Le 28 mai 2025, un effondrement colossal mêlant glace, roches et boue a enseveli près de 90 % du village de Blatten, dans la vallée du Lötschental (canton du Valais). Six mois plus tard, les autorités suisses ont adopté une feuille de route en 69 mesures engageant la reconstruction du village d’ici 2030, avec un budget qui pourrait atteindre jusqu’à 450 millions d’euros. Un tournant majeur dans la gestion des risques en montagne.
Six mois seulement que le petit village de montagne de Blatten a été rayé de la carte du Valais, mais déjà le projet de reconstruction est en route. Pourtant, les blessures psychologiques sont encore ouvertes, et les dégâts matériels énormes. On se souvient que le 28 mai 2025, une masse gigantesque de glace, de roches et de boue s’est détachée du versant du Birchgletscher, sous le sommet du Petit Nesthorn. Dévalant jusqu’au fond de la vallée du Lötschental, elle a enseveli le cœur de Blatten. En cause ? La chute progressive de blocs rocheux depuis le Petit Nesthorn venus surcharger le glacier du Birch, la fonte accélérée du permafrost, mais aussi la fragilisation des versants liée au réchauffement climatique. L’événement sera enregistré par les sismographes comme une secousse d’une magnitude d’environ 3,1. Il ne fera qu’une victime, une évacuation préventive des quelque 300 habitants ayant été mise en œuvre dès le 19 mai.
Mais sur le plan matériel, c’est un désastre total. Plus d’une centaine de bâtiments (chalets, église, hôtels, ponts) sont détruits ou rendus inaccessibles. La voie d’accès principale — route cantonale Wiler–Blatten–Fafleralp — se retrouve coupée. Le front de débris barre la Lonza, crée un lac et menace de provoquer une crue secondaire. La Swiss Insurance Association (SIA) chiffre les dommages assurés autour de 320 millions de francs suisses (~ 285–300 M €) pour les biens bâtis et contenus.
Six mois plus tard, où en est-on ?
Depuis l’événement, plusieurs mesures d’urgence ont été prises, à commencer par le déblocage en juillet par le canton du Valais d’un crédit de 10 millions de CHF destiné à soutenir les habitants et les entreprises locales. Aujourd’hui, la Lonza s’écoule à nouveau à travers le cône d’éboulis, et le niveau du lac de barrage naturel a baissé, ce qui a réduit le risque immédiat (le barrage de Ferden a servi de tampon). Mais les routes sont coupées jusqu’à Fafleralp, nombre de surfaces agricoles sont encore recouvertes, et la centrale du Lötschental est toujours à l’arrêt.
Un gros chantier d’études géotechniques, hydrologiques et de dangers naturels a été ouvert. Car si l’on reconstruisait à l’identique, le risque de voir se reproduire la catastrophe serait bien réel. Tout le projet doit donc s’appuyer sur une cartographie des dangers, des protections structurelles et sur un cahier des charges très rigoureux. Le principe retenu par le canton étant que l’on n’atteint pas « zéro risque », mais que l’on veille à un niveau acceptable.
Avant tout "définir un lieu sécurisé"
La question de savoir s’il fallait ou non reconstruire s’est donc naturellement posée, au regard des risques bien sûr, mais aussi des coûts, certaines estimations allant jusqu’à 450 millions d’euros (~ 420 millions CHF) pour la reconstruction complète, incluant infrastructures, protections et relogements. Pourtant, l’option de l’abandon a été écartée par la commune et le canton, qui voient dans Blatten non seulement une communauté à préserver mais aussi une opportunité de projet « pilote » de reconstruction en montagne. Dès le 3 septembre, la « Feuille de route de l’État du Valais pour la reconstruction du futur Blatten » a donc été arrêtée par le Conseil d’État valaisan. Elle fixe les grands principes, le plan d’action en 69 mesures et la coordination entre commune, canton et Confédération.
Mais tout n’est pas tranché. Le périmètre à rebâtir est toujours l’objet de discussions : certains secteurs resteront interdits ou soumis à des mesures de protection renforcée. Le village ne sera pas reconstruit à l’identique, là où la masse de débris repose, mais dans un lieu « sécurisé », qui reste à définir. Étude qui sera engagée en 2026 et qui devrait être finalisée en 2027. Dès 2028, les travaux lourds concernant les infrastructures, les logements et les équipements devraient commencer, suivis l’année suivante d’une réoccupation progressive du nouveau village. L’objectif étant d’achever l’implantation vers 2030.
Un projet pilote de reconstruction en montagne
C’est donc à un énorme chantier mené au pas de charge que s’attaquent les Suisses. Aussi complexe au niveau technique, vu la nature du terrain et les aléas climatiques, qu’humain et financier. Car s’il semble qu’il y ait consensus sur les chiffres estimatifs, des arbitrages devront être faits entre la commune, le canton, la Confédération et… les assurances. Enfin, il s’agira ici de redonner confiance à la population, traumatisée par la violence de l’événement et l’ampleur des dégâts humains et matériels, et de l’impliquer dans la vision du nouveau village, qui devra être perçu comme « un lieu sûr ».
En Suisse, mais aussi au-delà des frontières helvètes, le cas de Blatten va être suivi de très près, compte tenu de l’impact du réchauffement climatique sur nos massifs. On peut d’ores et déjà l’envisager comme « le laboratoire » de la reconstruction en contexte de montagne exposée à de multiples aléas. Nul doute qu’on pourra en tirer des enseignements en matière de gouvernance, de financement et de standards techniques.
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