Six femmes seront au départ du Vendée Globe 2024, le 10 novembre aux Sables d'Olonne. Violette Dorange en fait partie. La Française s’élancera à bord de son Imoca, « Devenir », l’ancien bateau de Jean Le Cam, l’un de ses mentors. A 23 ans seulement, elle est loin d’être la moins expérimentée de ce tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, dont elle rêve depuis sa plus tendre enfance. Car entre ses traversées de la Manche et du Détroit de Gibraltar en Optimist, sa Mini Transat, et ses trois participations à la Solitaire du Figaro - antichambre du Vendée Globe, où elle a terminé à la 10e place en 2022 - Violette Dorange s’est déjà tracé un joli sillage dans le monde de la course au large.
« Je me suis toujours dit que c’était pour moi. Depuis toute petite, je suis allée voir les départs, la descente du chenal des Sables » raconte Violette Dorange. « Être un jour à leur place, ça a toujours été un objectif de vie. À la fin de ma première Solitaire du Figaro en 2020, j’ai senti que la fenêtre de tir était bonne et qu’il pouvait y avoir une opportunité. C’est vraiment à partir de là que je me suis lancée dans le défi de le faire, et comme je n’aime pas abandonner un défi, j’en suis là aujourd’hui ».

« J’aimais sentir que je vivais quelque chose de différent »
« Violette est une fille sympa, mais sur l’eau, c’est une teigne », s’amuse le père de la jeune navigatrice qui n'est sans doute pas pour rien dans la passion de sa fille. « En vivant à La Rochelle, mes parents tenaient à ce que nous fassions un sport de mer. Je suis la petite dernière, j’ai donc suivi les pas de mon frère et de ma sœur » explique-t-elle. « J’ai commencé par l’Optimist dès l’âge de 6 ans. Je n’aimais pas vraiment ça au départ. Le déclic m’est venu en démarrant la compétition. J’ai remarqué que j’aimais ça. J’aimais sentir que je vivais quelque chose de différent ».
S'en suit un cursus assez classique : classe Optimist, sport-études au lycée et enfin, découverte de la course au large. Le tout avec une précocité des plus remarquables : traversée de la Manche à seulement 15 ans. Avant de s’attaquer, un an après, au détroit de Gibraltar. Quelques années plus tard, lors de la Mini Transat en 2019, elle devient la plus jeune à traverser l'Atlantique. À l’arrivée, en Martinique, elle est 16e sur 65 au classement final. Regonflée à bloc, elle s’essaie au circuit Figaro, où les plus célèbres navigateurs se sont fait les dents. Violette s’y alignera pendant trois années consécutives (en 2020, 2021 et 2022). Avant d’annoncer vouloir participer au Vendée Globe 2024.

Et dans tout cela, ses parents l’« accompagnent de leur mieux », disent-ils. À 17 ans, bac S avec mention « très bien » en poche, Violette a fait le choix de renoncer aux études d’architecte dont elle rêvait. Faute de cursus permettant de les concilier avec la voile de haut niveau. Alors, à l’image des vainqueurs du Vendée Globe François Gabart (2014) et Armel Le Cléac’h (2016), elle choisit l’INSA, filière « génie physique et matériaux».
Son objectif ? « Terminer. Et être la plus heureuse possible »
Voilà désormais un an qu’à la fin de son master 1 la jeune femme a mis ses études d’ingénieure en pause. « Le carbone, l’électronique, la mécanique, les voiles, l’apprentissage des réparations… Je n’arrivais plus à tout faire », concède-t-elle. Car en parallèle de sa vie étudiante à Rennes, Violette Dorange a passé ces quatre dernières années à se préparer, à chercher des sponsors, monter une équipe et un projet solide. Elle a notamment dû prendre en main son Imoca, « Devenir » en seulement un an et demi. « C'est un gros challenge d'apprendre à manœuvrer, à ne pas faire d'erreurs, car les erreurs peuvent coûter cher sur ce type de bateau » détaille-t-elle. « J'ai beaucoup travaillé et maintenant, je me sens beaucoup mieux sur mon bateau et je me sens prête pour le Vendée Globe ».

Ce bateau, c'est Jean Le Cam, le doyen de cette 10e édition de la course, qui le lui a vendu. « C'est très fort le fait que Jean m'ait confié son bateau adoré [sur lequel il a disputé les deux derniers de ses cinq Vendée Globe, ndlr] parce que c'est un bateau qu'il a gardé pendant pas mal d'années, il s'en est très bien occupé. Le fait qu'il accepte de me le revendre, c'était déjà un gage de confiance » s’enthousiasme la navigatrice. « Ça m'a permis de me dire : ‘Si Jean me fait confiance, ça veut dire que je peux peut-être y arriver’ ».
« Le Vendée Globe c'est l'Everest des mers, comme beaucoup disent, mais c'est vraiment le cas pour moi, parce que c'est le départ vers l'inconnu » conclue-t-elle. « J'ai fait huit traversées de l'Atlantique, mais je n'ai jamais navigué dans d'autres mers que l'Atlantique Nord. Donc ça va être un vrai challenge d'aller découvrir les mers du sud, de passer le Pot-au-Noir, l'Équateur, les différents caps… Vivre trois mois, en solitaire, sans escale, sans assistance ». Son objectif ? « Terminer. Et être la plus heureuse possible en mer. Mais je pense que si le premier est rempli, le deuxième suivra forcément ».
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