Depuis des semaines il attendait cette fenêtre météo. Benjamin Védrine ne pouvait que la saisir. C’est ce dimanche 28 juillet - date symbolique puisque c'est jour pour jour celle de sa première tentative il y a 2 ans – qu’il est parvenu au sommet du K2 en un temps stratosphérique de 10h 59mn 59s. Un exploit époustouflant, accompli comme à son habitude en style alpin, sans oxygène. Le Français ajoute donc aujourd’hui une ligne de plus, et quelle ligne !, à un CV déjà sidérant. Mais pour lui, cette ascension aura sans doute un goût très particulier, tant il en rêvait. Et tant il a tout donné depuis plus d'un an pour y parvenir.
"J'ai du mal encore à croire que c'était réel..." (...) Ca a été un moment très particulier là-haut, j'ai rarement ressenti des émotions m'envahir comme ça sur une montagne. En redescendant, j'ai presque eu un dégout de l’effort, tellement ça été dur (...)", nous raconte dans un message audio, Benjamin Védrines, 31 ans.
Son émotion est palpable. Comment ne pas la comprendre ? Car depuis son arrivée le 9 juin au Pakistan, Benjamin Védrines est sans doute passé par tous les états d'âme. Aprés l'euphorie du départ, il y a connu l'attente au camp de base. Les doutes face aux conditions météo dantesques. Sans parler des impondérables de dernière minute. Au total, plus d'un mois d'attente à 5000 m. Sans surprise, la "Montagne sauvage" a tenu toutes ses promesses en offrant ce qu'elle avait de plus hostile, de plus inaccessible.




Mais soudain comme un récompense pour autant de patience et d'abnégation, le K2 a ouvert une fenêtre: LA fenêtre de beau temps, stable. Comme un athlète, Benjamin s'est alors mis dans ses Starting Blocks à 5350m, il a choisi les mêmes que ceux de Benoit Chamoux pour son record de 23h en 1986. Ils étaient situés à l'Advance Base Camp sur une moraine solide, matérialisée par un gros rocher (contrairement au base camp sur le glacier en perpétuel évolution).
Dans sa tête où sont méticuleusement rangés les sections et les temps de passage, Benjamin s'était offert la liberté d'imaginer un scénario plus lent afin de mettre toutes les chances de son côté pour atteindre le sommet, le record apparaissant, après cette longue attente, comme secondaire ! Avec un départ à minuit dix, il estimait arriver vers le sommet, au Bottleneck (8100m), en même temps "que les copains et les autres alpinistes" partis du C3 (7300m) ou même du C4 à 8000m pour certains (après une 4ème nuit en bivouac !).
Son chrono au final : très exactement 10h 59mn 59s ! (camp de base avancé 5350 - sommet 8611m - 3260 D+). Pour la petite histoire, rappelons qu’en avril dernier, l’alpiniste ( prudent ou superstitieux) nous confiait qui s’estimerait heureux s’il accomplissait cette ascension en une quinzaine d'heures !
Son exploit aujourd'hui donne le tournis, mais il ne doit rien au hasard. C'est l’aboutissement d'une préparation intense, comme il nous l’expliquait début juin. À ses côtés, depuis des mois : une équipe d'alpinistes et d'experts. Notamment Léo Viret, entraîneur de l’équipe de France de ski alpinisme pour l’entrainement physique, Fabien Dupuis pour la préparation mentale, Jean-Baptiste Chandelier pour la mise au point d'une voile unique pour le K2, Kilian Jornet pour son expérience en haute altitude, Guillaume Néry pour progresser en hypoxie.
De ce fabuleux exploit Benjamin Védrines devrait tirer un film, grâce aux images de Seb Montaz et Thibaut Marot ses cameramen. Hâte de le découvrir !
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