Le débordement d’un lac glaciaire dans l’état indien du Sikkim, zone coincée entre le Népal et la Chine, située au pied d’un glacier proche du Kangchenjunga, le troisième plus haut sommet du monde, a provoqué hier un désastre. Des dizaines de personnes ont été emportées par de violentes crues et le bilan ne cesse de s’alourdir alors que les secours peinent à intervenir, routes et ponts ayant été balayées par les tonnes d’eau s’échappant du glacier suite aux pluies intenses qui se sont abattues sur la région. Connu sous le nom de GLOF, ce phénomène accentué par le réchauffement climatique menacerait potentiellement plus de 15 millions de personnes dans le monde selon les experts, et les Alpes ne seraient pas épargnées.
Le Sikkim a reçu 40,9 millimètres de pluie entre mardi et mercredi matin, selon le département météorologique indien (IMD), soit près de cinq fois son taux normal de 8,6 mm pour cette période de l'année, explique l’agence Reuter. Le déferlement d'eau s'est produit après que d'intenses précipitations ont fait éclater le lac de haute altitude de Lhonak, situé à la base d'un glacier dans les sommets entourant la troisième plus haute montagne du monde, le Kangchenjunga. Le lac Lhonak a brutalement diminué de près de deux tiers, soit une superficie équivalente à environ 150 terrains de football (105 hectares), comme le montrent des photographies satellites publiées par l'Organisation indienne de recherche spatiale. Propagé en aval, le mur d'eau a rejoint une rivière déjà gonflée par les pluies de mousson, endommageant un barrage, balayant des maisons et des ponts, et causant de "graves destructions", selon le gouvernement de l'État du Sikkim.

Les recherches, entravées par l’état des routes - 14 ponts ont été emportés le long des rives de la rivière Teesta et la principale autoroute reliant le Sikkim à l'État du Bengale occidental et à Gangtok s’est effondrée – continuent mais on compte déjà 14 morts, 26 blessés et au moins 104 personnes toujours disparues, dont 23 membres de l'armée. L’impact de la violente et soudaine crue est sensible à plus de 120 km en aval, environ 22 000 personnes vivant dans les environs sont susceptibles d'être touchées, selon les autorités. La nourriture serait encore disponible, mais l’essence et le diesel, indispensables pour poursuivre les recherches seraient déjà rares à Gangtok, selon GT Dhungel, membre de l'assemblée législative du Sikkim, interviewé par Reuter.
Un phénomène connu amplifié par le réchauffement climatique
Les causes des inondations par débordement des lacs glaciaires, phénomène connu sous l'acronyme GLOF (Glacial Lake Outburst Flood) sont en principe identifiées, expliquait récemment le site Swiss info. « A mesure que le changement climatique s’installe et que les glaciers reculent, des lacs se forment derrière des barrages naturels. Ces barrages peuvent déborder ou se rompre et libérer d’énormes quantités d’eau de fonte sans avertissement. Le Programme des Nations unies pour le développement parle de «tsunamis dans le ciel».
Due to sudden cloud burst over Lhonak Lake in North #Sikkim , a flash flood occurred in the Teesta River in Lachen valley. 23 Army personnel have been reported missing and some vehicles are reported submerged under the slush. Search operations are underway. pic.twitter.com/tjITIJzw8r
— Manjeet Negi (@manjeetnegilive) October 4, 2023
Un phénomène connu, donc, mais difficile à prévoir, précise Caroline Taylor, chercheuse à l’université de Newcastle qui a récemment évalué la menace mondiale que représentent les GLOF, il y a tout simplement trop de variables en jeu, ce qui signifie «qu’il n’y a jamais deux débordements identiques». La création d’un modèle prédictif unique est, comme pour d’autres catastrophes naturelles, extrêmement compliquée. Si les scientifiques privilégiaient tels ou tels critères, ils passeraient à côté de certains événements et de certaines alertes, poursuit-elle.
Dans un article publié en février, Caroline Taylor a cartographié le risque potentiel : 15 millions de personnes dans le monde pourraient être exposées aux impacts des GLOF éventuels. En première ligne : l’Inde, le Pakistan, la Chine et le Pérou. Les régions les plus touchées étant les Andes et l’Himalaya. Les glaciers de l'Himalaya fondent plus rapidement que jamais en raison du changement climatique, exposant les communautés à des catastrophes imprévisibles et coûteuses, selon le groupe de recherche du Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD). "Nous observons que la fréquence de ces événements extrêmes augmente à mesure que le climat continue de se réchauffer et nous entraîne en territoire inconnu", a confié à Reuter Miriam Jackson, scientifique spécialisée dans les glaces qui surveille les régions himalayennes avec l'ICIMOD, basé au Népal.
#Teesta River in Lachen valley , #Sikkim #PrayersForSikkim pic.twitter.com/DID9HQ0oDH
— Supriya Bhardwaj (@Supriya23bh) October 4, 2023
Mais l’Europe n’est pas épargnée, en Suisse par exemple 700 000 personnes pourraient être exposées à ce phénomène et à ses conséquences. La chaine publique SFR a d'ailleurs réalisé un passionnant documentaire sur le sujet. En France, la vigilance est également de mise car les glaciers alpins forment des poches d’eau menaçantes pour les villages. Tout récemment, en août dernier, une opération de vidange a d’ailleurs été réalisée aux Bossons, quant au lac de Tête-Rousse il est régulièrement ausculté par des scientifiques.
Cette catastrophe intervient alors qu'il y a quelques jours seulement on apprenait via la très sérieuse revue scientifique Nature, que de nouvelles projections d’un institut de modélisation climatique estimaient à 55 % le risque que les températures globales dépassent pour la première fois en 2023 une hausse de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
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