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SaintéLyon 2023
  • Aventure
  • Trail Running

70 ans de la SaintéLyon : plongée dans l’histoire du plus vieil ultra de France

  • 5 novembre 2024
  • 6 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

La SaintéLyon, c’est un monument. Un mythe dont l’histoire se confond avec celle de la course à pied moderne. Car si en 1952, seule une poignée de courageux randonneurs s'est engagée sur cette épreuve extrême, disputée de nuit, dans des conditions quasi-hivernales, ce sont 17 000 coureurs - répartis sur huit épreuves - qui vont s’élancer le 30 novembre prochain à travers les collines des Monts du Lyonnais. Une expérience à la croisée entre sentiers et bitume, « à vivre au moins une fois dans sa vie », disent ceux qui l’ont faite et, bien souvent, y reviennent d’année en année.

30 novembre 2024. Près de 7500 « stakhanovistes noctambules de l’effort » prendront le départ de la 70e édition de la Doyenne, une épreuve définitivement à part. 82 kilomètres entre Saint-Etienne et Lyon, 2273 mètres de dénivelé, des températures négatives… Le tout dans des conditions dantesques, entre vent glacial, neige, pluie et boue. 

« Pourquoi tant d’efforts ? », interrogeait un journaliste de France 3 en 1991, dans le cadre d’un reportage à retrouver ci-dessous. « Des fois, je me demande franchement », lui avait répondu une inconnue. « Au milieu de la nuit, je me demande vraiment. En général, ce sont les paysages, ces choses-là. Mais là, de nuit, pas du tout. Il faut être un peu fada, c’est vrai. Mais j’aime bien ». 

Une épreuve réservée aux marcheurs

Au départ, la SaintéLyon, « c’est un raid créé par des cyclistes, premier paradoxe  ! » rembobine Michel Sorine, l'actuel directeur de la course. « Alors que les hivers étaient très rigoureux, neigeux, ils ne pouvaient plus faire de vélo dès le début du mois de décembre. Alors, ils allaient rendre visite à leurs compères stéphanois par les Monts [du Lyonnais, ndlr]. Ça leur prenait deux jours ». 

Roger Benetiere, vainqueur de la première édition 1952
Roger Benetiere, vainqueur de la première édition 1952 OU EST IL SUR LA PHOTO ?

Quelques hivers plus tard, en 1951, les cyclos stéphanois et lyonnais décident d’en faire une épreuve chronométrée de 60 kilomètres, organisée sur deux jours via le GR7, réservée aux marcheurs. La première édition a lieu le 26 janvier 1952. À l’époque, ils ne sont qu’une quinzaine à tenter l’aventure, « arborant chaussures de montagne et sacs à dos » détaille l’organisation sur son site web. « Le raid s’effectue sur deux jours avec coucher dans une auberge à Sainte-Catherine. L’objectif essentiel est alors le maintien de la forme des cyclotouristes lors de la saison hivernale ». On était bien loin d’imaginer, à cette époque, qu’il était possible de relier les deux grandes métropoles régionales en courant sans interruption. 

La SaintéLyon en 10 dates clés

1952 : 26/27 janvier, quinze pionniers s’élancent depuis Lyon pour rallier Saint-Etienne
1960 : un premier record de participation (54 marcheurs au départ)
1971-1978 : Michel Delore, octuple vainqueur du « raid pédestre Lyon-Saint-Etienne ». « En 1972, il bat son propre record en bouclant les 63 kilomètres en 7h25 » rapporte Le Progrès. « C’était le temps que mettaient au XIXe siècle les diligences pour relier Lyon à Saint-Etienne par la vallée ». 
1973 : intégration du sentier du « Bois d’Arfeuille », découvert par John Cuzin, l’un des responsables du parcours. C’est, depuis, devenu un incontournable passage nocturne, à la sortie de Sainte-Catherine.
1976 : un édito titré « Marche ou cours », signé Pierrick Eberhard, journaliste au Progrès, dénonce un petit scandale. Les cinq premiers de cette édition sont soupçonnés d’avoir couru. 
1977 : apparition du « style libre », rendant la course à pied officiellement autorisée. 
1990 : 8 décembre, des 889 engagés partis sous quelques flocons épars depuis la Halle Tony Garnier, à Lyon, seuls 96 rescapés ont réussi à traverser les Monts du Lyonnnais, tapissés par un mètre de poudreuse.
2001 : à deux doigts de disparaître à la fin des années 90, la SaintéLyon, relancée par la société « Extra Sports » renaît de ses cendres.
2010 : la neige fait son grand retour, provoquant une vive inquiétude quant à la tenue de l’événement. Résultat : une épaisse couche de poudreuse sur la 1ere partie de la course, beaucoup de verglas à l’approche… et plus de cinquante hospitalisations. Du jamais-vu !
2021 : Asics devient partenaire en titre de la SaintéLyon.
Source : Le Progrès 

L’élan s’essouffle dans les années 90

Dans les années 70, la triche s’invite : certains marcheurs se mettent à courir. Facile de frauder, quand il fait nuit. « Si bien qu’en 1977, les participants ont désormais le droit de courir », retrace Michel Sorine. Viennent ensuite les années 80 qui emmènent avec elles l’engouement populaire pour ce qu’on appelle alors « le jogging ». De là, les comptes explosent. « En 1985, on enregistre 4 000 inscrits », poursuit l’organisateur. « Sauf que les participants ne sont pas préparés à une telle distance. Plus de 70 % d’entre eux abandonnent. Chose qui arrive de moins en moins aujourd’hui ». Passé l’effet de mode, la SaintéLyon est à la suite de cette édition mise au rang des épreuves très difficiles. Elle voit donc sa fréquentation chuter et devient une affaire de spécialistes. 

SaintéLyon 1986
SaintéLyon 1986

Les années 90 confirmeront cette tendance. L’édition de 1990 va d’ailleurs marquer les esprits. « À minuit, il commence à neiger au départ à Lyon et la couche de neige atteint rapidement 70 cm au col de la Gachet (748 m) » raconte l’organisation. « Impossible dans ces conditions de garantir les secours et l’acheminement des ravitaillements. Les organisateurs décident d’arrêter la course à Sainte-Catherine, mais 80 concurrents continuent malgré tout et franchiront en héros la ligne d’arrivée à Saint-Etienne ». Des épreuves en relais seront lancées par la suite. Pas suffisant pour relancer l’épreuve qui, à bout de souffle, n’est désormais organisée que tous les deux ans. 

L’évolution du parcours de la SaintéLyon : un parcours roulant certes, mais non moins exigeant

Jadis de 60 kilomètres lors des premières éditions, le parcours de la SaintéLyon s'est rallongé sur la fin des années 2000, allant jusqu'à 75 kilomètres lors de la soixantième édition en 2013. Même progression en termes de dénivelé. Ce dernier va dépasser en 2018 les 2 000 mètres, une première dans l’histoire de la course ! L'évolution de l’épreuve donne aussi de plus en plus d'importance aux chemins. Puisqu’en 1952, le parcours était à près de 90 % routier. Contre 60% en 1976, 50% en 2012 et 35% pour l’édition 2024. Quoiqu’il en soit, le parcours conserve ses passages classiques : montée à la sortie de Sorbiers, col de la Gachet, Sainte-Catherine, bois d'Arfeuille, Soucieu-en-Jarrest, Chaponost, montée entre les aqueducs de Beaunant et La Mulatière (arrivée sur Lyon). 

Le jour de l’épreuve, les premiers kilomètres au départ de Saint-Etienne sont plutôt roulants. Mais une fois la ville et son bitume derrière vous, les premiers chemins qui grimpent dans les monts du Lyonnais arrivent très vite. C’est là que se situe le vrai départ de la course, lorsqu’arrive la partie la plus technique et les montées. S’ajoutent également les flaques de boue… et les rafales de vent sur les plateaux. De quoi prendre la température de ce qui vous attend d’ici les prochaines heures. Le tracé monte progressivement durant toute la première partie jusqu’à près de 900 mètres d’altitude, avant de redescendre de 200 mètres vers Sainte-Catherine, au kilomètre 30, où se situe un gros ravitaillement. La deuxième partie, tout de même ponctuée par l’ascension du Signal (934 m), point culminant de la course, est nettement plus roulante : on redescend vers Lyon plus ou moins régulièrement jusqu’au ravitaillement de Soucieu-en-Jarrest, au kilomètre 55. Enfin, les derniers kilomètres de la SaintéLyon sont très urbains, pas très esthétiques diront certains. Vous attendent également des montées à 20-30% sur du béton, ponctuées de quelques descentes bien cassantes dans les fameux escaliers du chemin du Grapillon avant de rejoindre les quais menant à la Halle Tony Garnier où se trouve la ligne d’arrivée.

À noter que le parcours 2024 a été rallongé de 4 kilomètres pour faire la part belle à tous les passages qui ont marqué l’histoire de l’épreuve : Bois d’Arfeuille, Montée du Rampeau, Bois des marches, Signal de Saint-André la Côté…

La résurrection des années 2000 

Conscient du potentiel d’un tel événement, le CT Lyon, club organisateur de l’épreuve depuis l’origine, décide, en 2001, période de l’avènement du trail, de s’adjoindre les services d’Extra Sports afin de donner une toute nouvelle dimension à l’épreuve. Michel Sorine en sera le nouveau directeur. « En l’espace de 15 ans, on a redonné un rythme annuel à la SaintéLyon et multiplié la participation par plus de 10 », se félicite-t-il. « Nous sommes passés de 1500 coureurs en moyenne à 17 000 ». Le nombre de dossards le plus élevé de France côté courses natures. 

D’autres épreuves sont parallèlement lancées. Avec, en tête, la LyonSaintéLyon (l’aller-retour). Cinq participants tenteront de l’effectuer en 2003, quatre y parviendront. Parmi eux : Michel Poletti, organisateur de l’UTMB. S’en suivent des années d’anthologie : celle de 2010 pour ses 40 centimètres de neige d’abord. Mais aussi celle de 2020, annulée à un peu plus de 50 jours de l’événement, la situation sanitaire ne cessant d’empirer et les restrictions de se durcir. Sans parler de celle de 2021. Cette édition-là, organisée l'année où Asics devient partenaire titre de la SaintéLyon, se tient sans encombre quelques semaines avant la 6e vague de Covid. Doublement chanceux, les 15 000 partants bénéficient de conditions magiques avec l’apparition de la neige au départ.


De 13 à 164 kilomètres : les huit épreuves de la SaintéLyon

La SaintéLyon 

  • 82 km ; 2 273 D+
  • Départ : 30 novembre, à 23h30

La Lyon SaintéLyon

  • 164 km ; 4829 D+
  • Départ : 30 novembre, à 9h00

La SaintéLyon (relais par 2)

  • Relais 1 – Saint-Etienne à Sainte-Catherine (33km ; 1 173 D+)
  • Relais 2 – Sainte-Catherine à Lyon (49km ; 1 100 D+)
  • Départ : 30 novembre à 23h30

La SaintéLyon (relais par 3)

  • Relais 1 – Saint-Etienne à Sainte-Catherine (33 km ; 1 173 D+)
  • Relais 2 – Sainte-Catherine à Soucieu-en-Jarrest (27 km ; 730 D+)
  • Relais 3 – Soucieu-en-Jarrest à Lyon (22 km ; 370 D+)
  • Départ : 30 novembre, à 23h30

La SaintéLyon (relais par 4)

  • Relais 1 – Saint-Etienne à Saint-Christo-en-Jarez (20 km ; 793 D+)
  • Relais 2 – Saint Christo-en-Jarez à Sainte-Catherine (13 km ; 380 D+)
  • Relais 3 – Sainte-Catherine à Soucieu-en-Jarrest (27 km ; 730 D+)
  • Relais 4 – Soucieu-en-Jarrest à Lyon (22 km ; 370 D+)
  • Départ : 30 novembre, à 23h30

La SaintExpress

  • 45 km ; 906 D+
  • Départ : 30 novembre, à 23h00

La SaintéSprint

  • 24 km ; 347 D+
  • Départ : 30 novembre, à 23h00

La SaintéTic

  • 13km ; 233 D+
  • Départ : le 30 novembre, à 22h30

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