A l’issue de sa 4e participation, Tom Evans remporte l’UTMB ce samedi 30 août l’UTMB en 19:18:58. Rien n’était gagné pourtant au départ hier, à 17h45 à Chamonix, où s’alignait un plateau élite impressionnant, comptant notamment les Français François D’Haene (4 victoires sur cette épreuve) ou encore Ludovic Pommeret (récent vainqueur de la Hardrock). Mais cette 22e édition, modifiée à cause des intempéries, a porté chance à l’Anglais alors que sur le parcours tombaient les abandons. Mais bien plus qu’à la chance, c’est à son approche très méthodique que cet ancien militaire doit aujourd’hui cette belle victoire.
Partis sous la pluie hier à 17h45 depuis la place du Triangle de l’Amitié, à Chamonix, les 2492 traileurs engagés sur l’UTMB, course phare du « sommet mondial du trail », ont compris d’emblée que la nuit allait être longue pour certains. Sur ce tour du mont Blanc traversant trois pays (France, Suisse et Italie), 177 kilomètres et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif les attendaient. Et les prédictions météo se sont vérifiées.
Dans la soirée, l’organisation annonçait que compte tenu du vent froid et des averses de grêle, le passage aux Pyramides glaciaires était supprimé. Les coureurs ont donc filé directement vers le lac Combal. Une adaptation qui laissait entendre une arrivée à Chamonix avec 45 minutes d’avance pour les premiers coureurs. Pronostic confirmé ce samedi 30 août : le Britannique Tom Evans est passé sous l’arche à l’issue de 19:18:58 heures de course. Un aboutissement pour cet athlète, qui par trois fois déjà s’est frotté à cette épreuve légendaire, essuyant deux abandons (2023 et 2024). Seule une 3e place en 2022, sur une course bien gérée, le confortait dans l’idée que, oui, la victoire était possible.
Il lui fallait un mental très fort pour partir sur une épreuve où s’alignaient cette année parmi les meilleurs traileurs du moment. Mais l’histoire montrera que, en trail, comme ailleurs, tout est possible.
L’abandon de François D’Haene
Vers 21h30 hier, c’est le Suisse Jean-Philippe Tshumi qui jette l’éponge. Et à 1h28, c’est François D’Haene, venu chercher une 5e victoire sur une épreuve où, forcément il faisait figure de grand favori. Revenu sur l’UTMB après quatre ans d’absence, il s’est vu contraint d’abandonner après 70 km de course. Il renoncera à repartir après avoir atteint le point de contrôle du lac Combal. En cause ? Une douleur au niveau de la jambe droite apparue ces derniers jours qui l’avait contraint de se présenter diminué sur la ligne de départ, expliquera-t-il quelques heures plus tard sur ses réseaux sociaux. « Malgré toute sa détermination et son envie d’honorer sa présence sur la course, les douleurs à l’effort étaient trop fortes pour aller au bout d’une course si exigeante. (…), apprend-on. « La déception est à la hauteur de tout l’investissement mis dans la préparation pour arriver ici au niveau. Le rêve s’arrête là pour cette année. » Plus tard dans la course, il ne se sera pas le seul à devoir enlever son dossard. On compte notamment l’Américain Hayden Hawks, le Néo-Zélandais Daniel Jones ou encore, chez les dames, Katarzyna Dąbrowska et Lin Chen, pour ne citer qu’eux.
La montée en tête de Théo Detienne
Le Britannique connaîtra un sort plus heureux. Lui qui a déjà vécu deux abandons sur cette épreuve, a pris en main la situation dès 21h40, à La Balme (km 41) bien décidé à ne rien lâcher. Il aura fort à faire face à Ben Dhiman, Jonathan Albon, et Josh Wade, mais aussi face à un outsider, qui n’en est sans doute pas vraiment un pour ceux qui ont suivi la MaxiRace cette année. Vers 1 heure du matin, c’est le jeune Français de 25 ans, Théo Detienne, qui lui vole la tête de course. On l’avait vu triompher en juin dernier à Annecy, et pour son premier 100 miles, il s’est vu pousser des ailes. Au point que certains se plaisaient déjà à imaginer un scénario à la Vincent Bouillard. Mais au petit matin, vers 5h30, Tom Evans, poursuivi par Ben Dhiman, va définitivement creuser l’écart dans le Grand Col Ferret. Cependant que tous les espoirs de podium s’envolaient pour le Français, Josh Wade actuellement en route pour la 3e place.
La consécration pour un athlète en quête de performance
Dans les interviews accordées avant la course, le Britannique avait longuement expliqué qu’il avait muri. Ce jeune père arrivait plus serein à Chamonix, confiant dans une approche où le calme était le maître mot. Pari gagnant pour un athlète qui, au demeurant, n’a jamais laissé grand-chose au hasard. Comme nous l’expliquions dans le portrait que nous lui avons consacré il y a quelques jours :
Pour moi, progresser, ce n’est pas en faire toujours plus. Non. Ce qui m’importe, c’est de comprendre avec précision ce qu’exige chaque course.
Ancien officier de l’armée britannique, Tom Evans a gardé de son passé le goût des plans minutieux et de l’adaptation permanente. Sur les sentiers, il transpose cette rigueur en une approche scientifique de l’ultra-trail. Pour lui, ce n’est pas une démonstration de force, mais un art de la précision. Cyclisme, triathlon, nutrition, psychologie, préparation physique : il puise dans toutes les disciplines pour bâtir sa stratégie. Soutenu par un nouveau sponsor chaussure, le vainqueur de la Western States 2023 il revenait à Chamonix avec l’ambition de jouer les premiers rôles sur l’épreuve reine. Mission accomplie !
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Photo d'en-tête : Thibault Ginies- Thèmes :
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