C’est à son ingéniosité que Kai Sato, 39 ans, doit la vie. Parti seul de Californie pour rejoindre Hawaï à bord d'un modeste voilier de dix mètres, l’Américain a accumulé les galères et frôlé de peu la mort. Après avoir perdu son mât et son téléphone puis épuisé son carburant, il s’est retrouvé un mois à la dérive en plein Pacifique. De quoi le plonger dans le plus profond désespoir, jusqu’à ce qu’il repère à bord quelques tubes de PVC et des pagaies de Kayak. Une réparation précaire qui lui permettra de remettre son embarcation en mouvement et de retrouver la route des cargos.
Lorsque son mât casse, Kai Sato se trouve déjà à près de 500 milles (926 km) des côtes californiennes. Deux semaines plus tôt, le 7 juin, l’Américain de 39 ans a quitté la région de Catalina pour rejoindre Hawaï à bord d’un petit voilier de 32 pieds (dix mètres). C’est sa première traversée en solitaire vers l’archipel. Devant lui, quelque 4 000 kilomètres de Pacifique… mais aussi des vents forts et une mer agitée. Une météo qui va faire de la casse : son mât n’y résistera pas. Et le sort va s’acharner sur lui, son téléphone, qu’il utilisait pour naviguer, cesse également de fonctionner.
Sato tente d’abord de faire demi-tour, au moteur. Il met le cap vers la Californie, mais épuise son carburant avant même de pouvoir s’approcher de la côte. Le bateau, toujours à flot mais désormais sans mât ni moteur, est repris par les courants. « J’étais balloté, comme une proie sans défense », racontera-t-il après son sauvetage. Car le courant le pousse vers le sud, toujours plus loin de sa route. « Je ne faisais qu’être emporté, complètement hors trajectoire. » Désespéré, il monte sur le pont et appelle au secours. En vain, bien sûr. Il médite aussi, parle à l’eau, au vent, et s’effondre. « J’ai pleuré pendant une semaine entière, en dérivant vers le sud. Je me sentais totalement misérable », confie-t-il au Hawaii News Now. Il en vient à songer au pire : « À un moment, j’ai même pensé tenter de rallumer le moteur pour me suicider aux gaz d'échappement », raconte-t-il. Il ne passera pas à l’acte.

Des pagaies en guise de mât
Au bout d’environ cinq jours, Sato a bien compris qu’il ne doit plus espérer l’arrivée des secours et, de guerre lasse, entreprend de faire l’inventaire de son bateau. Il n’a plus de mât, c’est vrai, mais il a encore ses voiles. Il tombe également sur des tubes en PVC et des pagaies de kayak. Emportés on ne sait pas trop pourquoi, ils vont changer le cours de son histoire.
Sato parvient à « gréer » ses voiles avec ces piètres moyens. Il n’est pas vraiment sûr que ça va tenir, mais il n’a rien de mieux sous la main. Les pagaies font office de mât et les tuyaux en PVC servent de support aux voiles. Son voilier est loin d'être réparé, mais il peut espérer le faire avancer à nouveau et, qui sait, trouver de l’aide en retrouvant la grande route maritime empruntée par les cargos entre la côte ouest des États-Unis et l’archipel hawaïen. Il n'a pas d'instrument de navigation, aucun moyen de communication, et il lui faudra pratiquement un mois pour y parvenir, car son dispositif sommaire tient. Dès lors, son problème n'est plus d'avancer, mais de rester vivant assez longtemps pour croiser un navire.
Au départ de Californie, Kai Sato avait embarqué de l’eau et de la nourriture pour une courte traversée. Il n’était pas parti pour survivre pendant six semaines. Lorsque le voyage se prolonge, ses réserves diminuent. A commencer par l’eau potable. Sato se retrouve donc à sec une dizaine de jours avant son sauvetage, mais il dispose de seaux, de sacs en plastique et d’eau de mer. De quoi récupérer l’humidité qui se condense à l’intérieur des contenants. Ça marche, mais le rendement est faible : « Je ne faisais que lécher ça pour survivre », raconte-t-il. Un peu de pluie complète cette production sommaire, aussi apparaîtra-t-il très déshydraté lorsque les sauveteurs le retrouveront. Pour manger, il puise principalement dans ses réserves de flocons d’avoine, préparés avec de l’eau de mer, voire attrape quelques poissons quand l’occasion s’en présente.

Sauvé par un cargo de 236 mètres
Le 21 juillet, la roue tourne. Alors qu’il se trouve à environ 1 670 kilomètres d’Hawaï, deux marins de quart du M/V George III distinguent son petit voilier. Avec ses 32 pieds, le bateau de Sato fait piètre figure aux côtés de ce porte-conteneurs long de 236 mètres, exploité sur la ligne entre le continent américain et Hawaï. Sur la passerelle, les marins comprennent que le voilier est démâté et en difficulté. Le cargo dévie de sa route. L’ensemble de l’équipage est appelé pour préparer la récupération. Un challenge, quand on sait que même à vitesse réduite, les deux bateaux ne se déplacent pas de la même manière dans la houle. Il faut réussir à envoyer une ligne à Sato, puis maintenir sa petite embarcation suffisamment près de l’échelle sans qu’elle soit rejetée ou frappée contre le flanc du navire. Après deux tentatives, selon Hawaii News Now, le navigateur réussit à quitter son bord. Encore assez valide pour se déplacer seul, il se hisse le long de la coque du porte-conteneurs et monte sur le George III.
Après 44 jours en mer, dont près de 30, seul sur un voilier démâté, Sato se retrouve dans une chambre propre, sur un navire capable de franchir en quelques jours la distance qu’il cherchait péniblement à réduire. « J’étais euphorique. Je pleurais, j’étais tellement heureux », dira-t-il. « Ils m’ont apporté des fruits et de l’eau. Ces gars ont été si bons avec moi. » Sato séjourne désormais chez un proche à Hawaï. L’épisode ne semble pas lui avoir fait renoncer à la navigation. Il dit déjà envisager un nouveau voyage, vers les Philippines. Mais à bord d’un voilier plus grand cette fois.
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