De « fantastiques plans »… bien foireux, c'est un peu la spécialité de l'Américain Chris Carter, fils de missionnaire, élevé au Kenya. Dernier en date, en 2018 : le Pacific Crest Trail, en mode "wild". Un rêve de gosse démarré à trois, mais fini seul. Parcouru en 5 mois, son périple lui a donné matière à « To measure a mile », un doc de plus d’une heure, très perso. Une aventure où tout ce qui pouvait arriver arriva : soif, souffrance, solitude. Mais aussi rencontres, joie et émerveillement. De quoi vous donner envie de filer direct sur l’un des plus beaux sentiers du monde. Ou de le rayer à jamais de votre liste.
Sur le Pacific Crest Trail (PCT), 4265 km sur la côte ouest américaine, courant du Mexique au Canada, Chris Carter ne sera pas votre guide. Ce type-là, devenu une des grandes figures de ce sentier XXL, ne postera pas sa liste de l’équipement idéal, ni ses bons plans. Car il fonctionne au feeling et s’adapte. Résultat, c’est sur un coup de tête qu’il décide de partir sur l’un des parcours les plus exigeants au monde, l’un des plus connus aussi, après avoir fait le « John Muir Trail » (le JMT), sublime tracé traversant 400 km de montagnes et forêts californiennes.
Fin 2017, Chris Carter est au Mexique et passe son temps à grimper, en compagnie d’un pote, Andrew "Bugs" Eichenlaub. Entre deux ascensions, ces deux-là discutent ferme : l’idée du PCT surgit, s’installe et s’impose. Résultat, le 19 mai 2018, ils s’embarquent sur l’un des trails les plus beaux du monde, l’un des plus longs aussi, offrant désert et altitude, canicule et tempêtes de neige. Et cette fois, ils sont trois., Beau Thomas, un copain de fac les a rejoints. Leur enthousiasme est inversement proportionnel à leur expérience, sur un trail exigeant modération de l’effort et anticipation des étapes.
« Modération » et « anticipation », deux mots totalement étrangers à leur vocabulaire. Très vite, leur moyenne quotidienne monte pour atteindre les 55 kilomètres. Suffisant pour exploser en vol et « leur apprendre l’humilité ». Les pieds en sang, des plaies ouvertes : les centaines de kilomètres d'un désert qui n’en finit pas auront raison de Beau, incapable d’avancer plus loin. Il faudra quelques centaines de miles de plus, en zone de montagne cette fois, dans la fameuse « Sierra », chère à John Muir, l’écologiste américain, pour que "Bugs" déclare forfait, lui aussi.
Gros coup de blues et de mou pour Chris Carter, mais il en faut plus pour l’abattre. Si ces deux abandons l’ont retardé dans sa course contre la montre, le marcheur poursuit son objectif : arriver au nord, dans l’état de Washington, avant la neige. Quoi qu’il lui en coûte. Et il va le payer cher. Sans le sou, marchant plus d’une fois en mode vagabond, il connait les nuits glacées, la pluie, la faim et la solitude. Mais poursuit sa route et se paye aussi le luxe de douces parenthèses, au hasard de rencontres avec des "trail angels", ces fameux volontaires offrant leur aide aux marcheurs, de véritables légendes du PCT. De la bouteille d’eau à la pizza offertes, à quelques jours passés au bord d’une piscine, tout est bon à prendre avant de reprendre la route. Et même une étape grimpe dans le Yosemite, où il devra se faire violence pour quitter les falaises et mettre le cap plein Nord.
Là, l’attendent la neige, la pluie, mais aussi d’immenses feux de forêt. On est en 2018 et la côte ouest américaine brûle. Barrage, trail coupé, jusqu’à la menace de ne pas pouvoir boucler la dernière étape, Chris se joue de tout. Et, ragaillardi par de belles rencontres – le sel du PCT - s’offre même un (nouveau) petit défi : « L’Oregon challenge », une spécialité locale se résumant à avaler 430 miles en 12 jours. Une pause pour s’en remettre, et c’est le « 24 hours challenge » (80 miles) auquel il s’attaque, et boucle. On ne spoilera rien en vous disant que le 6 octobre 2018 Chris Carter arrivera au bout, on s’en doute un peu, connaissant le bonhomme. Mais une chose est certaine, c’est que son périple est une belle démonstration de ténacité, mais aussi d’humilité, comme il l’expliquera plus tard dans une interview :
« Le PCT vous conduit à réfléchir à ce qui est source de souffrance dans votre vie. Il vous apprend aussi à maîtriser vos pensées.. Il y a une corrélation directe entre un mental positif, l'endurance et les capacités physiques. Lorsque j'étais submergé par des pensées négatives, je perdais toute capacité à avancer et à franchir cols et obstacles. Si vous vous réveillez le matin et commencez à brasser vos idées noires ou vos doutes, vous tournerez en rond. Il ne faut jamais penser au nombre de kilomètres qu’il vous reste à faire. Cela vous anéantit. De même que vous ne devez jamais penser à des choses ou des personnes négatives. Le long du chemin, je me disais constamment : tu ne dois pas t’attarder sur ces choses-là, mais te focaliser sur la beauté de la création et sut toutes les merveilles qui nous sont offertes. »
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