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Super El Niño : un hiver exceptionnel pour le ski aux États-Unis… dans les Alpes françaises aussi ?

  • 19 octobre 2026
  • 5 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

En Californie, dans l’Utah ou le Colorado, les prévisionnistes américains envisagent un hiver particulièrement neigeux dans certaines régions, porté par un épisode El Niño d’une intensité exceptionnelle. Si ce phénomène climatique peut provoquer sécheresses, inondations et autres catastrophes à travers le monde, il pourrait cette fois faire rêver de nombreux skieurs. Mais aura-t-il les mêmes effets dans les Alpes françaises ? Entre perturbations atlantiques, températures trop douces et incertitudes sur l’évolution du froid en seconde partie d’hiver, les perspectives sont nettement plus incertaines de ce côté-ci de l’Atlantique.

Selon les prévisions 2026-2027 d’AccuWeather, une partie de l’Ouest américain pourrait ainsi bénéficier de conditions particulièrement favorables aux skieurs. Plusieurs tempêtes venues du Pacifique pourraient en effet déverser d’importantes quantités de neige sur la Sierra Nevada. Dans l’Utah, la chaîne des Wasatch pourrait connaître un enneigement supérieur à la normale. Et dans le Colorado, les prévisionnistes envisagent un démarrage précoce de la saison, suivi de nouvelles chutes de neige au fil de l’hiver. En cause : un épisode El Niño potentiellement parmi les plus puissants jamais observés.

El Niño est une phase naturelle de variabilité climatique qui se manifeste par un réchauffement inhabituel des eaux de surface dans les régions centrale et orientale du Pacifique équatorial. Le phénomène survient tous les deux à sept ans environ. En temps normal, les alizés poussent les eaux chaudes du Pacifique équatorial vers l’ouest, en direction de l’Indonésie et de l’Australie, mais lors d’un épisode d’El Niño, ces vents s’affaiblissent, permettant aux eaux chaudes de se déplacer davantage vers le centre et l’est du Pacifique, aux abords de l’Amérique du Sud. Cette redistribution de la chaleur modifie la formation des nuages et des précipitations sous les tropiques, entraînant des perturbations atmosphériques dont les effets peuvent se propager bien au-delà du Pacifique.

Une intensité exceptionnelle

Cette année, le phénomène pourrait toutefois atteindre une intensité exceptionnelle. En août 2026, l’anomalie de température de surface de la mer dans la région Niño 3.4, au centre du Pacifique équatorial, atteignait +2,8 °C en moyenne sur le mois, selon Météo-France. Sur la période de trois mois considérée par l’organisme, elle avoisinait +2 °C. Les prévisions de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, font état d’une probabilité de 83 % que l’intensité de l’épisode, sur la période octobre-décembre 2026, dépasse celle de tous les événements comparables de sa série historique remontant à 1950. Le terme « Super El Niño », largement repris dans les médias, n’est d’ailleurs pas une classification scientifique officielle : il désigne communément un épisode particulièrement intense.

Si les conséquences d’El Niño sont généralement plus marquées dans les régions tropicales et autour du Pacifique (pluies plus intenses sur certaines parties des côtes de l’Équateur et du Pérou, sécheresses plus fréquentes en Indonésie et en Australie, affaiblissement possible de la mousson indienne et conditions plus humides dans le sud des États-Unis), son influence peut aussi se répercuter sur les courants atmosphériques qui gouvernent la météo des régions plus éloignées, dont l’Europe.

Les Alpes pourraient-elles être concernées ?

L’influence d’El Niño sur les hivers européens reste moins directe et plus variable que sur d’autres régions du monde, mais un épisode d’une intensité exceptionnelle pourrait-il changer la donne ? Pas sûr. El Niño peut modifier la circulation atmosphérique au-dessus de l’Atlantique Nord, qui joue un rôle essentiel dans l’arrivée des perturbations sur l’Europe. Ces interactions à grande distance, appelées téléconnexions climatiques, peuvent favoriser certaines configurations météorologiques, sans pour autant déterminer à elles seules le temps qu’il fera dans les Alpes. Pour les trois derniers mois de 2026, Météo-France privilégie justement un scénario plus humide que la normale sur une grande partie de la France, à l’exception du Sud-Est, où aucun scénario ne se dégage, et un trimestre globalement plus chaud que la normale. Une tendance qui ne permet pas de prévoir l’enneigement des stations, ni d’attribuer directement les précipitations attendues à El Niño.

En automne et au début de l’hiver, certaines configurations de la circulation atmosphérique pourraient favoriser une activité perturbée sur l’Atlantique Nord, apportant des épisodes pluvieux accompagnés d’un air relativement doux sur le nord-ouest de l’Europe. Mais il serait prématuré d’attribuer un tel scénario à El Niño. Si ce scénario se confirme, les secteurs alpins les plus exposés aux flux d’ouest et de nord-ouest, notamment certaines parties des Alpes du Nord, en particulier les Préalpes et les massifs de Haute-Savoie, pourraient recevoir des précipitations régulières. Des domaines comme le Grand Massif ou Chamonix pourraient alors profiter de ces perturbations. Mais davantage de précipitations, est-ce forcément davantage de neige ? Pas nécessairement. Si l’air est trop doux, une partie des précipitations tombera sous forme de pluie, notamment à moyenne altitude. Pour les stations, la limite pluie-neige sera donc déterminante.

À l’inverse, les secteurs plus méridionaux ou orientaux des Alpes, moins directement exposés à ces flux d’ouest et de nord-ouest, pourraient moins bénéficier de cette configuration. C’est notamment le cas de certains secteurs des Alpes du Sud, des Dolomites ou du sud de l’Autriche. Mais ces régions peuvent aussi connaître d’importantes chutes de neige lorsque les perturbations arrivent par le sud ou l’est. Un changement de direction des vents ou de trajectoire d’une dépression pourrait pourtant rapidement déplacer les zones les plus arrosées d’un bout à l’autre de l’arc alpin. À ce stade, il est donc trop tôt pour savoir quelles stations tireront réellement leur épingle du jeu.

En seconde partie d’hiver, entre la fin janvier et le mois de mars, El Niño pourrait également contribuer à affaiblir le vortex polaire stratosphérique et, dans certaines configurations atmosphériques, augmenter la probabilité d’épisodes froids en Europe occidentale. Toutefois, les effets de ce mécanisme sur les températures européennes sont complexes et variables. Il ne permet donc pas de prévoir un retour du froid dans les Alpes cet hiver. Si le froid coïncide avec l’arrivée de perturbations suffisamment humides, les Alpes pourraient connaître des chutes de neige à plus basse altitude qu’en début de saison. Mais encore une fois, rien ne garantit cet enchaînement.

Le réchauffement climatique complique encore l’équation

Autre élément qui pourrait compliquer les prévisions cet hiver : le réchauffement climatique. Les Alpes abordent cet hiver dans un contexte climatique plus chaud que celui des décennies précédentes. Résultat : même si les précipitations sont au rendez-vous, la neige peut tomber plus haut et fondre plus vite, en particulier dans les stations de basse et moyenne altitude. Un hiver très arrosé ne sera donc pas forcément un hiver bien enneigé.

La température élevée des eaux méditerranéennes observée en 2026, quant à elle, peut apporter davantage d’humidité à l’atmosphère et contribuer à intensifier les précipitations sur les reliefs voisins, notamment dans les Alpes du Sud et les Alpes italiennes. Si ces systèmes rencontrent de l’air suffisamment froid, ils peuvent produire d’importantes chutes de neige. Mais la température de la Méditerranée ne suffit pas, à elle seule, à prévoir l’intensité ou la localisation de ces épisodes. Il serait donc prématuré de déduire de la combinaison d’un El Niño très intense et d’une Méditerranée chaude un hiver particulièrement neigeux dans les Alpes.

Les précédents d’El Niño invitent à la prudence

Peut-on s’appuyer sur les hivers passés pour anticiper l’enneigement des Alpes ? Difficilement. Les trois grands épisodes El Niño des hivers 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016 ne dessinent aucun scénario commun. En 1982-1983, les Alpes suisses ont connu un début de saison peu enneigé, avant d’importantes chutes de neige à la mi-janvier, suivies de bonnes conditions de ski en février et mars. En 1997-1998, après un début d’hiver relativement favorable dans certains secteurs des Alpes du Nord, janvier et février ont été doux et secs dans plusieurs régions, avant le retour de conditions plus froides et neigeuses en altitude en mars. Quant à 2015-2016, la saison a commencé avec un déficit de neige dans de nombreux massifs, avant une amélioration à partir de janvier, d’abord dans les Alpes du Nord-Ouest, puis plus largement en fin d’hiver. Ces précédents illustrent qu’un El Niño particulièrement intense ne garantit pas un hiver très neigeux dans les Alpes. Les conditions de ski pour la saison 2026-2027 restent donc difficilement prévisibles. Ce sont la trajectoire des perturbations, les températures et l’altitude qui feront, au bout du compte, la différence pour les skieurs.

Photo d'en-tête : © Webwizzard / Wikimedia Commons – CC BY-SA 4.0.
Thèmes :
Alpes
Environnement
Réchauffement climatique
Ski

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