C’est un très beau film que Kilian Jornet dévoilait lundi dernier à Paris pour la première française devant une salle comble. Le public, tout acquis au « boss » encore auréolé de sa 11e victoire à la Zegama, l’a accueilli comme une rock star. On n'y a pas vu les images d'un énième record - encore que son périple de huit jours dans les montagnes Pyrénéennes soit absolument sidérant - mais un voyage dans l’espace et le temps. Un voyage intérieur aussi qui laisse deviner comment cet athlète, sans doute l’un des plus polyvalents du moment, conçoit aujourd’hui la notion d'exploit et de découverte. Passionnant. Et à découvrir fin juin dans le cadre du festival Montagnes en Scène.
Bien sûr il y a les chiffres. 177 sommets de plus de 3 000 mètres des Pyrénées en huit jours. Soit 485,65 Km et 43 000 m de D+. En face : une poignée d'heures de sommeil. 8000 calories dépensées par jour et 7 kilos perdus. Mais quand Kilian Jornet entreprend le 2 octobre 2023 de revenir sur les sentiers de son enfance, dans les Pyrénées, il ne va pas chercher un FKT. Ce record, il l’a déjà en boite depuis 2010 : 700 km pour 35 000 m de D+ en 8 jours.
Non, l’idée s’est imposée à lui presque toute seule, fruit d'une série de conjonctures malheureuses. En 2023, Kilian souffre d'un œdème osseux à la hanche droite, et pendant des mois, il se tiendra loin des courses où, de toutes façons, il n’a plus grand-chose à prouver. Une mise en stand by qui lui permettra de cogiter sur ce qui est sans doute aujourd’hui l’un de ses projets le plus personnels : relier les sommets de plus de 3 000 mètres des Pyrénées. Parmi eux, certains des plus emblématiques de la chaîne pyrénéenne. Et ce faisant redécouvrir des sommets qu’il avait oubliés, grimpés pour certains à l’âge de cinq ans. « J’avais cette envie, mais je ne savais pas si c’était un défi réalisable ou une pure folie. Après avoir consulté des personnes connaissant bien les sentiers pyrénéens, j’ai décidé de me lancer », explique-t-il.
Prétextant une sombre histoire de « voiture à aller récupérer sur place », explique-t-il sur scène après la projection, il optimise ainsi son déplacement ( et limite son bilan carbone, précise-t-il) et fait d'une pierre deux coups. Enfin trois, puisqu’il en profitera aussi pour tester trois modèles de chaussures de sa marque, NNormal.

Ce périple, il le trace lui-même à l’aide de Google Earth, de gardiens de refuge locaux et de proches. Notamment sa mère, Núria Burgada, son ami Jonatan Garcia, et son premier coach, le légendaire Jordi Canals, tous de précieux soutiens. Mais sans trop savoir si « ca va passer ». De quoi donner plus de sel encore à une aventure déjà chargée en émotions... Cela le conduira en huit jours du pied du Pic de la Frondella, en Espagne, à la pique d’Estats, dernière étape de son pèlerinage. À 90% hors sentier, avec des segments très engagés. Ce qui lui fait dire aujourd’hui qu’il s’agit sans doute « d'une des choses les plus difficiles que j’aie jamais faites ».
En chemin il est frappé par les signes flagrants du recul des glacier mais réalise aussi plusieurs exploits : relier plus de 40 sommets en une seule journée, marcher pendant 39 heures consécutives. Mais là n’est pas le propos. « Se déplacer le long de ces crêtes a été un vrai bonheur, j’ai adoré les chemins. (…) Cela m’a plongé dans une expérience visuelle intense », commente Kilian. Son périple s’achèvera au matin du 10 octobre 2023, lorsque les premiers rayons du soleil accrochent le sommet de la plus haute montagne de Catalogne, le Pic d’Estats, dans le parc naturel de l’Alt Pirineu. Une beauté qui tout au long de ce défi aussi physique que mental l’a porté et lui a fait oublier la douleur et la fatigue.
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