A moins de 13 jours de la coupe du monde de Biathlon, toujours pas de neige au Grand Bornand. Et aucun espoir d'en voir d'ici là, selon la météo. La station savoyarde n'est hélas pas la seule à s'inquiéter depuis quelques années. Aussi nombre de stations ont-elles recours aux outils les plus sophistiqués pour se projeter à court, moyen et surtout long terme. Parmi les plus pointus, ClimSnow et ses variantes permettent aux domaines d'avoir plus de visibilité et bien souvent d'amorcer leur transition vers un « modèle sans neige » en calculant leur taux d'enneigement futur... jusqu'à l'horizon 2100. Environ un tiers des stations françaises y ont déjà recours. Et ce n'est sans doute qu'un début.
Y-aura-t-il de la neige à Noël ? C’est la question que tous en station se posent, au moment où les domaines commencent à ouvrir au compte-goutte. Pour se projeter à court terme, les exploitants peuvent désormais compter sur des outils tels que PROSNOW et Tipsnow. PROSNOW, lancé en 2017 par un consortium de 13 partenaires européens, leur fournit des informations presque en temps réel. Il permet à l’industrie du ski d’améliorer les prévisions en combinant les estimations à une semaine jusqu’à plusieurs mois. Les stations peuvent alors adapter leur gestion de la neige et modéliser l’impact de leurs décisions sur le reste de la saison. Tipsnow, logiciel complémentaire, permet de déterminer la hauteur de neige « idéale » pour chaque secteur de piste pour maintenir un niveau suffisant jusqu’à la date-cible fixée par la station. Les domaines peuvent alors capitaliser sur le manteau neigeux déjà présent. En début de saison par exemple, les premières chutes de neige sont généralement insuffisantes pour être damées et ne permettent pas d’obtenir un manteau neigeux satisfaisant. En complétant avec la juste dose de neige artificielle, plus cohésive, on peut ainsi préparer les pistes pour l’ouverture.
Puis, il y a le long terme, et son outil spécifique : ClimSnow. Tout est parti, en 2013 à Grenoble d’une rencontre scientifique entre les laboratoires de l’INRAE et du Centre d’Étude de la Neige de Météo-France. D’abord utilisé une première fois avec des projections climatiques, dans une phase d’expérimentation sur demande du Conseil départemental de l’Isère en 2017, le modèle, qui sera baptisé ClimSnow, permet de définir précisément pour chaque station la part exploitable du domaine…jusqu’en 2050 et en 2100 ! Deux échéances différentes. La première correspond plus ou moins au délai d’amortissement d’un investissement. La deuxième débute en milieu de siècle quand les projections varient en fonction des scénarios de réchauffement climatique et des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre prises actuellement. Dans un cas comme dans l’autre, l’enneigement est très variable selon la localisation et une étude personnalisée est nécessaire.
L'évolution du manteau neigeux naturel modélisée
La première étude de ClimSnow est ensuite lancée en 2020, avec Dianeige, en charge de la collecte des données. Aujourd’hui plus de 130 stations sont traitées, ou sont en cours de traitement, sur 309 répertoriées par le Service des données et études statistiques, partout en France. Les collectivités peuvent passer des commandes « groupées » pour un territoire défini. Sinon ce sont les communes, sur financements propres ou bien soutenu par l'Agence Nationale de la Cohésion des territoires dans le cadre du Plan Avenir Montagne. Les tarifs varient selon la taille du domaine skiable à couvrir.
L’outil est suffisamment précis pour s’adapter et prendre en compte les spécificités et la diversité topographiques au sein de chaque domaine skiable en fonction de l’altitude, de la pente et de l’orientation. Cette représentation spatiale, couplée au modèle de neige appelé Crocus-Resort permet de modéliser l'évolution du manteau neigeux naturel et les pratiques comme le damage et la production de neige tout en lui appliquant les effets du réchauffement climatique.
Le résultat est donc très précis et adapté pour permettre aux gestionnaires d’évaluer leurs marges de manœuvre et leurs limites pour faire évoluer leur domaine. Des zones plus ou moins favorables à la pratique du ski sont définies, ce qui permet de faire des choix stratégiques d’équipement. Par exemple, remplacer une remontée mécanique, étendre la surface couverte par les canons à neige, ou même décider de la fermeture d’une partie du domaine. Le but, à terme, est que les stations puissent évoluer avec plus de fluidité vers un futur avec moins de ski, voire plus du tout, sans que l’impact économique et social ne soit trop violent pour ces zones très dépendantes du tourisme.
La station de Métabief dans le Jura s’est ainsi appuyée sur la technologie ClimSnow pour engager une transition vers d’autres activités que le ski. D’ici 2030-2040, la viabilité économique du ski alpin n’est plus garantie. Jusque-là, la qualité de l’activité « ski alpin » sera assurée, mais à moindre frais. Des produits touristiques qui ne dépendent pas de l’enneigement seront développés. Une partie de son budget va donc être allouée pour renforcer le VTT de descente, mais aussi pour la construction d’une luge 4 saisons (aussi utilisable sans neige) et la création d’un « stade nordique ».
Seules 24 stations de ski françaises potentiellement ouvertes en 2100
Une approche très pragmatique quand on sait qu’il n’y aura pas de diminution progressive de la quantité de neige, mais plutôt une augmentation du nombre de mauvaises années alerte Hugues François, ingénieur recherche à l’INRAE. « Les pires conditions d’enneigement qui se produisait 1 année sur 5 sur la période de référence (1986-2015) risquent de se reproduire une année sur deux à l’horizon 2050 ». Autrement dit, « pour maintenir des conditions d’enneigement comparables à ce qu’elles étaient, sans production de neige, par le passé, il faudrait produire 20% de neige en plus ». Des repères importants qu’il faut nuancer au cas par cas, précise l’expert.
Selon une étude portant sur 175 stations dans les Alpes et Pyrénées françaises, Andorre et l’Espagne, 14% à 25% des remontées mécaniques peuvent être considérées dans une situation critique à compter de 2030, c’est-à-dire sous le seuil d’enneigement fiable (au moins 100 jours avec au moins 20cm de neige à une densité de 500 kg m3). Entre 2030 et 2050, l’altitude à partir de laquelle l’enneigement est considéré comme fiable devrait reculer de 100 à 250m dans les Alpes du Nord, 200 à 400m dans les Alpes du Sud et de 300 à 350m dans les Pyrénées. Une ligne de fiabilité peut donc être tracée entre 1850 et 2000 m d'altitude dans les Alpes du Nord, ente 2500 et 2650 m d'altitude dans les Alpes du Sud, et 2250 et 2300 m d'altitude dans les Pyrénées françaises.
Au-delà de 2050, les estimations sont soumises à différents scénarios de réchauffement climatique, selon les politiques adoptées aujourd’hui. Dans le meilleur cas (une hausse des températures comprises entre 1,5° et 2°C), les estimations prévues pour l’horizon 2030 à 2050 devraient se maintenir. Dans le pire scénario (hausse des températures de plus de 4°C) plus aucune station française ne bénéficierait d’un enneigement naturel suffisant à l’horizon 2080-2100. En France, seules 24 stations - toutes situées dans les Alpes - pourraient continuer de fonctionner grâce au concours de la neige artificielle, dont 7 dans la Vanoise, 5 dans la Haute-Tarentaise, 5 en Maurienne, 3 en Haute-Maurienne et 1 dans le Thabor, Pelvoux, Queyras et Champsaur.
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