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Sébastien Raichon Spine Race
  • Aventure
  • Trail Running

95 heures dans la tempête : l’exploit de Sébastien Raichon sur la Winter Spine Race

  • 16 janvier 2026
  • 5 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Quatre jours, trois nuits, de la neige, du vent et de la boue jusqu’aux genoux… en remportant ce jeudi au nord-ouest de l’Ecosse la Montane Winter Spine Race 2026 - 430 km, 10 700 m D+ - le Français Sébastien Raichon a signé l’un des plus grands exploits de sa carrière, au terme d’une course où le froid et la fatigue ont éliminé les favoris un à un, dont John Kelly et Chris Cope. Quelques heures seulement après son arrivée, l’ultratraileur nous raconte comment il a géré cette épreuve hors normes abordée sans entraînement particulier, sans connaître la course et sans jamais s’être confronté à un froid extrême…

Il aura fallu à Sébastien Raichon 95 heures, 43 minutes et 52 secondes d’effort ininterrompu à travers les paysages sauvages du Pennine Way à Sébastien pour franchir, ce jeudi 15 janvier , la ligne d’arrivée à Kirk Yetholm, au nord-est de l’Écosse, en tête d’un peloton décimé par les conditions météorologiques extrêmes. Un exploit « qu’il n’imaginait même pas », nous confie-t-il. Réputé comme l’ultra le plus brutal du Royaume-Uni, la Montane Winter Spine Race 2026, course toujours organisée au plus froid de l’hiver, ne pardonne pas. Et cette année moins encore que les précédentes. De l’avis général, c’est une édition d'anthologie que le traileur vient de remporter, tant les conditions météo étaient éprouvantes.

Disputée entre le 11 et le 15 janvier 2026, la Montane Winter Spine Race couvre environ 430 km avec plus de 10 700 m de dénivelé positif, sans balisage, en semi-autonomie, ce qui en fait l’un des défis les plus exigeants du circuit ultra-trail hivernal européen. Sur les sentiers glacés d’Angleterre, la météo a rapidement fait souffrir les concurrents. Rafales de vent à 80 km/h, pluie verglaçante, neige, boue profonde, des températures tombant jusqu’à -10 °C la nuit, rien n’aura été épargné aux traileurs. Et ceux qui sont partis bille en tête l’ont payé cher. Sébastien l’a joué autrement.

Longtemps placé dans le trio de tête, il n’a pas été immédiatement favori pour la victoire. Roselló Solé, ancien vainqueur de l’épreuve, semblait maître de la course et comptait une avance significative lorsqu’il a abordé la dernière nuit. Mais, submergé par l’extrême froid et la fatigue accumulée, l’Espagnol a abandonné à 25 km de l’arrivée, ouvrant la voie à Raichon pour s’emparer de la première place, fort de ses performances sur la Barkley Marathons, le GR20, la Chartreuse Terminorum, ou encore le Tor des Glaciers.

Contacté quelques heures après avoir franchi la ligne d'arrivée, Sébastien Raichon est totalement épuisé : il n’a dormi que quelques heures en quatre jours et trois nuits. Il trouve pourtant l’énergie de répondre à nos questions, mais il nous prévient : « Écoute, je risque de m’endormir en te parlant ! »

C’était incroyable. Je voulais vivre une expérience, mais avec un scénario pareil, j’ai du mal à réaliser

« Je ne pensais pas gagner, non, parce que j’y allais un peu pour vivre une expérience. Sans entraînement particulier, je ne connaissais pas la course. Je ne m’étais jamais confronté au froid extrême comme ça, en course. C’était inimaginable. Je suis très fatigué parce qu’on a eu des conditions extrêmes tout le long. On a eu juste une demi-journée de temps clair, mais sinon ça a été un peu l’apocalypse tout le temps.

Je crois que c’est une édition collector. On est partis dans la neige, puis il y avait des champs de glace, après de la boue, de la pluie, régulièrement, pour finir dans la tempête de neige la dernière nuit. C’était démentiel. C’est pour ça qu’il y a eu des abandons de partout. C’était l’hécatombe. Pourtant il y avait un très, très haut niveau, et des gens avec de l’expérience.

C’était incroyable, parce que j’étais dans le deuxième peloton, autour de la septième place. Et il y avait les cinq devant qui se sont échappés, qui ensuite ont abandonné, un par un. Jusqu’à l’Espagnol [Roselló Solé] que j’ai vu à 25 km de l’arrivée, au bout de sa vie dans une cabane d’altitude.

Comment j’explique ces abandons ? Sans doute une mauvaise gestion du plan de course ou une mauvaise gestion mentale. L’Espagnol, clairement, c’est un habitué des abandons. Il est bourré de qualités, mais à un moment donné il avait quand même dix heures d’avance sur moi. Il pouvait dormir énormément et finir tranquillement. Mais il a poussé le bouchon trop loin jusqu’à exploser.

Moi j’ai pris mon « rythme de sénateur ». Je n’ai pas la vitesse des gars devant, j’ai 53 ans, et ils sont plus jeunes

Je n’ai pas un passé de marathonien. Devant, il y avait des gars en 2 h 20 au marathon. Donc ils sont capables de partir très vite, et ça c’est au-delà de mes capacités. Sur une Spine, ça court tout de suite. Donc ils sont partis, et moi j’ai pris mon petit rythme. Je me suis dit : tu es là pour une expérience, on verra bien. Les sensations n’étaient pas extraordinaires pendant deux jours. Et puis quand j’ai décidé de faire ma propre course, c’est là qu’ils ont commencé à abandonner. La remontada était galvanisante.

En quatre jours, je n’ai dormi que deux fois 1 h 30 et 3 h 30 sur la fin

C’est la première fois que je gère aussi bien le non-sommeil. Je pense que c’est lié à mes nouvelles activités professionnelles, je suis un peu plus reposé car je me suis mis en disponibilité [il est professeur d'éducation physique],  je développe mes projets d’activité, et je suis libre de mon emploi du temps. Les deux premières nuits j’ai dormi deux fois 1 h 30, sans coup de barre. Il y a juste la dernière nuit dans la tempête où je me suis un peu fait peur parce que le sommeil me tombait dessus. Mais franchement j’ai été impressionné par ma gestion du sommeil. Ça a été hyper agréable. Du coup, j'ai bien profité.  Et je gardais toujours le même rythme alors que les autres explosaient, malgré le froid humide et mes « bobos ». Mentalement c’est hyper intéressant.

C’est la première fois que je cours avec une doudoune

Ça ne me serait jamais venu à l’idée avant, mais j’étais vraiment bien. Côté douleur, je boitais un peu, je montais le genou pour ramener le pied. Sur ces courses-là, des douleurs il y en a toujours. Il faut gérer. Mais je n’ai pas pris de médicaments. Zéro. Le masque que je portais et que des gens ont commenté sur les réseaux ? C’est contre le froid, comme le font les skieurs de fond nordique. Il m’avait été conseillé après le Tor des Glaciers. Je me suis entraîné avec, et la première journée, la plus glaciale, je l’ai faite avec. J’ai perdu l’embout au bout de quinze heures, donc il était un peu instable, mais je pense que c’est une bonne solution pour moi. 

C’est une des courses les plus dures que j’aie jamais faites

C’est une course aventure. Ce n’est pas balisé, tu suis une trace GPS, il y a toute une gestion du sommeil, de l’alimentation, de l’allure. C’est ce que je recherche ! 
Là, mon année est réussie : quand tu as une belle victoire comme ça, c’est déjà génial. Du coup je vais être plus relax sur mes prochains objectifs. Et si tu me demandes si je retournerais sur la Spine Winter ? Non, je ne pense pas. J’ai eu les conditions les plus dures et j’ai gagné. La Pennine Way en rando, oui, parce que c’est magnifique. Mais la refaire en course dans de mauvaises conditions, non. La Winter, c’est coché. Mais la Yukon Arctic, par exemple, oui, ça m’intéresse. Tirer une pulka, être dans une autre ambiance, pourquoi pas. Ce n’est pas forcément le plus dur qui est le plus excitant. Je ne recherche pas la douleur, je recherche l’aventure. Des expéditions plus longues, oui, ça me plairait. Par exemple la traversée des Pyrénées en juin : neuf jours, 900 km, c’est énorme. 

Après, la récup sur une course comme la Spine… C’est surtout mental. Aller puiser au fond de tes ressources, c’est tellement enrichissant pour la connaissance de soi, pour la confiance que ça t’apporte. C’est magique »

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