On y voit enfin un peu plus clair à Oliana. Sous prétexte de protéger une zone archéologique, l'accès au site catalan était officiellement bloqué depuis le 18 décembre par un décret publié sans concertation avec les principaux intéressés, Vendredi dernier, quatre grimpeurs — Chris Sharma, Patxi Usobiaga, Nicolas Durand et Victor Fernandez — se sont réunis à la mairie du village tout proche du site, Peramola, avec des responsables locaux et des représentants du Département catalan de la Culture pour débloquer la situation et rassurer les grimpeurs.
Pendant plusieurs semaines, le doute a plané sur l’un des temples sacrés de l’escalade sportive. Oliana, en Catalogne, était-elle sur le point de fermer une partie de ses falaises ? Vendredi dernier, une réunion entre grimpeurs, élus locaux et représentants du Département catalan de la Culture est enfin venue calmer le jeu. Message officiel : l’escalade n’est pas interdite à Oliana. Mais derrière cette clarification, le dossier reste juridiquement fragile.
Un décret tombé sans concertation
Comme nous l’expliquions le 22 décembre dernier, la polémique trouve son origine dans un décret publié le 18 décembre par le gouvernement catalan, sans consultation préalable des grimpeurs ni des élus locaux. « Les activités sportives impliquant l’escalade, le camping et l’allumage de feux sont interdites dans la zone archéologique », indiquait le texte. Objectif affiché : renforcer la protection de peintures rupestres classées à l’UNESCO sur le massif du Roc del Rumbau.
Une mesure lourde de conséquences : le pilier principal du Rumbau concentre plus d’une centaine de voies équipées, dont certaines ont marqué l’histoire de l’escalade moderne. C’est là que Chris Sharma a signé La Dura Dura (5.15c), longtemps considérée comme l’une des voies les plus dures au monde. Pour la communauté, le choc est immédiat.
« Ce n’est pas seulement un site que l’on perdrait, mais un pan entier de l’histoire de l’escalade », résumait alors Chris Frick, grimpeur suisse qui avait passé l’hiver 2023 à restaurer bénévolement les voies d’Oliana, durement touchées par l’incendie de 2022. Pour beaucoup, le décret catalan sonnait comme une double peine infligée à un site déjà fragilisé.
Très vite pourtant, une première fissure apparaît dans l’application du texte. Les autorités locales, non consultées, refusent d’en assurer l’exécution. Le maire de Peramola, Joan Puig, dénonce publiquement une délimitation « extrêmement restrictive », susceptible d’affecter des voies majeures.
Chris Sharma à la négo
C’est dans ce contexte que s’est tenu vendredi dernier, une réunion à la mairie de Peramola. Autour de la table : Chris Sharma, Patxi Usobiaga, Nicolas Durand et Victor Fernandez, face à des représentants du Département catalan de la Culture et des élus locaux.
À la sortie, le ton se veut rassurant. « Il n’y a pas d’interdiction de l’escalade », assure Nicolas Durand, guide en Catalogne. Selon lui, les autorités reconnaissent ne constater aucun impact des grimpeurs sur les peintures rupestres. Le Département précise également que le décret n’est pas une réponse à l’incendie de 2022, mais l’aboutissement d’un processus administratif engagé dès 2019 pour se conformer aux exigences de protection de l’UNESCO. Problème : faute d’espace, le texte a été résumé « en une demi-page », au prix de nombreuses imprécisions, notamment des coordonnées GPS erronées. Elles devront être corrigées lors d’une inspection à venir, à laquelle participeront les grimpeurs présents à la réunion. L’objectif, explique Durand, est simple : vérifier que les peintures ne risquent ni d’être touchées par les pratiquants, ni d’être menacées par une chute de blocs.
À ce stade, les autorités confirment donc officiellement qu'Oliana n’est pas fermé. Le site reste grimpable, mais se trouve dans une zone grise juridique qui devrait être clarifiée sous peu. Un dénouement heureux qui n’est pas sans rappeler celui d'un autre site catalan. À Siurana, la protection de l’aigle de Bonelli avait débouché, après tensions, sur des restrictions saisonnières ciblées, élaborées avec grimpeurs et biologistes. Une solution imparfaite, mais viable.
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