Partir en pleine nature, loin de la foule et de la canicule, sans plomber son bilan carbone, c’est encore possible. Direction les Grisons et leur spectaculaire grand canyon s’étirant sur une quinzaine de kilomètres. Façonnée par l’un des plus grands bouleversements géologiques des Alpes, cette gorge se découvre en été comme à l’automne depuis Laax en rando, à VTT ou au milieu des rapides du Rhin. Un immense terrain d’aventure encore largement méconnu des Français et facilement accessible en train.
Sous la plateforme panoramique d’Il Spir, la rivière dessine un vaste méandre entre de pâles murailles et une végétation très dense. À près de 180 mètres au-dessus du Rhin, la passerelle triangulaire suspendue à la lisière de la forêt de Flims offre l’un des premiers aperçus de la Ruinaulta. On est loin bien sûr des dimensions et des couleurs du Grand Canyon américain, mais ce « Grand Canyon suisse » vaut le détour. Entre Ilanz et Reichenau, le Rhin traverse en effet sur environ 14 kilomètres un paysage unique dans les Alpes. Un canyon si encaissé que certaines sections ne sont accessibles qu’à pied, en train ou depuis la rivière. Au départ de Laax et des villages voisins de Flims et Falera, l’idée est ici de les découvrir depuis les hauteurs le matin, avant de descendre au bord du Rhin, pour en longer la rive à pied ou en VTT, ou mieux encore, le descendre en rafting.

Le plus grand éboulement connu des Alpes
Il faut revenir près de 9 500 ans en arrière pour mieux comprendre où vous vous aventurez ici. Une partie du Flimserstein s’est alors effondrée dans la vallée. Plus de 10 kilomètres cubes de roche se sont mis en mouvement, produisant le plus grand éboulement connu des Alpes. Les débris ont obstrué la vallée du Rhin et formé un immense barrage naturel. En amont est alors apparu un lac qui subsistera environ un millénaire. Puis l’eau a commencé à entailler cette masse instable, à emporter les sédiments et creusé progressivement le passage d’où naîtra la Ruinaulta. Les falaises claires qui bordent aujourd’hui la rivière ne sont donc pas des parois rocheuses classiques, mais les restes consolidés et remodelés de ce formidable effondrement dont on perçoit toute l’ampleur depuis la plateforme d’Il Spir. Dessinée par l’architecte grison Corinna Menn et accessible à pied depuis Flims Waldhaus, elle avance au-dessus du vide comme la proue d’un navire. En contrebas, le Rhin serpente au milieu des matériaux laissés par l’éboulement. D’en haut, le canyon paraît presque immobile. Quelques heures plus tard, au bord de l’eau, il semble nettement plus sauvage.




En rando, une vue plongeante sur les gorges
La zone compte quelque 250 km de sentiers. Pour une première approche, on se laisse tenter par la randonnée la plus classique reliant Flims Waldhaus au lac de Cauma, à Conn et à Il Spir. Facile et ombragée, elle permet de découvrir en une demi-journée les eaux turquoise du lac et la vue plongeante sur les gorges. De quoi obtenir un premier aperçu du canyon. Pour en percevoir vraiment l’échelle, il faut descendre au niveau du Rhin. Le tronçon entre les gares de Valendas-Sagogn et Versam-Safien reste l’une des options les plus simples. Long d’environ 4,5 kilomètres, il n’a que très peu de dénivelé et se parcourt en 1 h 15 de marche. Le sentier longe alternativement la rivière, les clairières et les formations d’érosion.
Pour une immersion plus complète, la boucle au départ de Versam (11,4 kilomètres) exige environ quatre heures de marche. Elle rejoint d’abord la plateforme d’Islabord, puis plonge vers Chrummwag et le fond des gorges avant de suivre les rives du Rhin. Le chemin passe sous les tours d’érosion, entre les pins et les plages de galets.





Pour plus de perspective encore, le VTT
À la différence de nombreux massifs alpins, la Ruinaulta ne se découvre pas seulement en marchant. Depuis les hauteurs de Laax, le réseau de remontées mécaniques permet aussi de rejoindre les alpages avant de redescendre vers la vallée en VTT. La station revendique plus de 330 kilomètres d’itinéraires et plusieurs parcours de descente parmi les plus réputés de Suisse. Le plus connu reste le Runca Trail, une longue piste fluide qui serpente dans les pâturages, franchit des passerelles en bois et alterne virages relevés, courbes rapides et passages en forêt avant de retrouver Flims. Pensé pour le plaisir plus que pour la performance, c’est aujourd’hui une référence du « flow trail » alpin et une bonne porte d’entrée pour des vététistes déjà à l’aise sur les sentiers.
Depuis les crêtes, le regard embrasse d’un côté les hauts plateaux de la région de Flims-Laax-Falera et, de l’autre, l’entaille spectaculaire de la Ruinaulta. À vélo, on mesure mieux encore l’ampleur de cet effondrement vieux de plusieurs millénaires. Et en quelques heures seulement, on passe des forêts d’altitude aux pelouses alpines, puis des pistes forestières aux rives de la rivière. Peu de destinations offrent une telle diversité de terrains sans cumuler les heures de voiture.



L’un des plus beaux parcours d’eau vive de Suisse
Il existe pourtant une façon encore plus spectaculaire de découvrir la Ruinaulta : la descente par le Rhin. Le parcours le plus fréquenté emprunte le Rhin antérieur, dont le débit est encore largement alimenté par les eaux de fonte des montagnes grisonnes. Sans atteindre les difficultés des grandes rivières alpines, il alterne des rapides accessibles, des passages plus calmes et de longues sections encaissées qui permettent d’observer la géologie des gorges depuis leur point le plus bas. Plusieurs prestataires proposent ces descentes entre Ilanz et Reichenau, généralement accessibles aux débutants accompagnés d’un guide, sous réserve des conditions hydrologiques du moment. Les départs sont assurés tout l’été, avec une vigilance particulière lors des épisodes de fortes pluies ou de débit élevé.
Découvrir la Ruinaulta depuis la rivière change complètement la perception du lieu. Les falaises que l’on dominait quelques heures plus tôt s’élèvent comme autant de murailles vertigineuses; le silence alterne avec le grondement des rapides. Et l’on comprend soudain pourquoi ce canyon est souvent présenté comme l’un des plus beaux parcours d’eau vive de Suisse.
Enfin, après une journée de randonnée ou de rafting, difficile de résister à l’appel des lacs qui entourent Flims et Laax. Le plus célèbre, le lac de Cauma, doit autant sa réputation à la transparence de son eau qu’à sa couleur turquoise. Alimenté par un réseau complexe de sources souterraines, il ne dépend pas directement d’un torrent glaciaire, et son niveau varie naturellement au fil des saisons. Quelques centaines de mètres plus loin, niché au cœur de la forêt, le lac de Cresta offre, lui, une ambiance plus discrète.
Laax reste souvent associée à ses snowparks, à ses compétitions de freestyle et à son immense domaine skiable. Mais en été comme à l’automne, c’est un autre univers qui s’ouvre aux amateurs d’outdoor. Un territoire où la montagne se découvre moins par les sommets que par une rivière. Où l’on peut commencer la journée au bord d’un lac, marcher au-dessus d’un canyon vieux de près de dix mille ans, dévaler les alpages à VTT avant de terminer dans les rapides du Rhin. Et ce, sans jamais parcourir de longues distances en voiture. À l’heure où les Alpes cherchent à réinventer leur modèle estival, la région de Flims-Laax s’impose comme un des modèles les plus intéressants à suivre. Preuve qu’il est possible de mettre en valeur un site naturel exceptionnel sans le réduire à un parc d’attractions.





Y aller et se déplacer sans voiture
Depuis la France, Laax est accessible en train via Zurich puis Coire (Chur), avant une dernière liaison en bus postal jusqu’à Flims et Laax. Une fois sur place, la voiture devient largement superflue : bus locaux, remontées mécaniques et trains des Chemins de fer rhétiques permettent de rejoindre les principaux départs de randonnée, les gares situées au fond des gorges et les différents points d’accès au Rhin. Un réseau particulièrement pratique pour les itinéraires en ligne. On peut ainsi partir à pied ou à vélo d’un point et rentrer en train ou en bus sans avoir à revenir sur ses pas.
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Photo d'en-tête : Mathias Wittwer / LAAX