Les bonnes nouvelles en matière d'environnement sont trop rares pour qu’on passe celle-ci sous silence : Cochamó, l’un des derniers paradis des grimpeurs, « le Yosemite, mais sans les voitures ni les touristes », vient d'échapper à des projets d'exploitation hydrolique grâce au long combat d'une association environnementale locale, Puelo Patagonia. Elle a réussi à convaincre le propriétaire actuel de l’homme d'affaires Roberto Hagemann de lui céder son hacienda privée de 131 000 hectares soit environ un tiers des terres de la vallée, pour 63 millions de dollars. Il en demandait 150 millions. De quoi réjouir Kristine Tompkins et son association, Rewilding Chile. Ce vaste territoire quasi vierge constitue la dernière pièce d'un puzzle gigantesque de 4,5 millions d’hectares devenus des parcs nationaux patiemment créés par Douglas Tompkins, l’ex créateur de The North Face, et son épouse, ex PDG de Patagonia.
Située dans les Andes, du côté chilien de la Patagonie, la vallée de Cochamó cache des titans de granit gris au milieu d’un paysage de jungle verdoyant. L’escalade, mise en lumière ici par les Britanniques Crispin Waddy et Simon Nadin, y est pratiquée depuis 1998 seulement. Un site exceptionnel au cœur de toutes les convoitises ces dernières années. Décrit par beaucoup comme les « poumons de la Patagonie chilienne », il abrite d’innombrables espèces menacées. Notamment le puma, le cerf pudu, le huemul (cerf du sud des Andes), la grenouille de Darwin du Sud et le condor. Des milliers d’hectares de séquoias prospèrent dans ces forêts luxuriantes.

De quoi offrir d'innombrables opportunités de trekking, équitation, kayak et surtout d’escalade, Cochamó possède en effet les plus grandes parois de granit d’Amérique du Sud, ce qui lui vaut le surnom de « Yosemite de l’Amérique du Sud ». Plus de 200 voies, des murs de granite de mille mètres de haut bordant la vallée le long de la rivière Cochamó, de magnifiques panoramas, certains avec des vues sur l’océan Pacifique, d’autres sur l’Argentine : un potentiel qui dépasse l’imagination. Mais un Yosemite figé dans le temps, car pas de routes ici, donc pas de véhicules, pas de rangers ni de touristes.

Pour les amateurs d’outdoor, les possibilités sont infinies. Pour les investisseurs aussi, car cette zone, située dans les Andes, du côté chilien de la Patagonie, recèle des richesses hydriques et forestières qui avaient toutes les chances de passer entre les mains d’exploitants peu sensibles, eux, à la poésie du lieu, alertions nous en janvier 2023. C'est le cas de l’homme d'affaires chilien Roberto Hagemann qui, à l’issue de quelques 200 transactions, est parvenu en à réunir plus de 1 000 hectares, presque entièrement entourés de parcs nationaux. Une opération longue et complexe qui avait freiné le couple Tompkins (à l'origine de 15 parcs nationaux au Chili et en Argentine), désireux pourtant de protéger ce site.

Un paradis sauvage mis à prix pour 150 millions de dollars
Hagemann s’était montré patient et comptait bien désormais valoriser son investissement via un projet hydroélectrique de 400 millions de dollars US. Un projet qu’a rejeté la Cour suprême chilienne, marquant ainsi une étape importante pour la protection de la Patagonie chilienne. Déjà propriétaire d’immenses ressources hydriques à la frontières entre l’Argentine et le Chili, Hagemann entendait exploiter cette fois les rivières Puelo et Manso. Une entreprise qui en 2015 avait soulevé une très forte opposition au Chili comme à l’international, recevant notamment le soutien d’influenceurs et d’acteurs tels que Leonardo DiCaprio. De quoi stopper finalement le projet hydroélectrique, mais son immense propriété ne bénéficiait toujours pas de la moindre protection juridique, elle n’était pas classée parc national, ni réserve naturelle.
Tant d'obstacles ont fini par lasser Roberto Hagemann. En 2018, il a donc mis en vente son domaine pour 150 millions de dollars. Bien trop cher pour une fondation écologiste. Mais faute d'acquéreurs, l’homme d'affaires a fini par accepter une offre bien plus basse, 63 millions de dollars, de son opposant le plus virulent Rodrigo Condeza, fondateur d''une organisation à but non lucratif, Puelo Patagonia. Celle-là même qui avait largement contribué à faire capoter son projet industriel. Il aura fallu une décennie pour qu’un dialogue s’instaure entre l’écologiste et l’industriel qu’on dit sensibilisé à la cause environnementale par son fils, grimpeur.





Du Chili à l'Argentine, un ensemble de parcs nationaux enfin reliés
« Puelo Patagonia a déjà recueilli plus de 15 millions de dollars auprès de deux organisations caritatives qui soutiennent les efforts de conservation. « selon The New York Times. « La majeure partie de cette somme provient de la Fondation Wyss, fondée par Hansjörg Wyss, un milliardaire suisse, devenu l'un des principaux donateurs de causes libérales aux États-Unis. L’autre donateur important est la fondation Freyja, qui se consacre à la conservation. »
Le groupe a deux ans pour réunir le reste des fonds. Puelo Patagonia prévoit également de collecter 15 millions de dollars supplémentaires qui seront utilisés pour construire des sentiers et gérer le nombre croissant de touristes visitant la vallée de Cochamó. Le groupe espère qu'au moins la moitié des contributions proviendra de donateurs chiliens, écrite le quotidien.
"La sauvegarde de cette région permettra de préserver ces joyaux pour les générations à venir", a commenté Kristine Tompkins à qui l'on doit, rappelons le, le don au gouvernement chilien de 407 625 hectares de terres (quatre fois la superficie du parc américain de Yellowstone) désormais protégés. La préservation du domaine de Roberto Hagemann permettra de protéger un corridor écologique qui permet aux animaux de se déplacer librement sur un immense territoire de nature sauvage d'un seul tenant. Il reliera également un ensemble de parcs nationaux du Chili et de l'Argentine s'étendant des lacs de Bariloche à la pointe sud de l'Amérique du Sud.
Notez que depuis le 1e décembre 2022, l’accès à la Valley de Cochamo est soumise à des quotas. Une réservation est donc obligatoire, pour y accéder, c’est ici.
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