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Benjamin Védrines en solo dans les Drus
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Dans les Drus, Benjamin Védrines signe son premier solo pour vaincre son syndrome de l’imposteur

  • 24 février 2025
  • 7 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Plus de trois ans qu’il y pensait : s’attaquer, seul et au cœur de l’hiver à la voie BASE, un itinéraire ultra technique aux Drus ouvert en 2021 par les grimpeurs du GMHM. Un projet, accompli du 16 au 21 février, que Benjamin Védrines considère aujourd’hui comme le plus ambitieux et le plus difficile qu'il ait mené dans les Alpes. Mais qui semble surtout répondre aux questions existentielles de cet alpiniste au CV éblouissant qui confie manquer de confiance en lui.

« Un petit grain de folie sur le granit de Chamonix ! » : Benjamin Védrines a le sens de la formule pour résumer en quelques mots légers ce qu’on peut sans peine qualifier d'exploit. Car si l’on doit l’ouverture de la voie Base en 2021 aux grimpeurs du GMHM : Thomas Auvaro, Léo Billon, Jordi Noguere et Sébastien Ratel  (ED+, M8+, 7a), c’est seul cette fois, « sans le joker de Léo Billon », son partenaire de cordée, qu’il voulait affronter cette face nord austère dans les conditions les plus difficiles, en hiver. Non sans peur, comme il le confie dans un long message audio à écouter ci-dessous. Mais « si le projet ne fait pas peur, c’est qu’il n’est pas assez dur ! ».

https://youtu.be/gVqCd4Ejpno?si=7Iu7SQaw0HItJYcy

"Être seul dans une face, je sais que c'est quelque chose d'assez extraordinaire, d'assez expérimental. Je le vois comme un voyage un peu initiatique, une recherche de questions existentielles. Aujourd’hui, j'en ai besoin, oui j'en ai besoin. C'est quelque chose qui m'a toujours habité, qui a toujours été en moi. Et là je veux le réaliser " (…) « Partir seul, c’est prendre sur soi toute la charge mentale, la prise de décision, le risque. C’est une vraie épreuve. C'est être seul face à la montagne, c’est une immersion totale. Quand on est deux, il y a toujours une forme de distraction. Là, c’est un retour à l’essentiel : l’écoute, la vibration, la concentration. C’est une connexion intime avec la face. », poursuit-il.

Depuis l'âge de 16 ans, Benjamin Védrines s'est passionné pour les récits d’ascensions en solitaire, notamment celles de Christophe Moulin et d’Arnaud Guillaume qui sont devenus par la suite ses mentors, ses professeurs. "À l’époque, ce genre d'exploit me paraissait complètement lunaire. Mais étant quelqu’un de solitaire, j’ai toujours eu en moi cette idée : un jour, tenter une grande ascension seul. », raconte-t-il.

Benjamin avait imaginé ce nouveau défi comme un voyage initiatique qu'il voulait long, compliqué, difficile où chaque longueur serait un défi, où le temps ne serait pas compté car tout est long et laborieux en solitaire et qui plus est, en hivernal. Un rythme auquel l’alpiniste qui en juillet 2024 gravissait en style alpin et en solo le K2 en 10h 59mn 59s, ne nous avait pas habitué ces derniers temps.

Benjamin Védrines en solo dans les Drus
(Mathis Dumas / Montagne en Scène)

Le 21 février à 9h30, en arrivant au sommet, après avoir s’être « offert un dernier bivouac », Benjamin Védrines a pu savourer un lever de soleil. Comblé : il avait trouvé ce qu’il cherchait. « Cette ascension m’a rempli d’émotions. Il y a eu du stress, de la peur, des moments de doute… mais aussi des instants incroyables, des lumières magnifiques, une immersion totale. J’ai vécu en cinq jours une densité d’émotions que je ne pensais pas possible. », dit-il.

Dans cette face hostile où il a dormi sur des vires de 60 cm de large, où le rocher mouillé et glissant se mêlent aux blocs instables, témoins du réchauffement climatique, ajoutent à la difficulté déjà extrême, avec des aléas de la météo (chute de neige en pleine paroi) apportant leur dose de suspense, Benjamin a composé, s'est dépassé, a savouré. « Sur le moment, certaines péripéties, je ne voulais pas les vivre… Mais maintenant, avec le recul, je suis heureux de les avoir traversées. Elles font partie de cette aventure. »

Benjamin Védrines en solo dans les DrusBenjamin Védrines en solo dans les DrusBenjamin Védrines en solo dans les DrusBenjamin Védrines en solo dans les Drus

Pourquoi les Drus ? Un évidence pour lui. « Les Drus, c’est un sommet emblématique, chargé d’histoire. Des ascensions comme celle de Bonatti ou Catherine Destivelle résonnent encore aujourd’hui. J’y ai déjà grimpé plusieurs voies, mais la voie BASE a une signification particulière pour moi. C’est une ouverture récente réalisée par des amis, et notamment Léo Billon, un grimpeur que j’admire énormément (avec qui il a réalisé notamment l'historique trilogie Drus, Droites, Jorasses, l'année dernière) qui m'a dit que c'est une des lignes la plus incroyable qu'il a parcouru notamment pour la raideur de la face ". Outre l’aspect symbolique, c’est aussi un itinéraire d’une technicité rare, poursuit-il. « C'est un itinéraire exceptionnel où beaucoup de longueurs se grimpent avec les piolets et les chaussons aux pieds. En gros, c'est beaucoup de techniques de dry tooling à mettre en place. C’est un style d’escalade exigeant qui m’intéresse énormément. »

Avec cette première, Benjamin signe un nouvel exploit, rendu possible par une préparation en escalade spécifique et le soutien de son préparateur mental, son focus pendant ces cinq jours en solo sur cette face hostile étant maximal. Mais on comprend qu’il écrit surtout une nouvelle page de son histoire personnelle. « Pour moi, c’est une grande étape. Je ne ressens pas forcément avoir fait "le truc le plus dur" parce que je m’étais bien préparé et que j’ai su m’adapter aux situations. Mais ce qui est certain, c’est que je n’avais pas vécu une intensité pareille depuis très longtemps. C’était comme une première fois. Cette expérience où il faut s’adapter en permanence, garder patience et courage, est une aventure qui m’a rendu humble. » 

Une intensité que l’on devrait bientôt ressentir dans les images que Mathis Dumas a tiré lors de son tournage par drone, un documentaire étant en préparation pour Montagnes en scène.

Benjamin Védrines en solo dans les DrusBenjamin Védrines en solo dans les DrusBenjamin Védrines en solo dans les DrusBenjamin Védrines en solo dans les Drus

Les temps forts de l’Ascension

Dimanche 16 février : Approche dans la neige fraîche pour bivouaquer aux pieds des Drus avec une première longueur en M5+ (pour fixer la corde et hisser le sac).

JOUR 1, lundi 17 février : Lever à 5h45, remontée du couloir puis début de l'ascension du socle M5 et 3 sup avec quelques "galères" pour le hissage du sac avant de mettre au point un système de balancier. Enchaînement du M6+ et M7. À ce stade, Benjamin décide de continuer (alors qu'il avait envisagé de s'arrêter à ce niveau pour la première journée) car il n'a pas d'endroit pour bivouaquer. Les conditions sont bonnes, il fait même chaud à la mi-journée. Il enchaîne alors en libre un autre M7, puis, après avoir chaussé ses chaussons, un M8+ et un M8 (qui s’avérera le plus délicat !), avant de trouver une vire minuscule où il est obligé de terrasser longuement une plateforme dans la neige dure pour pouvoir s'allonger et dormir.

JOUR 2, mardi 18 février : Benjamin fait la "grasse mat" en équilibre sur sa minuscule vire pour récupérer un peu de sa double journée, sachant que sans portaledge il ne peut bivouaquer que sur la terrasse du relai du M5+, soit deux longueurs au-dessus. Il grimpe le M7+ (qui lui donne du fil à retordre avec un bloc branlant menaçant de partir lorsqu'il y a inséré la lame de son piolet). Il choisit donc de s'aider du Friend qu'il avait posé en sécurité, puis enchaîne le M5+. À ce niveau, il organise le bivouac du soir en attendant que le soleil réchauffe la paroi pour attaquer le 6c puis le M8 (en chaussons et piolet). Il redescend ensuite ces deux longueurs pour rejoindre le bivouac.

JOUR 3, mercredi 19 février : C'est la journée la plus exposée et la plus "challengeante" pour Benjamin, avec notamment une longueur en 7a qu'il faut négocier sur un rocher putride. Réveil à 6h (après une "grosse nuit" de 8h) pour un départ à 8h30, avec pas mal de manipulations de corde au programme pour démarrer. Le temps est plus doux et il y a moins de rafales de vent. Les deux M5+ s’avèrent terribles, et le 7a, enchaîné à pas de chat en mi-libre, mi-artif, lui vaut quelques frayeurs avec plusieurs pans de rocher menaçant de décrocher lors de l'ascension. Derrière, les 6c et 6b se révèlent magnifiques. Benjamin, sur sa lancée est soulagé d'avoir passé ces difficultés, fixe encore la longueur suivante puis redescend afin de profiter de son bivouac quatre étoiles sur une large terrasse.

JOUR 4, jeudi 20 février : Benjamin se réveille couvert de neige, dans le brouillard, avec les flocons pour compagnons, ce qui n’était pas vraiment prévu au programme...  La météo annonce cependant une amélioration dans la matinée avec un retour du soleil à 10h30. La neige a collé au niveau des dalles et il y a des longueurs techniques à venir, dont un 6c, de quoi être vraiment inquiet mais Benjamin décide d'être positif, il n'a pas vraiment le choix si près du but. Le soleil réapparaît et fait progressivement fondre la neige, ça dégouline, le grimpeur ne peut mettre ses chaussons, choisissant dès lors de passer en dry tooling. Contre toute attente, il se régale et qualifie les longueurs decollector, notamment pour leur côté aérien. Il est sur le point d'atteindre le sommet au coucher du soleil mais décide de ne pas se presser et s'arrête. Non seulement pour ne pas faire de bêtise, mais surtout pour profiter d'un dernier bivouac (confortable, celui-ci) et se réveiller à quelques mètres du sommet. Et enfin (un comble pour lui, l'ultra rapide!) pour prendre le temps de finir tranquillement ce formidable voyage qu'il a tant préparé et dont il a tant rêvé ! « Demain, j’espère un beau lever de soleil pour mon dernier bivouac. Ce sera l’occasion de réaliser tout le chemin parcouru pour arriver là-haut, sous cette statue de la Vierge. Un moment symbolique. »

JOUR 5, vendredi 21 février : « Ça valait le coup de rester dormir ! La contemplation et l’immersion dans l’environnement font autant partie du projet que la performance physique et/ou technique. Ce matin, je m’en suis encore plus rendu compte ! ». Après ce réveil grandiose, Benjamin enchaîne les trois longueurs "faciles" qu'il lui restait pour arriver au sommet, qu'il atteint à 9h30. Après une accolade à la vierge, il commence ensuite sa descente en rappel dans le couloir Nord des Drus motivé, cette fois, par l'espoir d'une bonne douche, d'une pizza et d'un bon lit. Après avoir retrouvé ses skis au pied des Drus, il remonte le couloir des Poubelles jusqu'au Grands montets avant de finir son aventure en dévalant les pistes.

« Cette ascension était aussi énormément axée sur la sécurité. Je voulais faire les choses bien, sans précipitation. Pas question de faire du solo intégral sur la fin juste pour gagner quelques heures. Mon objectif était de vivre pleinement l’expérience, et plus le voyage était lent, plus il était riche. J’aurais pu tout faire en mode freestyle, mais ce n’est pas ma manière d’aborder la montagne. Jusqu’au bout, j’ai voulu grimper en assurant chaque longueur, en appliquant cette ligne de conduite qui me tient à cœur. » conclut-il.

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