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Kilian Jornet et Núria Burgada
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

« Bien sûr que j’ai peur pour lui, mais j’ai confiance », confie Nùria Burgada, mère de Kilian Jornet

  • 13 septembre 2024
  • 6 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Comment enchaîner 82 sommets, 75 344 mètres de dénivelé et 1 206 kilomètres en 19 jours dans les Alpes, sans jamais frôler l’accident fatal ? C’est la question que se sont sans doute posée fin août tous ceux qui ont suivi l’Alpine Connections, dernier grand projet de Kilian Jornet. Parmi ceux-là, un témoin privilégié, sa mère, Nùria Burgada. Déjà présente en 2023 sur le périple pyrénéen de « L’extra-terrestre » - 485, 65 km, 43 000 m de D+, 155 heures de course - elle était bien sûr à ses côtés aussi tout au long de sa traversée des Alpes. Pilier d'un tout petit cercle de fidèles, elle l’a vu cette fois pousser très loin ses limites et prendre des risques comme jamais. Mais aussi atteindre un cap décisif dans son approche de la montagne, nous confie-t-elle au cours de l’interview accordée hier, depuis son petit village de Cerdanya, dans les Pyrénées.

Tous ceux qui ont vu « Into the (un)known », très beau film documentant le périple pyrénéen réalisé en 2023 par Kilian Jornet sur les sentiers de son enfance, ont remarqué cette belle femme au physique athlétique, longues tresses blanches, teint halé et lunettes roses : Nùria Burgada, 64 ans, la mère de Kilian. Lors d'une étape en refuge, on la voit, attentive et bienveillante, à la table de son fils épuisé, le visage creusé par l’effort. Plus loin, c’est sur un sentier qu’on la voit marcher pour rejoindre un col ou un sommet, où elle le croise un instant avant de le voir filer sur le sentier. Ex monitrice de ski et institutrice en milieu rural, celle qui a aussi été gardienne de refuge – c’est dans les Pyrénées, en altitude, qu'elle a élevé Kilian et sa sœur, Naila Jornet Burgada, jusqu’à leurs 12 ans –  elle est, elle aussi, une fille de la montagne, tout comme le père de Kilian, Eduard Jornet. 

Longtemps adepte du trail (jusqu’en 2018 on la voyait sur des 50 et des 100 km), cette fervente militante écologiste est aujourd'hui en charge des programmes éducatifs de la Fondation Kilian Jornet et reste une grande marcheuse. Un seul coup d'œil sur son Instagram en témoigne. Cette semaine encore, elle était sur les sentiers. Pendant des heures. Alors, la montagne, elle connait. Et elle en mesure les risques.

Núria Burgada
(Collection Núria Burgada)

«  Encore beaucoup d'émotions à digérer », avez-vous écrit sur les réseaux à la fin de l'Alpine Connections. Comment, en tant que mère, avez-vous vécu cet incroyable traversée ?

Je me suis inquiétée pour Kilian à certains moments, bien sûr. Car je sais quelle capacité de concentration est nécessaire pour réussir cet enchaînement (19 jours l’enchaînement de 82 sommets, 75 344 mètres de dénivelé et 1 206 kilomètres, ndlr). Des sommets souvent très techniques et des ascensions rendues plus périlleuses encore suite au changement climatique et au dégel du permafrost. C’est une chose que Kilian a remarquée : combien les chutes de pierres sont désormais fréquentes. Forcément, ça me rend anxieuse. Comment ne pas l’être quand, par exemple, au retour de l’Aiguille verte, il me confie "J’ai eu très peur". Mais d'un autre côté, dans les Alpes, j’ai vu combien il avait évolué. Combien il avait appris de sa traversée dans les Pyrénées. J’ai été impressionnée de voir comment il parvenait à rester aussi concentré pendant tant de jours. 

C’est pourquoi cela a été beaucoup plus dur pour moi en tant que mère lors de sa traversée des Pyrénées où par exemple on l’a vu parfois tardé à revenir d'une ascension : avait-il du mal à trouver son chemin pour redescendre ? Je ne pouvais pas m’empêcher de me le demander. Et aussi, je voyais au fil des jours (7 jours ndlr), son état physique se dégrader dans des proportions inquiétantes. Mais cette fois, dans les Alpes, il a pu bien manger et récupérer. Car il a abordé sa nutrition autrement, de sorte qu'il n’a pas perdu de poids et n’a pas eu de problèmes digestifs. Dans les Pyrénées, il mangeait en refuge les plats qui lui faisaient plaisir. Dans les Alpes, je lui ai préparé des repas spécifiques et on a travaillé beaucoup autour du microbiote. Un thème auquel je m’intéresse depuis des années. Je suis végétarienne depuis mes 17 ans, Kilian l'est aussi depuis 5 ans. Mais lui comme sa sœur, n’ont jamais beaucoup consommé de viande ni de poisson dans leur enfance. Il a pu aussi mieux s’hydrater. C’est l'un des points de ses points faibles. Comme moi, il ressent peu la sensation de soif et transpire peu. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne doit pas s’hydrater. Cette, fois il a travaillé ça. Ainsi que sa gestion du sommeil. Au final il a dormi peu d'heures (4h57 en moyenne, ndlr), mais il a réussi à développer une certaine capacité à s’endormir rapidement. Il ne fait pas de méditation proprement dite, mais disons qu’il sait se concentrer sur l’instant et que la course pour lui est aussi une certaine forme de méditation. Avec son expérience accumulée de la montagne, ça a fait la différence. 

Alors aujourd’hui, j’ai confiance, mais je souffre. Comment je gère ça ? J’en ai l'habitude, j'ai commencé à son adolescence, où à 12-13 ans il partait des heures à vélo ou à ski, sans qu’on sache où il était. Plus d'une fois, morts d'inquiétude, on a dû appeler la police...

Kilian Jornet et Núria Burgada
(Collection Núria Burgada)

On vous sent très présente sur les projets de Kilian. Participez-vous à sa réflexion en amont?

Non, pas du tout. En fait, il arrive un jour en disant « j’ai un projet ». Il a alors tout planifié au millimètre. Mon rôle, là, relève de l’émotionnel. D'être là quand il a besoin de moi. J’aime participer à mon niveau, en l’aidant notamment auprès des enfants quand c’est nécessaire. Mais je ne suis pas la seule à l’accompagner. Il y a un petit cercle de proches, très soudés, comme une famille. D'abord Aina, qui s’occupe de la logistique depuis « le camion » (leur van, ndlr). Son rôle n’est pas facile : comment savoir où et surtout quand parfois, retrouver Kilian ? Elle est comme une mère pour lui. Il y a aussi ses camarades alpinistes et les photographes. La plupart étaient déjà dans les Pyrénées en 2023.

Kilian Jornet et Núria Burgada
(Collection Núria Burgada)

Ses projets semblent de plus en plus exigeants, physiquement et mentalement, Jusqu’où pourrait-il aller d'après vous ? 

Je crois que ce projet a fait un clic en lui, au niveau mental. Il a pris beaucoup de risques, mis en péril parfois sa propre vie. Mais il a une famille maintenant, il a des enfants, il voit les choses autrement. Il a atteint les limites de ce qu’il peut contrôler en montagne, terrain de plus en plus imprévisible. Et donc dangereux. 

On a beaucoup écrit sur l’enfance de Kilian, passée en partie en altitude et en pleine nature, et de son influence sur ses performances exceptionnelles. Est-ce que reproductible ? Ou tout simplement génétique ?

La partie génétique est importante, mais je dirais que ce n’est pas tant celle-là que le partie épigénétique (processus qui gouvernent l'activité des gènes sans affecter la séquence de l'ADN, ndlr) qui est décisive. Certains des camarades du centre d'entraînement de Kilian étaient plus doués que lui. Mais il a tiré plus de son capital propre. C’est une question d'éducation, mais il faut quelque chose de plus. Une envie d'apprendre, en continu. Chez Kilian, c’est très fort. Et une grande détemination aussi. Tout jeune, déjà il savait ce qu’il voulait faire. Ce n’est pas le cas de beaucoup de jeunes de nos jours, surtout dans une société où le goût pour l'effort n’est pas développé. Ont compté aussi dans son développement les gens qu’il a pu rencontrer en chemin. Quand à son adolescence, j’étais un peu désespérée face à ce jeune cheval fou, ses entraineurs, Maite et Jordi, eux, il les écoutaient. Ca l’a aidé à se structurer. D'autres encore ont beaucoup compté, comme Ueli Steck en alpinisme, ou Vivian Bruchez, pour le ski de pente raide.

Núria Burgada alpinismeNúria Burgada skimo

Cette enfance, en pleine nature, il tente aujourd’hui de la donner à ses enfants, en Norvège. Ils sont tout le temps dehors, sac au dos, dans les fjords. Je les y rejoins une à deux fois par an, pour un mois, un mois et demi, mais c’est loin, la Norvège.

Vous qui le connaissez bien, quelles sont les principales forces et faiblesses de kilian ?

Ses forces ? Sans doute sa capacité à se concentrer, à explorer ses limites physiques et mentales et à tirer le meilleur de toute les opportunités. Ses faiblesses ? Je ne sais pas si on peut dire que ça en est une, mais disons que la socialisation est parfois difficile pour lui. C’est une personne très solitaire, très introspective. Mais, c’est vrai aussi qu’il est aussi très généreux de son expérience, très « partageur ». Sur ce point, il a donc évolué. Quand à 16 ans il s’est retrouvé champion du monde de ski alpinisme, j’ai eu peur que cette renommée le perturbe. Mais non, il a su composer avec et trouver progressivement un équilibre entre la partie familiale et la partie sociale. Il vit aujourd’hui dans un lieu où son intimité est respectée, ce qui l’y aide beaucoup.

En tant que mère de Kilian, quelle est la chose dont vous êtes le plus fière aujourd'hui ?

De voir qu’il a atteint une forme de bonheur et qu’il continue à garder une curiosité, une âme d'enfant.

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