Lancé malgré une opposition active, le chantier du surf-park de Canéjan, près de Bordeaux, avance à grands pas. Situé à 50 km de l’océan, le projet est visé par plusieurs recours, dont un contre son permis de construire, et par une expertise judiciaire concluant qu’il ne serait pas autosuffisant en eau. Le tribunal administratif de Bordeaux doit se prononcer dans les prochaines semaines, mais les promoteurs poursuivent les travaux. 5 questions pour comprendre ce projet contesté.
C’est une énième aberration environnementale qui se profile en Gironde. À 50 kilomètres de l’océan, à Canéjan, le projet « Académie de la glisse », un surf-park aux dimensions titanesques, suscite toujours la controverse. Malgré une expertise judiciaire rendue fin avril 2025 concluant que les bassins ne seraient pas autosuffisants en eau, et un jugement du tribunal administratif de Bordeaux attendu dans les prochaines semaines, les promoteurs ont lancé les travaux fin mai. De quoi relancer la colère des associations environnementales, dont Surfrider Foundation, Sepanso Gironde et le collectif Canéjan en transition, qui contestent le permis de construire accordé par la mairie.
1. Quel intérêt pour les surfeurs d’avoir un surf-park aussi proche de la côte ?
Pour Nicolas Padois, ancien entraîneur des équipes de France de surf (espoirs et adultes) de 2011 à 2019, un tel lieu serait nécessaire pour entraîner les athlètes. « Avec ce projet, on assure un minimum de seize vagues par heure, c’est un quota qu’on ne rencontre pas tous les jours en mer » explique-t-il.
« On a le soutien de la communauté de surf de France et de la région, et le lancement de la première vidéo [diffusée sur les réseaux sociaux, ndlr] l’a largement montré », souligne Édouard Algayon. Un propos à nuancer, surtout au vu des commentaires des internautes sous ladite vidéo, la plupart affirmant clairement leur opposition au projet, dénonçant "des arguments fébriles", "un business au détriment de la nature" ou encore un surfpark "à contre-courant total de quelque chose de vertueux pour l'avenir".
2. En quoi consiste le projet ?
Initié par quatre surfeurs, dont Édouard Algayon, connu pour avoir participé à la Star Academy, ce projet de surfpark, un bassin artificiel générant des vagues pour l'entraînement au surf ou la pratique loisir, est constitué de deux bassins contenant 20 000 m³ d’eau au total, soit environ sept piscines olympiques. Il prévoit d'accueillir jusqu'à 300 surfeurs par jour. Qualifié d’éco-responsable par ses promoteurs, les bassins de l'établissement vont être alimentés par de l’eau pluviale, récupérée via les 25 000m2 de toits, et la production d’énergie sera assurée par des 10 000m2 de panneaux photovoltaïques installés sur le toit. Budget prévisionnel ? Entre 20 à 30 millions d’euros, dont la moitié sera allouée à la technologie des vagues artificielles.
3. Pourquoi les associations environnementales s’y opposent-elles ?
Ce projet est fortement décrié par les associations environnementales qui dénoncent un projet anachronique. Pourquoi créer un surfpark à moins d’une heure de la côte ? interrogent-elles. C’est pourquoi elles ont lancé une pétition (ayant déjà réuni plus de 60 000 signatures) ainsi qu’un recours devant le tribunal administratif de Bordeaux.
« En relisant le dossier, on se rend compte qu’il y a un manque de prise au sérieux des enjeux environnementaux et climatiques, en particulier sur la question de la consommation d’eau », explique Théo Thostivint, de l’ONG Surfrider Foundation. « L’évaporation n’est pas prise en compte, l’estimation d’eau de pluie à récupérer non plus, pas plus que le fait de devoir vider le bassin et le remplir complètement ». Sur ce point, les chiffres divergent largement : les porteurs du projet estiment la consommation annuelle à environ 13 000 m³ grâce à la récupération d’eau de pluie, tandis que les opposants évoquent jusqu’à 147 000 m³ par an, soit l’équivalent de 59 piscines olympiques.
Selon les promoteurs, l’expertise judiciaire rendue fin avril 2025 confirme leurs propres estimations et leur est « totalement favorable », avec des chiffres très proches de ceux qu’ils défendent. Une lecture que contestent les associations, pour qui ce rapport prouverait au contraire que le projet ne serait pas autosuffisant en eau.
Au-delà de la question de l’eau, les associations alertent aussi sur les risques pour la biodiversité. La rivière de la Bourde, proche du site, abrite notamment cistudes, loutres et anguilles, et pourrait être affectée par les vidanges chargées en chlore, crèmes solaires et résidus de wax, comme cela a été constaté sur des installations similaires à l’étranger.
S’ajoute à cela la question du déboisement : selon les associations, l’ancien site industriel choisi par les porteurs du projet serait actuellement recouvert à « 87 % de chênes centenaires », sur plus de trois hectares, et une surface d’un demi-hectare aurait déjà été défrichée « malgré l’absence d’expertise faunistique et floristique sérieuse ». Ce que conteste Édouard Algayon, rappelant que « seulement 34 % » des boisements ont été défrichés, pour des arbres « en majorité de moins de trente ans ». Il reconnaît toutefois que trois grands chênes entre 50 et 80 ans ont « malheureusement » dû être abattus.
Enfin, la communication même des promoteurs a été épinglée à plusieurs reprises par le Jury de déontologie publicitaire (JDP), qui a jugé trompeuses certaines affirmations sur l’autonomie en eau et en énergie, l’absence de déboisement ou encore la réduction de la pollution routière.
4. Les travaux ont-ils commencé ?
Oui. Malgré le recours déposé le 31 juillet 2023 par les associations écologistes (Sepanso Gironde, Surfrider Foundation et le collectif Canéjan en transition) contre le permis de construire, et malgré une expertise judiciaire rendue fin avril 2025 concluant que le surf-park ne serait pas autosuffisant en eau — obligeant à recourir à de l’eau potable pour compenser les pertes — les promoteurs ont lancé les travaux fin mai. Juridiquement, rien n’empêche les promoteurs de poursuivre le chantier tant que le tribunal administratif n’a pas rendu sa décision sur le recours. Le chantier est donc en cours, alors que le tribunal administratif de Bordeaux doit se prononcer dans les prochaines semaines.
5. Quid des projets de surfparks en France ?
En France, le surfpark passe mal. Si à l’étranger, en Espagne, en Grande-Bretagne, au Portugal et même en Corée du Sud, ce type de projet connaît un engouement sans précédent depuis les quinze dernières années, aucun surfpark n’a vu le jour dans l’Hexagone depuis 2013. Et ce, malgré neuf tentatives, dans la Manche, en Seine-Saint-Denis et en Loire-Atlantique notamment. Toutes abandonnés en raison de leur impact environnemental – et de l’augmentation des coûts énergétiques. Peut-être aussi parce qu'avec 6.000 km de côtes rien qu'avec son littoral métropolitain, la France dispose de nombreux spots de surf naturels - le site Surf sentinelle en recense 273 dans l'Hexagone, répartis sur 159 villes et 22 départements ou régions - et que d'Hossegor à Capbreton en passant par Seignosse ou bien Biarritz, on peut surfer quasiment toute l'année en pleine nature... gratuitement.
Et maintenant ?
Malgré le lancement des travaux fin mai 2025, l’avenir du surf-park de Canéjan reste suspendu à la décision du tribunal administratif de Bordeaux. Attendu dans les prochaines semaines, le jugement pourrait confirmer le permis de construire… ou contraindre les promoteurs à stopper un chantier déjà bien engagé. En toile de fond, les critiques sur la consommation d’eau, l’impact sur la biodiversité et la communication jugée trompeuse continuent d’alimenter une opposition déterminée.
Article publié le 23 novembre 2023, mis à jour le 14 août 2025.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
