S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Dawa Sherpa et Xavier Thevenard
  • Aventure
  • Trail Running

UTMB: Interview croisée de Dawa Sherpa et Xavier Thévenard

  • 28 août 2019
  • 8 minutes

Camille Belsoeur Camille Belsoeur

Ils ont franchi en tête la ligne d’arrivée de l’Ultra-trail du Mont-Blanc à quinze ans d’intervalle. Dawa Sherpa a remporté la première édition en 2003 et Xavier Thévenard la dernière en 2018. Outside a confronté leurs points de vues sur l’évolution du trail, leurs souvenirs de l’UTMB et leur lien avec la montagne. Une vraie leçon de vie.

Deux vainqueurs de l’Ultra-trail du Mont-Blanc, deux époques différentes. En 2003, le Népalais Dawa Sherpa, âgé de 49 ans, bouclait une incroyable aventure en remportant le premier UTMB de l’histoire en 20h05min. L’épreuve ressemblait alors plus à une aventure qu’à une course. S’élancer de Chamonix avant d’y revenir par l’autre bout de la vallée en accomplissant une boucle autour du massif du Mont-Blanc semblait être un truc de dingue à l’époque des pionniers de l’ultra-trail. D’ailleurs, seuls 67 finishers sur 700 partants avaient terminé l’édition originale. Désormais installé en Suisse avec Annie, sa femme, Dawa Sherpa continue à accrocher des dossards à son maillot pour le plaisir. Dernier vainqueur en 2018, Xavier Thévenard, 31 ans, représente lui le nouveau visage du trail. Trois fois lauréat de l’UTMB, le Jurassien est un pur professionnel de par sa démarche sportive où il mesure tout au millimètre : son alimentation, son entraînement et même ses battements cardiaques pour connaître son état de forme. Il sera une nouvelle fois sur la ligne de départ le 29 août pour tenter de devenir le premier athlète masculin à compter 4 victoires au palmarès.

Nous avons interrogé ces deux figures du trail sur leur lien avec l’UTMB et leur regard sur l’évolution de la discipline depuis 15 ans.

Xavier, quel souvenir as-tu du premier UTMB remporté par Dawa Sherpa ? Avais-tu suivi cette aventure à l'époque ?

Xavier Thévenard : C’est bien loin tout ça, une autre époque, car les médias n’étaient pas du tout ceux d’aujourd’hui ! Les  premiers échos que j’ai eu de cette course, c’était lors d’un Tour du Mont Blanc en randonnée. A l’époque, j’étais en sport étude Biathlon à Pontarlier et nous terminions toujours l’année par une semaine de randonnée. Il se disait qu’il existait une course sur cet itinéraire et qu’un Népalais avait fait le tour en 20 heures. Je trouvais ça fou à l’époque, irréalisable, moi il me fallait une semaine et au bout de 5 heures de course en montagne,  j’étais sec ! Puis j’ai vu un reportage sur Dawa à la télé, j’ai trouvé le personnage fascinant et mystérieux, j’ai appris à le connaître depuis. Je me rappelle aussi d’une interview chez lui en Suisse, j’étais un très jeune coureur, le journal Nordic mag nous avait réunis. J’étais fasciné par son trophée de l’UTMB exposé chez lui, je me disais que ce serait pas mal d’en avoir un dans mon salon un jour moi aussi …

Dawa Sherpa, lors de l'UTMB 2012 (UTMB)
Xavier Thévenard, UTMB 2018 ( UTMB)

Il est vrai que vous avez également cette passion commune pour le ski de fond. Xavier a été skieur de fond et biathlète et Dawa a appris le ski de fond sur le tard pour représenter le Népal aux Jeux olympiques d’hiver dans cette discipline...

Dawa Sherpa : Je me rappelle avoir croisé plusieurs fois Xavier en ski de fond dans le Jura (Xavier pratique la discipline l’hiver dans son Jura natal). J’ai passé pas mal de temps dans la région pour pratiquer le ski de fond et m’entraîner pour les JO. L’hiver, le Jura est le paradis de la discipline. Le ski de fond est une bonne préparation pour le trail. C’est un sport de glisse et ça change de la course à pied, mais si vous faites beaucoup de kilomètres c’est un bon complément. Par contre je trouve que le Jura l’été ce n’est pas exceptionnel, ce sont de petites collines (rire).

Xavier Thévenard : Comment as-tu commencé la compétition, Dawa ?

D.S. : Mon premier sport, ce sont les arts martiaux. Un jour, un Suisse est venu organiser une course par étapes dans l’Himalaya et il cherchait des coureux locaux pour participer avec les Européens. Mon frère était dans l’organisation et il m’a dit que ça serait bien que je prenne le départ comme j’étais sportif. C’était une course de 6 ou 7 étapes et je ne courais pas, mais comme on marchait beaucoup en montagne je me suis dit “on va voir”. Et j’ai fait cette course !

Le trail a beaucoup changé depuis le premier UTMB en 2003. Quel regard portez-vous sur cette évolution ? L’esprit du trail a t-il changé ?

D.S. : Les traileurs sont devenus des sportifs exceptionnels. Pour faire les performances qu’ils font, il faut s’entraîner énormément. Moi personnellement, quand je gagne en 2003, je n’ai aucune préparation spécifique. Comme à l’époque on pouvait faire le choix d’arrêter notre course à Courmayeur ou à Champex, je me disais : “on verra bien comment sont les jambes”. Finalement ça allait, donc j’ai continué jusqu’à Chamonix (rire). Ma victoire n’est pas comme celles de Xavier ou de Kilian (Jornet). C’était de l’aventure, alors qu’aujourd’hui c’est de la compétition. Je ne comptais pas combien de kilomètres je courais à l’entraînement et je ne faisais pas attention à ce que je mangeais : c’était du loisir. Il y a eu beaucoup de changements. C’est normal. C’est sûr qu’à l’époque c’était inconcevable de se priver dans notre alimentation par exemple. Le matériel a beaucoup évolué aussi. À l’époque, je courais avec un tee shirt et des chaussettes en coton. Cela a évolué tellement vite qu’il n’y a peut-être plus de marge de progression maintenant. Ce que je trouve dommage c’est qu’aujourd’hui pour s’inscrire à une course de trail c’est digne des Jeux olympiques. Il y a tellement de démarches à faire.

X.T. : C’est quoi l’esprit trail ? Je n’ai jamais été à l’aise avec cette expression. Chacun a ses convictions et vit sa pratique en âme et conscience. Mes convictions, ma conception de l’activité et le sens que je lui donne n’ont pas changé depuis que je suis adolescent. Pas d’un millimètre !  Le sport professionnel, les médias, la notoriété … tout cela est nouveau, je le considère avec intérêt, mais ce n’est pas mon kiff. Attention, je ne le rejette pas, car j’en bénéfice, mais je ne cours pas après … Le fait que l’on me demande un selfie ou un autographe reste pour moi mystérieux, je suis ravi de faire plaisir, de voir les gens sourire, mais cela ne m’apporte rien en terme d’énergie. Ce n’est pas mon moteur. Ce qui me fait aller en montagne tous les jours, c’est le plaisir intense que j’ai à courir, skier ou pédaler …juste parce que c’est bon et que je me sens vivant !

Xavier Thévenard, UTMB 2018 ( UTMB)
Dawa Sherpa, TDS 2012 (UTMB)

Mais est-ce qu’il y a quelque chose qui te déplaît dans le trail Dawa ?

D.S : Je n’aime pas quand il manque le côté humain à une course. Par exemple, si certains ne respectent pas les autres ou trichent. Plus généralement, si c’est trop égoïste ou trop axé sur la performance, cela me déplaît.

Vous avez tous les deux une histoire d’amour avec l’UTMB. Dawa est remonté deux fois sur le podium après sa victoire initiale et Xavier a remporté trois fois la course. Qu’est-ce qui pousse à retourner sur la ligne de départ quand on a déjà gagné l’épreuve ?

D.S. : J’ai couru toutes les courses autour du Mont-Blanc. J'ai dû participer 4 ou 5 fois à l’UTMB. J’ai aussi fait la TDS, la CCC… Je connais chaque col du massif (rire). J’ai des amis dans les refuges, j’aime m’y arrêter pour les saluer. Et puis, le massif du Mont-Blanc c’est magnifique. Mais maintenant, je n’irai plus sur l’UTMB car je l’ai couru un paquet de fois et il y a tellement de courses que je ne connais pas. J’aime découvrir de nouveaux endroits.

X.T. : C’est drôle car cette question revient si souvent ! Tout d’abord parce que le parcours est beau, le Mont Blanc ce n’est jamais banal. L’ambiance est particulière ici, cette connexion avec la haute altitude, les glaciers, la verticalité… c’est une belle trace. Ensuite, je suis un peu « né » à Chamonix, avec ma première CCC. Cela a été le départ d’une sacrée aventure, ma vie a changé en un soir ! Puis les succès se sont enchaînés ici : TDS, OCC, 3  fois l’UTMB , 2 fois le 80 km du Mont-Blanc. Bref, tous les cailloux me rappellent des moments forts, des sensations, des sourires, des émotions avec ma famille, mon clan et le public… et je m’en nourris, cela me donne de l’énergie. Comme un cercle vicieux !

Dawa Sherpa : Xavier, quel est ton meilleur souvenir sur l’UTMB ?

X.T. : Les arrivées sont toujours de bons moments ! Mais je dirais que ma victoire en  2015 est un très bon souvenir. C’est tellement cool le sport comme ça, c’est pour ça qu’on se donne temps de mal à l'entraînement. C’était si facile, des belles sensations dès le départ, une nuit magique, bref un vrai état de flow, que du plaisir, je pouvais faire ce que je voulais de mon corps. Bon… après Trient, la chaleur m’a bien calmé et j’ai dû me faire sacrément mal pour boucler le tour, mais sinon c’était un beau moment, tu dois comprendre ce que je veux dire, car tu as dû le vivre aussi !

Dawa est originaire du Népal, le pays des sommets de plus de 8000 mètres. Xavier, que t'inspirent ces montagnes ? Connais-tu la très haute altitude ?

X.T. : Oui j’y suis allé en 2011, juste après les Templiers et mon premier succès sur l’Endurance Trail . Pendant un mois avec un pote, nous avons pas mal bougé en faisant notamment le tour des Annapurna, un beau trip bien rugueux où on a eu un peu froid aux doigts ! Pour ce qui est des 8000 mètres, à ce jour c’est pour moi un autre monde ! Je ne suis pas un alpiniste, j’ai fait quelques sommets, mais j’y suis un étranger. À 4000 mètres j’ai du mal, alors je n’imagine même pas à 8000 ! Et surtout, je ne me sens pas du tout à l’aise avec l’idée de prise de risque. Se dire qu’il y a des chances que je ne revienne pas, ce n’est pas dans ma conception du sport et de la vie en général. Je m’éclate en montagne au quotidien, mais je ne prends jamais de risques.

Revenons au trail. Dawa je crois que tu participes toujours à des courses pour le plaisir, sans l’aspect compétition ?

D.S. : Oui, j’étais en Suisse où j’ai couru Sierre-Zinal (sa femme nous précise qu’il a terminé sur le podium en catégorie V2, ndlr). Si j’écoutais ma femme, j’irais d’ailleurs participer à des courses tous les weekends (rire). Mais dans la vie, il n’y a pas que le trail. Il y a plein d’autres choses à faire donc j’ai levé le pied pour la course. C’est important d’avoir un équilibre personnel. C’est pour ça que je voudrais demander à Xavier comment sa famille le soutient pour les courses ? Est-ce aussi important que celui du sponsor ?

X.T. : La famille c’est important, tout d’abord pour mon propre équilibre, j’ai besoin de sentir que mon entourage va bien, c’est même parfois inconscient je crois ; s’il y a un problème familial, que ce soit de santé ou un stress quel qu’il soit, ça m’affecte …. Le cocon est donc important pour moi, ça décuple mon énergie. Peut-être d’ailleurs que si je gagne ici plus souvent qu’ailleurs, c’est que je sens autant d’énergie autour de moi… Ensuite le soutien de mes sponsors est déterminant, car cela me donne une qualité de vie au quotidien inestimable. Ce confort financier et matériel sur du long terme, cela change tout. Je peux programmer mes journées comme je le souhaite, j’ai le temps et les moyens de tout faire pour progresser, c’est un vrai luxe. Enfin le staff c’est encore une autre dimension. Bosser avec des professionnels au quotidien et dans la durée avec un staff stable, en qui j’ai confiance, limite quand même les problèmes. Je peux compter sur eux : assistants, coach, ostéo, manager, médecin … Le sport de haut niveau tout seul c’est impossible, il faut plusieurs cerveaux ! Mon staff est là au quotidien depuis des années et il a une approche plus technique moins influencée par l’affectif que la famille, car dans le sport pro, il faut parfois avoir une analyse froide des problèmes, se dire des choses difficiles en étant honnête et en gardant ses convictions. Et j’ajouterais aussi que mes partenaires de team sont importants…bref tout ce petit monde est mon « clan » et j’en ai besoin.

Dawa, que penses-tu de tout cet entourage qui prend soin des meilleurs traileurs aujourd’hui ?

D.S. : Je ne côtoie pas beaucoup les athlètes professionnels car ils arrivent à chaque fois juste avant le début des courses. On ne les voit pas beaucoup avant le départ. Ils sont plus difficiles d’accès, car les gens des teams font un peu les gendarmes autour d’eux. Mais c’est normal, car il y a beaucoup de monde qui les sollicite. Du coup, il n’y a pas trop la possibilité de boire un coup et de discuter avec eux. Xavier ou Kilian, ils sont très protégés. Mais je vois encore Vincent Delebarre ou Christophe Jaquerod, mes amis et rivaux de l’époque (le Français Vincent Delebarre a remporté l’UTMB en 2004 et le Suisse Christian Jaquerod l’a gagné en 2005). On boit un verre ensemble à l’occasion.

Merci à vous deux. On vous retrouve vite dans la vallée de Chamonix. Dawa Sherpa est derrière le stand de l’UCPA dressé dans le village départ de l’UTMB et Xavier Thévenard sera au départ de l’ultra-trail de 170 kilomètres pour tenter de devenir le seul athlète avec 4 victoires au palmarès !

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

UTMB Nice
La rédaction

L’UTMB Nice Côte d’Azur sous les menaces d’Eric Ciotti

Michel Poletti
Marina Abello Buyle

Le Chemin de Compostelle de Michel Poletti : relier les courses de l’UTMB à pied

Départ UTMB 2025
La rédaction

Le trail, prochain terrain de jeu des paris sportifs ? 

MaxiRace 2024
Sylvie Sanabria

UTMB, Marathon du Mont-Blanc, Maxi-Race, Templiers… les courses de trail face à la fermeture des sentiers

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications