Le MIUT « est un avant-goût de ce qui nous attend sur un Grand Raid, à La Réunion » raconte Manon Bohard, vainqueure de l’épreuve de 115 kilomètres (et plus de 7000 mètres de dénivelé positif) l’année dernière. Une course sur laquelle elle s’était alignée dans le but de préparer la Diagonale des Fous, qui est, selon elle, « un beau moyen de se rendre compte de ce que c’est de courir sur des terrains très techniques, dans un climat avec beaucoup de contrastes, notamment au niveau des températures ». Mais le MIUT, c’est aussi un excellent moyen de découvrir Madère, son ambiance locale, ses paysages, ses sentiers. Un véritable voyage que la traileuse nous a longuement raconté.

C’est en 2019, lors de son premier long trail international que la Française Manon Bohard découvre Madère. Elle s’était alors lancée sur les 85 kilomètres. « Avant la course, c’est très difficile de se ménager. J’avais tellement envie d'explorer les environs... » se souvient-elle. De quoi la motiver à retourner sur l’île en 2023. Et à allonger la distance.
Direction l’épreuve reine cette fois-ci, les 115 kilomètres, avec plus de 7000 mètres de dénivelé positif. « C’est une course difficile sur le papier » explique-t-elle. « Mais je ne l’ai pas vécue comme telle, puisque je me suis laissée transportée par le paysage. C’était un super voyage, un excellent moyen de découvrir l’île, et un catalyseur d’émotions. Si bien qu’à l’arrivée, tu as l’impression d’avoir fait un grand périple, alors que tout ça tient dans une grosse centaine de kilomètres […] Et puis l’organisation est digne d’une des plus grandes courses. Sans chichis, avec de supers ravitos. Il y aussi beaucoup de monde pour t’accueillir, beaucoup des bénévoles. Bref, on peut y aller les yeux fermés. Mais il faut quand-même une bonne préparation en amont ».

Une ambiance unique
« Le départ a lieu dans une petite ville très intimiste, avec une ambiance de feu. Du public. Mais tu ne suffoques pas non plus » raconte Manon Bohard. « La pression se gère plutôt bien parce que ça reste la grosse fête, avec des feux d’artifices. Sauf qu’il n’y a pas un monde de fou, comme dans la petite ville de Chamonix [pendant l’UTMB, ndlr] ou sur le Grand Raid. Il n’empêche que cet évènement a quand-même des allures de course internationale parce que l’organisation est vraiment aux petits oignons. Tu ne peux qu’être à fond, avec cette musique, la nuit, les étoiles ».

« Sur quatre kilomètres c’est la fête » poursuit la traileuse. « Et très vite, tu montes. Tu t’enfonces dans le sauvage. Pendant longtemps, il n’y a personne, pas de public. Tu vas revenir à la civilisation à deux reprises dans la nuit. Cette alternance entre moments d’introspection et civilisation, c’est un peu comme quand tu passes les villages dans Mafate, sur le Grand Raid, à La Réunion. Là, tout le monde est levé, t’accueille. Il y a des bénévoles, des assistants coureurs. Du monde, sans que ce soit trop. Et très vite, tu pars dans la nature, dans le sauvage, sans trop savoir quel paysage t’attend. […] Tu termines sur la côte, en entendant, au loin, le speaker. Ça te tient en haleine jusqu’au bout ».





Des paysages extrêmement variés
L’environnement de la course est généralement très sauvage. Et ce, dès le 4e kilomètre, moment où les traileurs quittent l’ambiance galvanisante du départ pour s’enfoncer dans la forêt. « L’atmosphère y est quelque peu spéciale » raconte Manon Bohard. « Les arbres avec des formes originales. Il y a du brouillard, mais tu vois quand-même le ciel, les étoiles. C’est tout de même très différent de ce que tu vas vivre après. S’en suivent les hauts sommets de l’île, où tu as la vue sur la première montagne. Puis une partie jungle, dans un climat tropical. Tu traverses des rivières, des cours d’eau. Avec beaucoup de racines, beaucoup de cailloux ».
« Cette partie jungle est assez longue » poursuit-elle. « Mais c’est très joueur. Je ne m’y suis pas ennuyée une seule seconde. Et puis, à un moment donné, tu arrives dans un dernier village, juste avant de faire une longue ascension à découvert. C’est à cet endroit que j’ai eu le lever de soleil, c’était fabuleux. De là, c’est encore une nouvelle végétation. Les arbres sont beaucoup plus bas. Ça fait un peu végétation méditerranéenne, avec pas mal de pins. Tu changes complètement de déco. Même si tu sens bien que tu es sur une île. Un peu comme en Corse ».
Arrive alors une partie rocailleuse, sur les hauts sommets de l’île, avec des marches très irrégulières, des montées d’escaliers. « Tout est aménagé pour les touristes » précise la traileuse. « Ils sont là, ils applaudissent. Mais ce n’est pas non plus la grosse masse, ça reste agréable, les coureurs peuvent passer. C’est à partir de là que tu commences à être un peu entamée. Et souvent, il fait très chaud. Cette partie-là est quand-même assez exigeante, mais elle est tellement belle ! Tu as tellement de paysages à 360°, du monde. C’est hyper boosteur. […] S’en suit une série de canaux d’irrigation, de sentiers pédestres aménagés, avec un peu plus de public. Tu termines sur le front de mer, au bord des falaises, dans un nouveau paysage, toujours aussi incroyable ».

Un parcours très technique
Et qui dit paysages variés dit terrains plus ou moins techniques. « Le MIUT, c’est très abrupt. Avec de longues montées. De longues descentes, très raides elles-aussi ». Ce qui a marqué la traileuse ? « Le 70e kilomètre, avec sa grande montée, beaucoup de marches ».
Très casse-pattes donc. « À la fin de la montée, vers le 80e kilomètre, tu as fait la quasi-totalité du dénivelé positif. Là, il te reste encore 40 kilomètres. Et ça court vraiment. Il est important de penser à cette section dès le début – en sortant les bâtons au bon moment, en ayant une bonne technique. Parce que ça t’aide musculairement pour pouvoir en garder sous la semelle et être dans le plaisir à la fin » poursuit la traileuse. « Car si tu commences à lâcher l’affaire parce que tu en as plein les cannes, les 40 derniers kilomètres peuvent être assez longs ».
Car pour elle, pour bien évoluer sur cette course, il faut être très « arriver à accumuler du dénivelé positif, du dénivelé négatif, sans trop se fatiguer musculairement » détaille Manon Bohard. « Car le but est d’arriver à relancer sur la fin de course, avec une bonne allure. Ça se veut assez polyvalent, peut-être plus que le Grand Raid, où tu es sur un effort qui correspond un peu plus à des traileurs. Cette dernière partie de course a une réelle incidence sur le classement final, il s’y passe beaucoup de choses ».

D’innombrables microclimats
Ce qui fait du MIUT une excellente course préparatoire pour le Grand Raid, c’est incontestablement ses divers microclimats. De quoi déstabiliser les coureurs qui n’auraient pas pris ce paramètre en compte dans leur préparation. « Quand tu traverses l’île, tu passes par je ne sais combien de climats et d’environnement très différents » détaille Manon Bohard. « Tu as parfois l’impression de ne pas être dans le même pays. Cette diversité de paysages m’a un peu fait penser au Cap Vert, avec des moments où il fait très chaud, où il y a une grosse hygrométrie [saturation de l’air en vapeur d’eau, ndlr], d’autres où fait très froid ».
« L’année dernière, on avait pris le départ sous 18 degrés. Et au bout de trois ou quatre heures de course, on a eu entre 1 et 2 degrés » se souvient la traileuse. « Il faut avoir anticipé ces variations de température, s’habiller en fonction. Car l’hypothermie peut arriver en quelques minutes seulement ».

Un bon premier ultra à caler dans sa saison
Le MIUT, c’est une belle aventure. Cette course arrivant à la sortie de l’hiver met toutefois « les organismes à rude épreuve » souligne Manon Bohard. « Surtout quand tu viens de France, que tu n’as peut-être pas encore fait beaucoup de dénivelé, ou que tu n’as peut-être pas encore connu des chaleurs particulières. L’année dernière, il devait faire 5 degrés chez moi avant de partir. Et en arrivant à Madère, le contraste a été saisissant. Mais bon, on a eu la semaine pour s’acclimater. Et la course s’est plutôt bien passée ».
« Ce genre d’épreuve se prépare bien sur les terrains alpins comme pour un Grand Raid, je trouve » analyse la traileuse. « Le MIUT m’avait permis d’avoir une bonne préparation pour les mondiaux à Innsbruck, et puis pour les courses de l’été. Je conseille toutefois d’arriver en ayant eu une préparation orientée renforcement musculaire. Un bon moyen de ne pas trop laisser de jus dans les successions de travail concentrique et excentrique. Parce que tu as des montées/descentes tellement raides et longues qu’il faut arriver avec un entraînement suffisant ».
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