Ils sont gros, pratiques, écolo, accessibles à tous, athlètes ou pas, et jouissent aujourd’hui d’un capital de sympathie confortable, renforcé encore par le confinement. Vous êtes à deux doigts d’investir dans ce vélo pas comme les autres, mais auparavant, prenez le temps de faire le tour de toutes les questions qui s’imposent.
Après un accueil un peu froid, la France a définitivement adopté le vélo électrique sous toutes ses formes. Du vélo de route au VTT haut de gamme, c’est désormais le segment du marché du cycle qui connaît la plus forte croissance. Mais là où certains voient le plus gros potentiel, c’est dans ces lourdes péniches chargées d’enfants et/ou de provisions (bio de préférence !) , les "cargo bikes" ou vélos cargo.
Il est vrai que le vélo cargo avec assistance électronique fait sens. Son moteur compact et puissant vous permet de transporter de lourdes charges sans vous mettre en nage et vous offre une poussée douce et rapide qui aplanit soudains montées et collines, et réduit enfin les distances à parcourir.
Aussi, sans surprise, ce segment de marché autrefois minuscule est aujourd’hui en plein boom en France mais aussi partout en Europe. Sur le continent, les ventes ont augmenté de 60 % l'an dernier, stimulées par l'intérêt des géants de la livraison de colis, FedEx et UPS notamment, et par les aides à l’achat de l’État, régions ou villes. Si Paris offre jusqu’à 500€ pour un vélo électrique, la prime s'élève à 600€ pour un vélo cargo. Même engouement au niveau mondial : deux millions de ventes supplémentaires pourraient être enregistrées au cours de la prochaine décennie, selon des prévisions datant de 2019. Ce qui laisserait augurer de meilleurs résultats encore, compte tenu de « l’effet Covid-19 ».
Aller à l'école avec le "grand vélo", disent les enfants
La finalité de ces vélos de transport n'est pas de faire du sport, c’est clair. Et s'ils peuvent dans bien des cas remplacer une voiture, rares sont les automobilistes qui sont prêts à sauter le pas. En réalité, ces vélos sont destinés à remplacer les petits trajets en voiture - dans la mesure où il est possible de passer de quatre à deux roues. Ce qui veut dire que pour les constructeurs, ils sont devenus incontournables.
Tous ceux qui ont cédé aux charmes du vélo cargo disent que cela a changé leur vie. Pas révolutionné, mais changé modestement, et surtout durablement. Pour une famille, ce type de vélo électrique devient une sorte de véhicule d'aventure pour explorer les voies vertes et les parcs ; les enfants demandent à aller à l'école sur le "grand vélo", et non en voiture ; faire des courses en « cargo » n’a rien à voir avec passer des heures dans les embouteillages ou à errer en quête d’une place de parking. En bref, la vie semble tout à coup plus simple.
Bien sûr, comme beaucoup, vous avez déjà sans doute un bon vieux vélo, équipé d’un porte-bagages arrière standard et de deux sacoches. Mais sa capacité de chargement est limitée et, sans moteur, il est peu adapté aux grosses courses que, pandémie oblige, nous faisons aujourd’hui. Et c’est précisément là que l’idée du « cargo » fait son chemin chez beaucoup de cyclistes.
Reste la question du prix. Parmi les options relativement peu coûteuses, on trouve par exemple le RadRunner 1 de Rad Power (1 199,00 €*)[1]. Un prix considéré comme abordable pour un vélo de qualité et comme sacrément bon pour un e-bike. Néanmoins, le budget n’est pas négligeable. D’autant que pour profiter pleinement de votre nouvelle bicyclette, vous allez devoir y ajouter des accessoires - sièges pour enfants, sacoches, porte-bagages avant. Et, certaines marques n’étant compatibles qu’avec leurs propres accessoires, le surcoût peut dépasser les 400 euros.
Aussi le choix d'un e-cargo bike peut-il être assez difficile. A commencer par la première question qui s’impose : avez-vous vraiment besoin d’un e-cargo bike ? Pour certains, un vélo électrique utilitaire plus léger, plus petite et moins encombré pouvant largement suffire.
Pour vous aider, voici un aperçu des différents types de e-cargos bikes disponibles sur les marchés. Et les conseils à suivre avant de vous lancer. Ou pas !
Quels sont les différents types de vélos cargo ? vélos électriques utilitaires » ?
Ces vélos entrent généralement dans l'une des trois catégories suivantes, en fonction de leur capacité de charge et de leur vitesse.
Les cargos légers et rapides
Berlines sportives de l'univers des vélos électriques, ces "cargos" sont parfaits pour vous emmener d'un point A à un point B. Ce sont généralement les vélos électriques les plus légers, pesant entre 12 à 18 kg, et possédant la plus longue autonomie, définie par l'autonomie du vélo à pleine charge. A noter que l'autonomie peut varier considérablement, de 32 à 128 km, selon la taille de la batterie et la puissance du moteur. C'est aussi le type de vélo électrique utilitaire le plus facile à trouver en magasins. Mais ce n’est pas l’idéal pour transporter des choses encombrantes, car l'espace est limité pour les accessoires tels que les porte-bagages et les sacoches. La capacité des porte-bagages eux-mêmes dépasse rarement les15 kg, ce qui correspond à peu près à ce que vous pourriez transporter dans un sac à dos. Cependant, si vous voulez surtout aller au travail et en revenir, retrouver des amis pour dîner au restau et faire de petites courses - de quoi nourrir trois à quatre personnes pendant deux jours - c’est un excellent choix. On peut opter pour le Vado SL (3 199,00 €[1]) dans le haut de la fourchette de prix, ou, nettement plus accessible, pour le nouveau E-Sparrow de Detroit Bicycles (€757.49) [2].
Les cargos « poids-lourds »
À l'autre bout du spectre, on trouve les véritables utilitaires, sorte de SUV, comparés à un vélo normal. Certains, les "longtails" ( ou « longue queue »), ont un porte-bagages arrière allongé, parfait pour le transport de matériel, et un gros casier devant le conducteur. De quoi transporter un gros marché et/ou un ou deux passagers, sans compter le conducteur. La capacité de poids totale de ces vélos peut atteindre 204 kg (conducteur et vélo lui-même inclus). Mais il ne faut pas oublier qu’ils sont imposants - jusqu'à 2,5 mètres de long – et lourds, environ 36 kg. Avant de vous équiper, mieux vaut vérifier que vous avez la place pour le garer. Parmi les bons longtails, citons le Yuba's Spicy Curry (4 750 €)[3] et le Radwagon de Rad Power[4] (1.599,00 €). Parmi les bons chargeurs frontaux, on remarque le Load 60 de R&M[1] (6 049,00 €) ou encore le très réputé Urban Arrow Family[2] (4 390 €).
Cargos « midtail », ou « demi queue »
À cheval entre les deux premières catégories, on trouve celle qu’on appelle communément la "midtail". Comme les SUV compacts, ces derniers tentent de faire la différence entre les vélos de transport et les vélos cargo de grande taille. Selon leur configuration, la plupart peuvent transporter presque autant que les vélos à queue longue et chargement frontal, pour un poids total pouvant atteindre environ 181 kg, conducteur compris. C'est particulièrement impressionnant, car beaucoup d'entre eux ont à peu près la même taille que les vélos ordinaires (bien qu'ils utilisent des roues plus petites) et pèsent environ 24 kg. En raison de leur polyvalence, ils perdent un peu de leur utilité à chaque extrémité de leur gamme d'utilisation. Ils ne sont pas parfaits pour transporter des objets énormes et encombrants ni pour des trajets longs et rapides. Mais si vous avez besoin d'un vélo qui peut faire un peu tout, difficile de faire mieux. Parmi les meilleurs exemples, on trouve le nouveau HSD de Tern[3] (3 699 €) ou le Boost E de Benno[4] (3 299 €).
Que devez vous savoir sur les moteurs ?
En France, la réglementation des moteurs des vélos cargos électriques est exactement la même que pour les VAE (vélos à assistance électrique). Les moteurs doivent répondre à quelques règles, définies par la législation française :
- « Le déclenchement de l’assistance électrique est nécessairement lié au pédalage »
- « La puissance de l’assistance doit permettre d’atteindre une vitesse qui n’excède pas les 25 km/h »
- « Les moteurs doivent être compatibles sur le plan électromagnétique (décret n° 2015-1084 du 27 août 2015 relatif à la compatibilité électromagnétique des équipements électriques et électroniques) »
- « La sécurité des chargeurs doit être assurée (décret n° 2015-1083 du 27 août 2015 relatif à la mise à disposition sur le marché du matériel électrique destiné à être employé dans certaines limites de tension) »
- « Les batteries doivent être recyclables. »
Quid des systèmes d'assistance motorisée?
Il existe deux grands types d'installations d'assistance motorisée. Dans les systèmes à entraînement par moyeu, le moteur est logé dans l'une des roues. Dans les systèmes à entraînement central, le moteur est fixé au cadre du pédalier. Leur fonction de base est presque identique. La grande différence réside dans le fait que les moteurs à entraînement central appliquent la puissance par le biais de la transmission, tandis que les moteurs de moyeu le font directement par la roue, généralement arrière. Certaines marques de vélos proposent des modèles dans les deux styles, mais la plupart choisissent leur camp et s'en tiennent à l'un ou l'autre.
Les moteurs de moyeu ne provoquent pas l'usure des pièces du groupe motopropulseur, comme la chaîne par exemple. En revanche, ils sont généralement moins efficaces. Une seule charge de batterie vous conduira donc moins loin. Par ailleurs, le poids du moteur au niveau du moyeu arrière peut donner l'impression que le vélo est bizarrement équilibré. Enfin certaines réparations peuvent s'avérer fastidieuses, notamment la réparation d'un pneu à plat : il faut débrancher le câblage entre le moteur du moyeu et la batterie montée sur le cadre pour pouvoir retirer la roue.
Les systèmes de conduite centrale fonctionnent plus efficacement, ce qui leur donne une meilleure portée et souvent une assistance plus naturelle. L'inconvénient est qu'ils sont plus chers. Sans compter que les cadres et les moteurs des vélos étant conçus pour s'accorder, avant d’acheter un vélo vous devrez vous assurer que la marque du moteur qui l’accompagne est bien celle qui a votre préférence.
Faut-il se fier à la puissance affichée sur la notice ?
Il ne vous échappera pas que les fiches techniques des vélos électriques énumèrent les spécifications du moteur, un facteur important conditionnant l’usage que vous comptez faire de votre cargo. Mais avec quelques réserves : la plupart des fabricants se focalisent sur la puissance en watts. Ce qui, en fait, n'est pas très utile. Il n'existe pas de norme unique pour cette puissance, ce qui signifie que les marques peuvent indiquer presque tous les chiffres qu'elles veulent. Les watts ne sont pas non plus un bon indicateur de la puissance réelle du moteur. "Pensez aux watts comme à l'énergie qu'un moteur va consommer, et non pas à ce qu'il produit", explique Steven Sheffield, en charge des e-bike pour Bosch Americas, produisant certains des moteurs e-bike les plus utilisés sur le marché. Comme le rendement des moteurs varie, une puissance élevée n'est pas toujours un plus , dit-il. Peters, le vétéran de l'industrie du vélo, est du même avis, affirmant qu'il utilise des moteurs d'une puissance nominale de 250 watts, plus puissants que d’autres affichant une puissance nominale plus élevée.
Alors, à quoi faut-il donc faire attention ?
Le couple, la taille de la batterie et les niveaux de support sont beaucoup plus révélateurs.
Le couple est essentiellement la force de rotation, ou le travail réel qu'un moteur peut effectuer, exprimé en Newton-mètres (Nm). Un couple plus élevé signifie qu'un moteur fournit plus rapidement de la puissance à partir d'une faible vitesse ou d'un arrêt brutal, par exemple lorsque vous voulez accélérer à un feu rouge. "Sur le terrain, un couple plus élevé, en particulier à des cadences de pédalage plus faibles, facilite le démarrage et le transport de charges lourdes", explique Steven Sheffield. Certaines marques, comme Bosch, indiquent le couple pour chaque niveau d'assistance. D'autres, comme Shimano et Yamaha, indiquent simplement un couple maximal, qui est celui que le vélo produit dans le réglage d'assistance le plus élevé. Contrairement aux watts, le couple est comparable d'une marque à l'autre. La taille de la batterie, exprimée en wattheures, est une mesure de la quantité d'énergie dans le système. Toutes choses étant égales par ailleurs, une batterie d'une capacité en wattheures plus élevée aura une meilleure autonomie.
Par ailleurs, misez sur les batteries certifiées UL, ce qui signifie qu'elles ont été testées selon des normes de sécurité. Et analysez les performances au niveau de l’autonomie avec un peu de recul: en fait, elles correspondent à un usage dans des conditions idéales, sur un terrain plat, à vide et à des vitesses modestes, peu exigeantes en puissance. On est bien loin des conditions réelles de votre marché hebdomadaire ou du trajet maison école avec deux enfants à transporter et une bonne côte à grimper !
Les modes d'assistance, à savoir les niveaux fixes utilisés par les vélos à assistance au pédalage pour multiplier la puissance du cycliste, portent généralement des noms tels que "éco", "normal/tourisme", "sport" et "turbo". Les spécifications de l'assistance vous indiquent la puissance ajoutée par le moteur dans chaque mode. Si un moteur en mode sport offre 170 % d'assistance et que le conducteur produit 100 watts, le moteur ajoute 170 watts, pour un total de 270 watts. Ces chiffres donnent une idée de la puissance et de la rapidité d'action d'un cargo dans chaque mode. Le hic, c'est que de nombreuses marques ne ventilent pas l'assistance par mode ( Bosch fait partie des rares qui le fasse), ou alors il faut fouiller dans les informations techniques pour la trouver. Comme pour les watts, c'est un point sur lequel les constructeurs pourraient - et devraient - être beaucoup plus clairs.
Alors, comment vous décider ?
Une fois que vous avez décidé qu'un vélo cargo est bien ce qu’il vous faut, reste à faire des essais. Pourquoi ? Tout simplement parce que les tests vont vous donner une idée de la maniabilité et du volume du cargo, mais aussi de la sensation que procure le moteur. Et ça, seule la pratique peut vous le donner. Les spécifications vous en disent long, certes, mais il faut savoir que les chiffres tels que la puissance, le couple et la taille de la batterie sont tous modérés dans une certaine mesure par le logiciel du fabricant du moteur. Par exemple, le logiciel règle souvent le moteur pour adoucir et contrôler un couple élevé, de façon à qu'il soit un peu plus doux au démarrage, ou adapte les rotations du moteur à la cadence
Vous pouvez bien sûr discuter avec des propriétaires de vélos ou lire des critiques, mais rien ne vaudra un test en conditions réelles, car votre choix dépendra au final de votre usage.
Si vous souhaitez une accélération puissante et rapide à partir d'un arrêt à vide pour prendre de la vitesse dans la circulation ou avec de lourdes charges, un cargo de classe 2 avec un moteur ayant un couple maximum de 60 Newton-mètres ou plus pourrait être la bonne approche.
Si, au contraire, vous cherchez un vélo pour de longs trajets, misez plutôt sur un système offrant une assistance maximale d'environ 300 %. Un niveau d'assistance plus élevé donne une impression de sportivité, mais se fait au détriment de l'autonomie.
Si, comme beaucoup d’utilisateurs vous n’avez pas besoin d'un vélo de grande taille pour transporter des marchandises, et si vous souhaitez conserver une certaine polyvalence pour les trajets à charge vide. Si vous cherchez un vélo qui ne prenne pas trop de place, facile à garer, choisir le HSD de Tern, qui peut se tenir verticalement sur son porte-bagages arrière, avec un guidon rabattable pour un encombrement minimum peut être une excellente option. Dans le même esprit, les E-Scout et Boost E de Benno sont également de très bons choix.
Mais quel que soit votre choix final, si le "cargo" correspond à votre usage, il y a fort à parier que allez rejoindre les nombreux adeptes de ce vélo qui donne une furieuse envie de ralentir le rythme et de prendre le temps !
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