Aller sur le terrain, toucher la réalité du bouleversement climatique des océans aux plus hauts sommets de la planète, et partager des solutions innovantes avec les habitants, c’est la mission qu’au début des années 2000 le climatologue suisse Dario Schwörer et son épouse, Sabine, se sont donnée en embarquant sur le Pachamama, un voilier en aluminium de 15 mètres, conçu pour fonctionner de manière durable et entièrement autonome. Partis pour quatre années, voilà 25 ans qu’ils naviguent avec leurs six enfants, tous nés dans des pays différents. À leur actif, déjà 260 000 kilomètres à travers le globe et des milliers d'écoliers rencontrés.
Guide de haute montagne, le Suisse Dario Schwörer est également climatologue. Il a notamment contribué au rapport du GIEC en 2010 sur l'impact du changement climatique dans la région de la Bernina, dans les Alpes helvétiques. Au début des années 2000, il décide de consacrer sa vie à éduquer les générations futures sur la manière de respecter et de protéger la nature. Avec sa femme Sabine, infirmière, il fonde la « TOPtoTOP Global Climate Expedition ». Leur idée ? Être la première expédition à relier tous les climats en traversant les cinq grands océans du monde à bord de "Pachamama", leur voilier et en atteignant les plus hauts sommets de chacun des sept continents. « Au bout de ces quatre années [initialement prévues], nous avons réalisé qu'il nous fallait continuer, » explique Dario Schwörer. « Car il est essentiel pour nous de montrer qu'il est possible d'accomplir de grandes choses en harmonie avec la nature. »

« On ne peut pas remplacer l'expérience de la nature en regardant National Geographic »
Voilà désormais près de 25 ans que le couple navigue sur les mers et les océans du globe, allant, au gré de ses escales, à la rencontre des enfants du monde. Ils en ont à ce jour sensibilisés 150 000 au total. « Leur parler de solutions est le meilleur investissement que l'on puisse faire pour l'avenir, car ce sont eux qui prendront les décisions qui façonneront notre planète » explique Dario Schwörer. « C'est la raison pour laquelle nous voyageons depuis si longtemps : nous nous sommes engagés à visiter autant d'écoles que possible. Nous demandons toujours aux enfants de dessiner leurs propres solutions pour le climat - ils trouvent les idées les plus fantastiques. […] Il a toujours été important de ne pas nous contenter de visiter les endroits les plus importants. Une fois en Afrique du Nord, nous avons passé une semaine à pédaler à l'intérieur des terres depuis notre bateau pour parler à 12 enfants dans le Sahara. Puis nous avons passé une semaine à revenir à vélo ».
Au cours de leur périple, Dario et Sabine Schwörer ont eu six enfants. Le plus jeune a six ans aujourd'hui, l'aînée, dix-neuf ans. Nés entre le Chili, la Patagonie, l’Australie, Singapour, la Suisse et l’Islande, Salina, Andri, Noé, Alegra, Mia et Vital ont été bercés par les embruns. « Nous sommes dehors la plupart du temps » raconte leur père. « Notre toit est le ciel, et l'horizon, nos murs. Nos enfants peuvent voir ce qui se passe en observant le vol d'un albatros ou le dessin des vagues dans l'eau. On ne peut pas remplacer l'expérience de la nature en regardant National Geographic – il faut sortir et sentir la neige sur son visage, ou l'eau autour de soi quand on nage. Ce n’est qu’en ayant vécu cela que vous vous battrez toujours pour la propreté des océans ».



« Dès que l'on accélère, on passe à côté de beaucoup de choses »
Ce que retient le plus famille Schwörer, ce sont les rencontres. « Je me souviens qu'au Vanuatu [en Océanie], j'ai demandé à une femme comment elle conservait la fraîcheur de ses aliments dans un climat chaud, sans électricité » se souvient Dario. « Elle m'a répondu : ‘C'est ça mon réfrigérateur’, en me montrant un pot en argile. Il y avait une double couche. On y verse de l'eau et lorsqu'elle s'évapore, l'intérieur reste frais. C'est de la physique élémentaire. […] Nous avons rencontré des milliers de ces exemples fantastiques, y compris dans les communautés indigènes, mais le reste du monde ne les connaît pas. Pour moi, les solutions les plus inspirantes résident dans les petites choses que les gens font. Lorsque vous partagez ces histoires, l'impact peut être énorme parce que les gens peuvent les adopter sans avoir besoin de beaucoup d'argent ou de haute technologie ».
Quelques-uns des projets achevés par la famille Schwörer au cours des 25 dernières années : ascension des les plus hauts sommets de chacun des 7 continents, construction d'une école pour les enfants autochtones handicapés en Patagonie, mise en place d'un programme de purification de l'eau en Amérique du Sud, d'un projet d'eau solaire avec les Massai, puis les Tonga, lancement d'un programme mondial de distribution de matériel scolaire...
« Ce qui est vraiment précieux, c'est de rencontrer des gens et de partager des expériences avec eux » poursuit le père de famille. « Une expérience peut se produire n'importe où. Dès que l'on accélère, on passe à côté de beaucoup de choses. […] Il suffit d'aller à un endroit, s'éloigner des villes, et d'y passer du temps avec les gens. C'est ainsi que l'on apprend à connaître une autre culture ».
Le projet « TOPtoTOP Global Climate Expedition » se poursuit encore aujourd’hui. Il est en partie soutenu par des dons. Prochain objectif de la famille d'explorateurs suisses : l'Antarctique. Mais aussi la sortie d’un film « Home is the Ocean », prévue pour 2025, retraçant leur histoire. Livia Vonaesch, la réalisatrice, a accompagné la famille pendant sept ans dans leur odyssée mêlant paysages à couper le souffle, et remise en question des normes conventionnelles en termes d'éducation, de foyer, de sécurité que de relations humaines.
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