers la forêt boréale sans jamais utiliser un moyen motorisé. La traversée intégrale de l’Amérique du Nord, de son extrémité Est jusqu’à son extrémité Ouest, à vélo, à pied, à ski et en kayak. « Lors de ce dernier périple, je suis devenu le premier homme à avoir franchi les monts Mackenzie en période hivernale, en solitaire et sans moyen motorisé. », explique-t-il.
- Août 2018, Expédition : “La Marche Sans Faim”, 14 jours de randonnée et 360 km sans manger le long de la Canol Trail dans les monts Mackenzie au Canada.
Un périple dont le réalisateur Damien Artero a tiré un documentaire passionnant de 75 minutes, diffusé notamment en 2019 au Festival International du Film et du Livre d’Aventure de La Rochelle.
Aujourd’hui, sylviculteur, Florian Gomet, hygiéniste et sportif accompli, est également auteur et conférencier, auteur à ce jour de quatre ouvrages : « Guide de survie au 21ème siècle », « La Marche Sans Faim », »America Extrema" et « Premières expéditions ».
Outre ces expéditions, il dit s’intéresser à « des sujets aussi éclectiques que l’analyse transactionnelle, la permaculture, le yoga, la méditation, l’alimentation vivante, le jeûne, le tantra, la cryothérapie et la sylvothérapie. »Une approche globale traduite dans ce qu’il appelle son « Eden Project « . Un projet reposant sur « un mode de vie davantage en adéquation avec les lois du vivant ». Entre autres actions, deux fois par an, il organise ainsi des stages gratuits de « jeûne et trek » dans le but de former de futurs bénévoles susceptibles de promouvoir sa philosophie, via un réseau en France et ailleurs
Qu’est-ce qu’Eurotopia ?

« C’est le nom d’un rêve qui a germé en 2015 dans les terres nord-américaines au cours de l’expédition America Extrema », raconte Florian Gomet. » Je ployais alors sous le poids d’un gros sac à dos contenant moult équipements et des rations de nourriture qui me ralentissaient. Tout au long de ces 15 mois d’aventures je n’ai cessé d’entendre une petite voix intérieure qui m’encourageait à faire davantage confiance en la vie et à me délester de mes impedimenta. » De cette expérience nait donc le projet de partir « à l’aventure avec rien : sans chaussures, sans argent et sans aucun équipement », poursuit-il. « Avec rien ou peut-être devrais-je dire avec tout, tant le corps humain est capable de prodiges sans l’aide d’artifices, tant la coopération qui est dans notre nature peut créer des merveilles. Par ailleurs, voyager dans le plus grand dépouillement est une manière personnelle de célébrer la vie, de montrer ce que l’on peut faire avec ce que nous avons de plus précieux et que pourtant nous malmenons si souvent : notre véhicule terrestre. Cette démarche atypique est pour moi un cri de joie et de liberté !. Partir sans rien est un acte de foi en la vie. Car si je peux traverser l’Europe sans rien, c’est bien que l’on peut avoir confiance en l’humain. », dit-il.
Ce voyage, qu’il voit plutôt comme une «initiation » l’a donc exposé à trouver pendant 88 jours son gite quotidien. - non sans mal, a-t-il pu constater, tant sa démarche sera parfois mal comprise, notamment à l’Est de l’Europe – et de quoi s’alimenter, exclusivement de fruits et de légumes, sa diète depuis cinq ans maintenant.
« Comme si les règles du jeu que je m’imposais pour voyager n’étaient pas suffisamment contraignantes », expliquait-il en effet à la veille de son départ, le 13 juin« je mangerai exclusivement des fruits (frais, séchés et à coque) et des légumes crus, que je quémanderai sur mon chemin, quitte à jeûner de temps en temps lorsque je n’en trouverai pas. Cette nourriture vivante proviendra des poubelles (au final, Florian Gomet n'aura pas à y recourir, ndlr), des rebuts de magasins ainsi que des dons. Je n’aurai donc pas le sentiment de vivre en parasite en demandant le gîte et le couvert chaque soir, d’ailleurs je rendrai volontiers des services en échange".
Le parcours : 3500 km en 88 jours

L’itinéraire d’Eurotopia s’est effectué presque exclusivement sur la vélo-route n°6 (ou « vélo-route des fleuves ») depuis Monceau-les-Mines jusqu’à la mer noire en suivant le Rhin et le Danube. Retour par le même chemin mais en changeant de rive. Un voyage qui l’a fait passer par la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie, la Hongrie, la Serbie et la Roumanie.
Avec pour tout bagage, une ceinture contenant une GoPro - destinée à rapporter la matière à un nouveau documentaire - une mini trousse de toilette et un pass’ imprimé dans 7 langues expliquant qui il est et ce qu'il fait. "La cadence sera imposée par mes pieds nus et je ne peux donc évaluer combien de temps il me faudra pour couvrir les 3500 kilomètres mais je me donne environ 4 mois", expliquait-il à son départ.
Florian Gomet s’était donné environ 4 mois, il aura mis au final 88 jours, dont 8 jours de repos, pour accomplir son périple, à raison de 45 km par jour à une moyenne de 8-9km/h. Sans doute le dernier de ce type devait-il déclarer à son arrivée.
Pourquoi pieds-nus ?

« Pendant plus de deux ans, j’ai enduré quotidiennement une sciatique dans toutes les activités que je réalisais, cela tournait parfois à l’obsession", explique-t-il. C’est pourquoi, lorsqu’un collègue du club de course à pied m’a prêté « Né pour courir » de Christopher McDougall, ce fut le déclic.
Je compris enfin que les chaussures de course étaient à l’origine de mon mal. Le vrai remède était l’évidence même, il suffisait simplement de courir pieds nus. Cela me faisait souffrir aussi mais ce n’était qu’une transition et cette douleur-là, je pouvais la comprendre.
Les chaussures ont fait de nous des handicapés (il n’y a qu’à regarder quelqu’un marcher pieds nus sur des petits cailloux pour s’en convaincre) alors comment serai-je sorti indemne de trente années de mauvais traitements à l’égard de mes pieds ? En somme, il me fallait apprendre à marcher et à courir, pour de bon cette fois. Grâce à cette méthode radicale je me suis débarrassé de cette sciatique comme on se réveille d’un mauvais rêve, définitivement, presque miraculeusement. Cette expérience fit grandir ma foi dans le corps humain et ses incroyables capacités que nous sommes tout juste en train de (re)découvrir me semble-t-il."
Pourquoi seulement des fruits et des légumes ?

Tout a commencé au mois de juillet 2014, selon Florian Gomet qui descendait alors la Loire en packraft, Pendant ce périple, il est victime d'un épisode de fièvre de deux jours, suite à une insolation, durant lesquels il ne peut rien avaler. Il s'interroge alors : « Est-ce normal de manger trois ou quatre fois par jour tous les jours et à heures fixes ? » ou bien, « Pourquoi je mange de la viande ? », raconte-t-il. "Une fois rétabli, le jeûne se poursuivit plus ou moins car dès que j’essayais de manger quelque chose, j’avais envie de vomir. Seuls les fruits et les légumes pouvaient à la rigueur passer.
Pendant deux semaines, je connus une baisse importante de l’appétit alors que je pagayais 9 h par jour et que j’étais en grande forme. Tout cela était incompréhensible pour moi, l’omnivore habitué aux repas pantagruéliques. »
Le déclic final se fera à la lecture d'un livre qu'un ami lui prête : « Et si on arrêtait un peu de manger de temps en temps », écrit par Bernard Clavière, auteur qui depuis plus de 30 ans, ne mange qu’une fois par jour, seulement des fruits frais, des légumes crus et des oléagineux. « Vivre de produits frais sans exploiter ni tuer les animaux, je trouvais cela beau et souhaitais ardemment vivre moi-même cette expérience alimentaire. », explique Florian Gomet dont la voie, dès lors, est tracée.
Son dernier périple ?

"Avant de partir pour Eurotopia", explique-t-il sur son site, " je savais que c’était mon dernier voyage. Ils ont tous été une sorte d’école de la vie et je crois qu’il est maintenant temps de passer à autre chose et de prendre racine. Je sens qu’une nouvelle vie va commencer pour moi, notamment sur le plan professionnel puisque je vais arrêter mon travail forestier pour me consacrer uniquement au domaine de la santé dont la société à visiblement besoin plus que jamais… Mon esprit d’aventure et de découvertes ne m’a pas quitté pour autant et j’envisage comme prochaine aventure de réaliser une grande expérience scientifique pour tester mon système immunitaire et montrer qu’un corps nourrit sainement et avec une bonne hygiène de vie ne craint aucune maladie.
En attendant, je vais m’atteler rapidement à l’écriture de ce récit de voyage et participer à l’élaboration du film “L’empreinte” de Pierre Barnerias qui sortira au cinéma en fin d’année. "Eurotopia" n’est donc pas terminé et continuera à vivre encore longtemps à travers le livre et le film… Puisse-il faire bon voyage lui aussi à travers les consciences.", conclut-il.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
