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Benjamin Védrines fait une parenthèse de 8 mois : « J’ai besoin de vivre autre chose, de me réinventer »

  • 18 février 2026
  • 4 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

« Les mots ne sont pas simples à trouver. Je pars pour une aventure qui, je le sens, va me transformer. Le chemin sera long. La déconnexion… totale. Je vais vivre cette épopée loin du bruit. On se retrouvera à l’automne », c’est par un court message sur ses réseaux sociaux et une vidéo silencieuse que l’alpiniste a annoncé il y a quelques jours son « nouveau départ ». Un projet sur lequel il reste discret mais dont il nous avait parlé en novembre dernier, à l’occasion d’un entretien accordé à la sortie de son autobiographie « Solitude. Un titre prémonitoire.

Étrange film que vient de mettre en ligne Benjamin Védrines. Court : 1 minute 30. Et totalement silencieux. Suffisant pour annoncer la parenthèse de huit mois qu’il a décidé de s’accorder, « loin du bruit ». Et qu’il résume en huit mots sur une simple feuille de papier intitulée « projet 2026 ». Simplicité. Long. Seul. Lenteur. Silence. Éloignement. Intransigeant. Et au centre, en lettres capitales : ALPINISME. Tout est dit, ne lui restait qu’à prendre son sac et à fermer sa porte vers une destination sur laquelle il ne s’étendra pas.

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Etonnant pour qui connaît un peu l’alpiniste, volontiers loquace. Un « sacré bon client » pour les médias qui, à la sortie de sa biographie chez Guérin, « Solitude » à l’automne dernier, ne se sont pas faits prier pour l’inviter. En quelque 168 pages, l’alpiniste s’y était mis à nu. Comme jamais auparavant. Il avait un peu hésité pourtant, nous confiait-il : « Ça peut engendrer certaines conséquences, du point de vue de mon image et de l’image que je me renvoie à moi-même. Mais très vite, j’ai dépassé ça avec la volonté que j’ai depuis toujours de rendre service à tous ces jeunes qui ne se sentent pas forcément bien dans leur peau. » Alors le beau gosse de 33 ans à qui semble tout réussir a écrit ses faiblesses, ses peurs, ses angoisses. Pas facile dans ce milieu « historiquement macho ». De quoi « casser les codes » espère-t-il, et montrer qu’il n’est pas une machine : « on me le dit trop souvent », regrette-t-il.

« L’alpinisme ne m’a pas appris à vivre »

Un discours qu’il a pu largement diffuser. Plateaux de télévision, studios de radios… en France comme à l’étranger, Védrines s’est prêté au jeu à l’automne dernier, pour la plus grande joie de ses sponsors, sans doute. Celui qui dit lui-même « ne pas savoir dire non », craint toujours de ne pas en faire assez. Alors cette fois, il s’est donné à fond, surfant sur ses récents exploits. Et ils sont nombreux. Entre son ascension, seul et au cœur de l’hiver de la voie BASE, un itinéraire ultra technique aux Drus, en février 2025. Et surtout celle du Jannu Est par sa face nord, quelques mois plus tard, avec son camarade de cordée, Nicolas Jean. Ajoutez la mise en ligne de « Chasing Shadows », long métrage relatant son ascension record du K2 et on frôle la saturation médiatique. Car, à l’échelle d’un alpiniste, c’est énorme. Et lourd à porter parfois, comme il nous l’expliquait en novembre dernier, à la veille de sa tournée des rédactions, entre Paris et Londres. Trop loin de ses montagnes, trop près du monde d’en bas, où toujours le mal-être le guette.

« L’alpinisme m’a appris à souffrir, l’alpinisme m’a appris à me battre, mais l’alpinisme ne m’a pas appris à vivre », dit-il volontiers, citant l’alpiniste Christophe Moulin. Et ce jour-là, au cours de notre entretien, cela sonnait terriblement sincère, car à l’entendre, il semble que rentrer d’expédition soit de plus en plus difficile pour lui. « Franchement, j’ai du mal ». Et avec les médias, c’est sûr que ça rajoute aussi beaucoup de charge mentale. C’est un mix de tout. En fait, tu te rends compte d’une certaine forme de toxicité que peuvent avoir les expéditions. Toxicité, c’est un peu fort, mais tu restes quand même deux mois… ailleurs »

« Ce ne sont pas médias qui vont me faire mettre la barre plus haut »

Partir, revenir, expliquer, toujours et encore à ses proches, pourquoi on va repartir. Mais la donne est différente aujourd’hui, Benjamin Védrines est redevenu célibataire. « Au final, pour l’instant, je t’avoue que c’est très arrangeant. Je ne pourrais pas gérer ça avec une famille. Je souhaite capitaliser sur cette période-là, parce que ça peut ne pas durer longtemps. Après, par contre, en alpinisme, ce ne sont pas les médias qui vont me faire mettre la barre plus haut. C’est plutôt mon caractère et c’est ce dont j’ai le plus peur. Ce n’est pas la pression des sponsors non plus : tu peux très bien faire beaucoup moins et avoir beaucoup plus. Je ne vais pas te le cacher, athlète pro, c’est un métier où on te demande autant de répondre aux événements que de faire des performances, de réelles performances, si tu veux.

Or moi, je suis dans une période où, à l’inverse, je ne réponds pas totalement à l’attente de mes sponsors. Je ne suis pas assez présent, je m’entraîne trop et du coup, je ne peux pas faire tout ce qu’ils voudraient que je fasse. Mais c’est ma liberté et je l’accepte. J’accepte de peut-être gagner moins bien ma vie, de faire moins de conférences, mais de prendre un peu plus soin de moi. Même si certains diront que mon curseur est déjà beaucoup trop haut en termes d’exposition médiatique. 

Un voyage sous la forme de l’introspection

Maintenant, sur le long terme, ce qui m’intéresserait ce serait d’essayer de progresser encore sur des ascensions qui, pour moi, sont perfectibles. Et aussi, de mettre les pieds sur des records qui me font rêver. Mais sur le court terme, ce n’est pas ça qui m’attire le plus. Parce que je ressens un réel besoin de prendre l’air. De partir en voyage. Pas direction le Népal, mais peut-être un peu plus à l’Ouest, je pense. C’est le bon moment pour moi. Je suis seul dans ma vie. J’ai envie de faire un truc vraiment marquant, quelque chose d’encore plus original. » Un voyage sous le signe de l’introspection, et qu’il préparait alors, nous confiait-il. « Je suis sûr que ça va être quelque chose de marquant. Que ça va même être très dur pour moi d’aller jusqu’au bout (… ) L’idée est de sortir de ma zone de confort pour aller vers la montagne, mais différemment, avec une dimension humaine forte et une dimension temporelle différente, plus large. Je pense que ça peut… Ça peut vraiment marquer mon existence (…)

« Le fait d’avoir fait le Jannu, c’est une page importante qui s’est tournée. Je peux plus facilement accepter de me dire : « allez, tu fais une grande parenthèse dans ta vie, et c’est pas grave si tu ne fais pas de montagne de manière polémique pendant pas mal de temps. Tu y reviendras.. Ça ne me fait pas peur du tout de ne pas faire de montagne technique, rapide pendant quelques temps. J’ai 33 balais, je suis capable de passer à autre chose, et surtout je sens que j’ai besoin de ce genre de trucs. J’en rêve depuis des années. J’ai besoin de vivre autre chose. C’est important de se réinventer un petit peu. »

Photo d'en-tête : Thibaut Marot
Thèmes :
Alpinisme
Aventure
Benjamin Védrines

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