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Strava Jockey
  • Aventure
  • Trail Running

Besoin d’un alibi ou de briller sur les réseaux ? Embauchez un Strava Jockey pour courir à votre place

  • 10 avril 2025
  • 7 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Que vous soyez traileur, cycliste ou nageur, rien d'un tel qu’une belle perf sur Strava pour assurer en société. Mais quand le manque de temps ou d'envie font tomber vos statistiques sur le réseau sport le plus scruté de la planète, le plus simple pour certains est désormais d'embaucher quelqu’un d'autre pour suer à leur place. Un phénomène pathétique mais bien pratique aussi pour justifier une absence auprès de son mari ou de sa femme ! Au point qu'en moins d'un an il a explosé et généré des dizaines de « jobs » en France et… des milliers de performances bidonnées. D'où vient la tendance ? Combien ça coûte ? Combien gagne un « Strava jockey », est-ce illégal et… comment détecter les fausses performances ?

Avec 135 millions de comptes répartis dans 190 pays, le réseau Strava ne cesse de s’étendre. Simple carnet de courses pour bon nombre de coureur, cyclistes ou nageurs, c’est aussi une superbe vitrine pour d'autres, athlètes pros ou simples sportifs ; de quoi se comparer à ses pairs et cultiver sa côte auprès des sponsors, existants ou potentiels. Pour certains, Strava vire aussi au miroir de l’ego. Dès lors, mieux vaut y afficher son profil le plus performant, et assurer en permanence. Pas si simple quand on a un coup de mou ou que son agenda est saturé. La solution ? Elle vient tout droit d'arriver… via internet bien sûr.

Strava Jockey, c’est quoi ça ?

Véritables mercenaires du sport, ces « jockey » sont des coureurs, cyclistes ou nageurs (certains offrent les trois prestations), ils sont payés pour se lancer sur les sentiers, les routes ou dans les bassins à la place de leurs clients. Ils courent en utilisant leur propre compte Strava, ou les détails de connexion qui leur ont été communiqués. Le règlement est effectué avant le départ. Le tout – recrutement, échanges et transaction – se fait entièrement en ligne. C’est facile, rapide, anonyme et planétaire.

D'où vient cette tendance ?

Etrangement, le phénomène vient d’Indonésie. Il aurait explosé à l'été 2024, dans les années post covid où le running avait, là aussi, gagné des milliers d'adeptes. Les hypothèses varient, mais il semble acquis que la tendance soit née d'un message ironique sur X, anciennement Twitter, devenu viral le 3 juillet. Un certain @hahahiheho a posté un message accompagné d'une image censée ressembler à une capture d'écran Strava :

« Au fait, j'ouvre un service de jockey Strava ! Mais la personne qui courra est mon frère / membre de la famille qui est un grand coureur. Le prix dépend du rythme, des kilomètres, etc. Envoyez-moi un DM (message direct) ».

L'image s'est avérée être celle d'un itinéraire tiré du jeu vidéo Grand Theft Auto San Andreas, mais le message a été vu plus de 890 000 fois et reposté 2 500 fois en cinq jours ! L'idée a fait son chemin parmi les abonnés de Strava à la recherche de « performances » avec le moindre effort. A l’époque, la presse locale avait largement commenté ce phénomène et s’était demandé s’il dépasserait les frontières indonésiennes. Il n’aura fallu que quelques mois pour qu’elle arrive en France !

En France aussi ?

Il y a six mois sur Reddit, on pouvait tomber sur le message suivant : « Je souhaite devenir jockey Strava, mais je ne sais pas comment et comment. J'espère que certains d'entre vous ont des idées ? ». Était précisé : « Jockey Strava : quelqu'un qui court pour quelqu'un d'autre moyennant des frais ». Ce post valu à son auteur une avalanche de sarcasmes, les coureurs (ou pas) s’indignant devant une telle proposition, mais aussi quelques conseils, notamment sur le statut à adopter, notamment d'un point de vue fiscal.

Aujourd’hui, il suffit d'un simple tour sur le réseau X, ou plus facile encore, sur Le Bon Coin pour savoir comment s’y prendre. À l’heure où nous bouclons cet article, on trouve plus de 71 offres de « Strava jockey » en ligne. Certaines toutes fraiches, postées il y a quelques heures, d'autres remontant déjà à plusieurs mois. Preuve que la tendance indonésienne n’a pas perdu de temps pour arriver en France et trouver les bons canaux pour s’y développer. En course à pied – 80% des annonces –  en cyclisme, mais aussi, plus rarement, en natation. Voire les trois pour certains Strava jockeys.

Mieux encore (ou pire !) le modèle s’est encore affiné depuis sa naissance en Asie. En Grande-Bretagne, certains se sont improvisés agents, centralisent les demandes (suivant les sports et les performances demandées) et les affectent aux Strava jockeys les plus adaptés, moyennant une commission au passage bien sûr. Il semble qu’on n’en soit pas encore là encore en France mais qui sait…

Combien ça coûte ?

Sans surprise, les Indonésiens cassent les prix. En ligne, une certain Wahyu demandait 10 000 roupies (0,62 USD) par kilomètre pour courir à « Pace 4 » (1 km en quatre minutes). Pour chaque kilomètre parcouru à « Pace 8 » (1 km en huit minutes), il demandait 5 000 rupies. Son travail le plus lucratif jusqu'à présent lui avait rapporté 100 000 roupies. Ses services commencaient à partir de 5 000 roupies par kilomètre, mais tout se négociant, si un client souhaitait qu'il coure à une allure de 4, il facturait 20 000 roupies supplémentaires par kilomètre pour une distance maximale de 10 km. Pour une distance plus longue, il renvoyait vers un autre « collègue », plus spécialisé que lui. Ces gains semblent dérisoires, mais il faut savoir que sur la base de ces tarifs, ce jockey gagne en une seule course 5 % d'un salaire mensuel indonésien.

En France aussi, tout se négocie. La plupart des annonces s’affichent à 0€ ou 1€. Il faut cliquer sur le message pour en savoir plus. Par exemple : « Je propose de réaliser une course sur Strava pour vous. Sur Paris, tôt le matin ou en soirée. Allure entre 4:00 et 6:30/km Tarif en fonction de la durée de la course demandée. Échange par messagerie pour déterminer le type de course et le montant ». Le jockey est parisien (mais les offres sont présentes partout en France) et semble installé depuis plusieurs années déjà. Parmi les cinq commentaires (tous cinq étoiles : « très bon dialogue et transaction parfaite merci »), l’une remonte à janvier 2021. Bien avant les Indonésiens donc ? D'autres proposent des packages : 100 euros pour un Marseille Casis en 1h45 (25 10 25). Ou de 80 à 100 euros pour un marathon de Paris (ce week-end).

Pourquoi payer un Strava jockey ?

Dans un environnement de plus en plus compétitif, où les médias sociaux font office de juges pour certains, le recours à ces mercenaires est bien sûr la solution de facilité pour ceux qui se sentent obligés de maintenir une certaine image et qui ne peuvent pas s'entraîner en raison de contraintes de temps, de blessures ou simplement d'un manque de motivation. Impressionner ses pairs, décrocher, pourquoi pas, un sponsoring, tous les moyens sont bons ! Sans parler de ceux et celles qui ont besoin d'un alibi pour justifier un trou dans un emploi du temps.

Mais la réponse tient peut-être dans la description d'une annonce postée actuellement sur le Bon Coin :

« Gardez votre Strava actif sans effort ! 🚴‍♂️🏊‍♀️🏃‍♂️ Vous cherchez quelqu'un pour faire de la natation, du vélo ou de la course à pied à votre place ? Que ce soit pour des compétitions, des entraînements ou simplement des sorties de jogging (ou justifier votre présence à un endroit), je suis là pour vous aider à maintenir votre compte Strava actif !

📍 **Zone de disponibilité** : Les Weppes (proximité Lille) et principalement dans le Nord-Pas-de-Calais 🏆**Compétitions** : Je peux participer en votre nom, à condition que vous soyez déjà inscrit(e) : 5km au Marathon et Triathlon. 💪 **Entraînements & sorties** : Profitez de mes services pour rester actif sur Strava sans avoir à bouger un muscle ! La flemme d'aller à l'entraînement piste ? Trop de charge mentale pour réussir à faire son footing ? Trop de travail pour assurer ses statistiques et objectifs hebdomadaires ? Contactez-moi dès aujourd'hui pour discuter de vos besoins sportifs et garder votre esprit compétitif et vos stats Strava au top ! 👌 »

Est-ce illégal ?

Les premiers, les Indonésiens se sont posé la question : "Quand est-ce illégal ? L'embauche d'un jockey Strava peut être illégale lorsque l'objectif est d'obtenir des avantages monétaires, selon Glenn Wijaya, avocat d'affaires basé à Jakarta chez Christian Teo and Partners. Les personnes ayant conclu des accords de parrainage de marque et qui utilisent des données manipulées peuvent être en infraction avec leur contrat, a-t-il ajouté. Si les pertes financières subies par le sponsor peuvent être prouvées, l'individu peut faire l'objet d'une action en justice et être contraint de payer la marque en vertu de l'article 1365 du code civil (indonésien), qui couvre l'indemnisation pour les actes illégaux qui causent des dommages à une autre personne, a-t-il fait remarquer.  Pour éviter les risques, les sponsors peuvent rédiger des contrats contenant des clauses anti-fraude claires et des sanctions strictes en cas d'infraction. Toutefois, les problèmes juridiques peuvent ne pas se poser si personne ne subit de perte suite à l'utilisation de fausses données Strava, a-t-il ajouté ». En France, la philosophie de la loi est sensiblement la même dès lors qu'un préjudice est causé.

5 façons de repérer les tricheurs sur Strava

Le phénomène est tel aujourd'hui, que le site The running week s’est penché sur la question.

1. Des allures incohérentes
Si un coureur affiche un temps qui présente des fluctuations d'allure importantes, comme 1 km couru en 3 minutes, couru d'un autre en 5 minutes sans explication claire, il s'agit d'un signal d'alarme.
Bien qu'une certaine variance soit normale en raison du terrain ou de la fatigue, des différences extrêmes suggèrent souvent que quelque chose ne va pas.

2. Des temps irréalistes
Des temps anormalement rapides qui ne correspondent pas aux performances habituelles de l'athlète peuvent également être un signe de tricherie.
Par exemple, si une personne court régulièrement un 5 km en 25 minutes et affiche soudainement un temps inférieur à 20 minutes sans qu'aucun changement significatif n'ait été apporté à son entraînement, il peut être utile d'examiner les données de plus près.
Les méthodes de tricherie peuvent inclure l'enregistrement accidentel ou intentionnel d'une sortie à vélo en tant que course à pied, ou même la conduite d'un segment de l'itinéraire.

3. Anomalies dans les données GPS
Les anomalies des données GPS sont un autre moyen courant de détecter la tricherie. Lorsque la trace GPS d'un coureur présente des écarts importants, des lignes droites sur le terrain ou des sauts d'un point à un autre ressemblant à de la téléportation, cela est probablement dû à une mauvaise connexion satellite ou à une falsification délibérée. Les algorithmes de Strava corrigent généralement les erreurs mineures, mais des anomalies importantes peuvent suggérer un jeu déloyal.

4. Gain d'altitude manipulé
Une autre façon subtile de tricher consiste à manipuler les données d'altitude.
Par exemple, l'enregistrement d'une course en descente ou le fait de courir plusieurs fois en descente et de n'enregistrer que ces segments peut gonfler la vitesse globale et réduire l'effort perçu.
Ce type de manipulation est plus difficile à repérer, mais peut être identifié en examinant de près le profil d'élévation de la course.

5. Données incomplètes ou modifiées
Il arrive que les athlètes arrêtent leur montre pendant un repos ou après un intervalle, puis la remettent en marche sans enregistrer la pause. Cette manipulation se traduit par un temps global plus rapide qui ne reflète pas l'effort réel. Pour identifier cette tactique, recherchez les écarts entre le temps de déplacement et le temps écoulé.

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