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Adrift Robertson
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« On s’est juré de ne pas se manger les uns les autres » : naufragés dans le Pacifique sur un radeau avec leurs quatre enfants

  • 31 décembre 2025
  • 7 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Au début des années 70, les Robertson vendent leur ferme laitière et quittent l’Angleterre pour un tour du monde à la voile. Deux ans plus tard, leur voilier, le Lucette, est coulé dans le Pacifique par des orques, à 200 miles des Galápagos. Sans radio ni compas, la famille se retrouve à la dérive avec un radeau pneumatique, une annexe usée et quelques vivres. Ils se font alors la promesse de tout faire pour rester en vie et… de ne jamais se manger les uns les autres.

Ancien officier de la marine marchande reconverti en éleveur laitier, Dougal Robertson tient avec sa femme Lyn une ferme isolée près de Leek, dans le Staffordshire, au centre de l’Angleterre. Le couple élève quatre enfants : Douglas, 18 ans, Anne, 17 ans, et les jumeaux Neil et Sandy, âgés de neuf ans. Une vie à l’écart, simple, exigeante.

La famille Robertson à bord du Lucette à Falmouth avant le départ. Photographie tirée de « The Last Voyage of the Lucette » (Le dernier voyage du Lucette) de Douglas Robertson.
La famille Robertson à bord du Lucette à Falmouth avant le départ. (Photo tirée de « The Last Voyage of the Lucette » de Douglas Robertson)

Changer de vie

Douglas, l'ainé, se souvient d’une enfance coupée du monde. Son père, lui, voit surtout ce qu’il estime manquer à ses enfants. Alors il imagine autre chose. Non pas une fuite, mais une expérience fondatrice. Un apprentissage en mouvement. « Il appelait ça l’université de la vie », dira Douglas plus tard.

Au début des années 1970, les Robertson vendent alors la ferme familiale, engagent toutes leurs économies et achètent un voilier en bois de 13 mètres, une goélette baptisée Lucette. L’idée : partir pour un tour du monde en famille, sans calendrier ni itinéraire figé. La préparation est sommaire. À en croire Douglas, il n’y a même pas eu de véritable sortie d’essai avant le grand départ.

Le 27 janvier 1971, le Lucette quitte Falmouth, en Cornouailles. Dougal Robertson est à la barre. Le bateau sort de la rade, cap à l’ouest. Très vite, la mer se rappelle aux passagers. Une vague casse sur l’étrave, l’eau froide balaie le pont. La famille comprend que ce voyage ne sera ni confortable ni indulgent.

Pendant près de dix-huit mois, le Lucette sillonne l’Atlantique, les Caraïbes, puis le canal de Panama. La navigation est lente. À bord, chacun fait sa part. Les enfants manœuvrent, veillent, apprennent. Le confort est sommaire, la fatigue permanente.

En chemin, un septième passager s’ajoute à l’équipage. Robin, un étudiant rencontré au Panama, embarque pour quelques semaines. À bord, il est traité comme un membre de la famille.

Dix-sept mois après le départ, le Lucette navigue dans le Pacifique. Les Galápagos viennent d’être laissées dans leur sillage. La mer est praticable, la route claire. Rien n’annonce ce qui va suivre.

In an instant, one family's boating trip turns from a magical adventure to a desperate fight for survival. 🌊

Listen to @AppleTV's Adrift, hosted by @beckmilligan.https://t.co/xdg4tX4hnK pic.twitter.com/SgesXNQqug

— Apple Podcasts (@ApplePodcasts) December 19, 2025

Le naufrage

« Nous nous trouvions à 200 miles à l’ouest du point le plus occidental de l’archipel », raconte Douglas dans le nouveau podcast d’Apple Adrift.

« Et là, c’est arrivé… Bang, bang, bang… Trois orques nous ont percutés sans prévenir. J’ai vu juste après l’impact un gros mâle, un tout petit bébé et une femelle, un peu plus grande que le petit. Le mâle avait le crâne fendu et le sang coulait à flots. À mes yeux, les orques ne prennent pas de risques inutiles. On ne saura jamais, mais je pense sincèrement qu’ils nous ont attaqués. Ils devaient penser que nous étions de la nourriture. En heurtant le bateau — une quille plombée de trois tonnes sur un voilier extrêmement solide — il l’a payé de sa vie, très probablement. Et le fait qu’il y laisse sa vie nous a donné le temps de nous échapper. Les orques n’ont jamais essayé de nous attaquer dans l’eau, alors que nous y étions pourtant extrêmement vulnérables.

Nous les avons vues quelques instants, puis elles ont disparu. Nous étions terrorisés. J’ai vraiment pensé que c’était la fin. Que j’allais être mangé vivant. Je n’arrêtais pas de toucher mes jambes, parce que j’avais entendu dire qu’on ne sentait pas les morsures. Elles étaient toujours là. Et je suis resté dans l’eau assez longtemps pour essayer de remettre le radeau en état. »

Une photo prise après le sauvetage pour montrer comment tout le monde a pu monter à bord de l'Ednamair. (Photo tirée de « The Last Voyage of the Lucette » de Douglas Robertson)
Une photo prise après le sauvetage pour montrer comment tout le monde a pu monter à bord de l'Ednamair. (Photo tirée de « The Last Voyage of the Lucette » de Douglas Robertson)

À la dérive

« Ce n’est que le lendemain que nous avons réussi à écoper l’annexe et que nous avons commencé à avancer, réalisant à quel point nous avions eu de la chance d’avoir ce radeau. C’était incroyable. Évidemment terrifiant, tant les conséquences semblaient désastreuses.

Une fois installés sur le radeau, le voilier disparu, notre tour du monde était terminé. En un instant, tout était fini. Et nous voilà assis sur un radeau, à nous demander comment, bon sang, nous allions survivre. Nous ne savions pas quoi faire. Beaucoup de questions, aucune réponse. Nous avions peur, et nous avons récité le Notre Père. Nous étions terrifiés, sans savoir ce que l’avenir nous réservait.

Nous avons vu un poisson volant jaillir hors de l’eau, et une frégate plonger pour l’attraper en plein vol, comme pour se moquer de nous : “Regarde ce que moi je peux faire. Je peux me nourrir, et je ne suis qu’un oiseau.”

Vous, les humains, vous vous croyez si malins… qu’allez-vous faire maintenant ?

Je me suis tourné vers mon père et je lui ai dit : “Mon Dieu, ils ont des millions d’années d’avance sur nous, ces oiseaux.” Et il m’a répondu : “Douglas, nous avons un cerveau. Avec un cerveau, on fabrique des outils. Et avec des outils, on peut combler cet écart.” J’avais des doutes, mais il s’est avéré qu’il avait raison : nous avons fabriqué des outils, pêché du poisson, récupéré de l’eau de pluie et commencé à élaborer un plan.

Nous étions dans une situation qui doit être l’une des pires que l’on puisse imaginer, surtout pour mes parents, assis là avec leurs enfants devant eux. L’issue la plus probable, c’était que nous allions tous mourir. Et ma mère a demandé à mon père :

“Dougal, dis-nous la vérité : est-ce qu’on va mourir ? On a besoin de savoir.”

Il a hésité un instant, se demandant s’il devait nous dire la vérité ou inventer une histoire, nous faire croire que tout allait s’arranger. Et il a choisi de dire la vérité. Il a commencé par revenir au début.

Nous étions à 200 miles à l’ouest du cap Espinosa. Deux degrés au sud de l’équateur. Les alizés de sud-est dans le dos. Nous avions l’annexe, le radeau. Nous étions tous vivants. Tout le monde s’en était sorti, y compris ma mère, qui avait été coincée sous le gréement lorsque le Lucette avait sombré. Les routes maritimes se trouvaient à 400 ou 500 miles au nord. Nous pouvions essayer de les rejoindre. Nous avions de la nourriture et de l’eau pour dix jours. Forcément, quelqu’un finirait par nous repêcher dans ce délai.

Une idée lui est venue : il m’a demandé de ramer jusqu’aux Galápagos avec l’annexe, pendant qu’eux resteraient sur le radeau. On ne le contredisait pas. C’était le capitaine, le chef de famille. Mais pour la première fois de ma vie, je lui ai tenu tête et je lui ai dit que c’était une mission suicide.

Il s’est excusé et a reconnu qu’il n’aurait jamais dû me demander ça. Que c’était effectivement une folie.

À ce moment-là, nous avons fait des promesses, des engagements les uns envers les autres. Très réconfortants. Vraiment très réconfortants, parce que nous avions peur et que l’avenir était terriblement incertain. Nous avions entendu des histoires de survivants qui se mangeaient entre eux, buvaient du sang, ce genre de choses. Nous avons juré que nous ne nous mangerions jamais. Que nous mourrions calmement ensemble, en famille.

Et nous étions une famille. Même Robin, le bateau-stoppeur étudiant, nous le traitions comme un grand frère. Nous avons décidé que nous nous aiderions à mourir, si c’était ce qui devait arriver. Nous ne tenterions jamais de nous manger les uns les autres — pour nous, c’était une abomination.

Mon père a dit : “Je ne me reposerai pas tant que je ne vous aurai pas mis sur un bateau pour rentrer à la maison. C’est ma promesse. Je ferai tout, chaque jour, pour nous rapprocher des secours, de la terre. Je n’abandonnerai jamais.”

Et enfin, nous avons décidé que nous allions tous essayer de rester en vie. Parce que ces promesses ne servaient à rien si nous ne faisions pas réellement l’effort de survivre. Que nous trouvions la terre ou que nous soyons secourus par un navire, nous n’en savions rien. Mais si nous restions en vie, au moins nous serions là pour voir ce qui arriverait.

Nous avons donc scellé ces promesses. C’était extrêmement réconfortant. Comme un pacte, un contrat. Nous avions un objectif commun : tenter de nous sauver. Et c’est ainsi qu’a commencé notre voyage — ce voyage incroyable, insensé, fantastique — vers le nord, au cœur du Pacifique.

La grande différence dans notre histoire de survie, c’est que les leaders — mon père et ma mère — ne cherchaient pas à survivre pour eux-mêmes. Ils s’en fichaient. Mais ils voulaient à tout prix sauver la vie de leurs enfants. »

Ednamair, le canot pneumatique original en fibre de verre de neuf pieds, exposé au National Maritime Museum Cornwall.
Ednamair, le canot pneumatique original en fibre de verre de neuf pieds, exposé au National Maritime Museum Cornwall. (Collection Douglas Robertson)

La survie

Les sept naufragés s’organisent tant bien que mal, répartis entre le radeau pneumatique — prévu pour dix personnes — et l’annexe, l’Ednamair, une coque de fibre de verre d’environ trois mètres.

« Les premières réserves tiennent six jours : quelques bidons d’eau, du pain sec, des biscuits, des oignons, des fruits », écrit Douglas Robertson dans The Last Voyage of the Lucette. Après cela, il faut improviser. Ils récupèrent l’eau de pluie dans des récipients bricolés, tendent des bâches, fabriquent des lignes de fortune. Peu à peu, ils apprennent à pêcher.

La tortue devient leur principale source de nourriture. « Nous buvions son sang quand nous manquions d’eau. Nous faisions sécher la viande, nous la rationnions. Nous faisions fondre la graisse au soleil pour obtenir une huile que nous buvions et que nous étalions sur la peau pour nous protéger du froid », explique Douglas Robertson.

Après seize jours en mer, le radeau pneumatique commence à céder. Le tissu se déforme, les coutures fatiguent. Il devient inutilisable. Les sept naufragés se regroupent alors dans l’annexe, contraints de se relayer pour rester au sec. Le sel attaque la peau. Le soleil brûle le jour, le froid s’installe la nuit.

La dérive se poursuit vers le nord, portée par les vents et les courants. Dougal Robertson garde son cap vers les routes maritimes, fréquentées à plusieurs centaines de miles.

Le sauvetage

La peur est omniprésente. Mais elle est contenue. Le pacte joue son rôle. « Chacun sait ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas », confie Douglas dans le podcast Adrift. « Ce qui a fait la différence n’est pas le courage individuel, mais la structure collective mise en place dès les premiers jours par mes parents. »

Au trente-huitième jour du naufrage, au matin, un bateau apparaît à l’horizon. Un thonier japonais. L’équipage repère l’annexe et le radeau et prend leur direction. Les sept naufragés sont hissés à bord. Amaigris, brûlés par le soleil, mais vivants.

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