Le projet States of Elevation, lancé le 5 septembre par l’utra-traileur espagnol Kilian Jornet, est singulier : relier tous les sommets des États-Unis continentaux dépassant les 14 000 pieds (plus de 4 000 mètres), soit 70 « fourteeners » parmi ceux accessibles au public, sans moyen de transport motorisé. En plus de courir, il pédale sur de larges portions. Entre le 19 et le 24 septembre 2025, il a ainsi roulé près de 1 500 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé positif... après 16 jours dans le Colorado où il avait déjà parcouru 2 000 kilomètres pour 78 000 mètres de dénivelé, entre vélo et course à pied.
« Je chercherai la meilleure manière de relier les sommets – pas juste les atteindre, les connecter entre eux selon la ligne qui a le plus de sens », expliquait Kilian Jornet avant de se lancer dans son projet States of Elevation. Le but : gravir les 70 « fourteeners » des États-Unis continentaux (parmi ceux accessibles au public) et les relier entre eux sans moyen de transport motorisé. Pour rejoindre le Colorado, point de départ de son aventure dans l’ouest américain, à la Californie, deuxième étape du projet sur la côte Pacifique, il a donc dû enfourcher son vélo. Entre les deux États, l’Espagnol a roulé au Nouveau-Mexique, en Utah, en Arizona puis en Californie pour se rapprocher de ses prochaines ascensions. D'autant qu'il se lançait dans ce périple après 16 jours et 261 heures d'effort (près de 11 jours consécutifs) dans le Colorado.
Au total, ces cinq derniers jours, Jornet aura parcouru à vélo 1 412 kilomètres et 9 699 mètres de dénivelé en 71 heures : c'est sans doute l'une de ses étapes les plus éprouvantes. Le calcul est vite fait : il a presque réalisé trois journées complètes d’effort. Autrement dit, il a roulé près de 300 kilomètres et 2 000 mètres de dénivelé en moyenne par jour pendant cinq jours de suite. Qu’on prenne les chiffres dans un sens ou dans l’autre, ils sont affolants. « Certains jours signifiaient onze, douze, voire quinze heures en selle, en affrontant des vents de face, des averses et des températures atteignant parfois les 38°C dans le désert. Le rythme hypnotique des wagons de train devenait la bande sonore du trajet », peut-on lire sur sa page Instagram. Ultra-traileur exceptionnel, Kilian Jornet confirme qu'il est aussi ultra-cycliste, ce dont il nous avait déjà donné une petite idée lors de son projet Alpine Connections.




Comment classer l’inclassable Espagnol ? Peut-être en le comparant aux autres, toutes proportions gardées. Par exemple à Mark Beaumont, détenteur du record du tour du monde à vélo en 78 jours. Entre juillet et septembre 2017, l'Ecossais a parcouru 29 020 kilomètres à travers 16 pays, soit une moyenne de 370 kilomètres par jour. Dans un autre genre, la Race Across America (RAAM) est une épreuve d’ultra-cyclisme aux États-Unis qui consiste à rallier la côte Ouest à la côte Est sur une distance de 4 800 kilomètres. Le record est détenu par Christoph Strasser depuis 2014 avec une moyenne de près de 700 kilomètres sur ses sept jours d’effort de suite. Dans un cas comme dans l’autre, il convient de garder à l’esprit que Kilian Jornet est comparé aux meilleurs du monde en termes d’endurance sur deux roues. Et que, contrairement à un Beaumont ou à un Strasser, il aura, sur ce segment Colorado - Californie passé moins de jours consécutifs qu'eux, sans compter qu'au cours de son projet, il alterne course à pied et vélo.
Si l’Espagnol est avant tout un ultra-traileur, le vélo occupe toutefois une place déterminante dans States of Elevation. Dans le Colorado, pour gravir et relier les 56 sommets de l’État, il a parcouru près de 2 000 kilomètres pour 78 000 mètres de dénivelé répartis comme suit : 61% du temps à vélo et 39% à pied (soit environ 754 kilomètres). En 16 jours. « Ça fait du bien d’avoir terminé le Colorado », écrivait-il alors sur ses réseaux sociaux. « Pendant les deux premières semaines, le temps a été vraiment difficile, ce qui a ajouté un niveau de défi supplémentaire », concluait-il avant de se mettre en selle direction la Californie.

Cinq jours et 1 400 kilomètres à pédaler plus tard, la traversée du désert des Mojaves est devenue « un voyage à part entière, avec ses rires, ses douleurs, sa beauté sauvage, et ses routes vides sans fin », décrivait-il. Sans fin, States of Elevation semble l’être aussi. Jornet s’attaque désormais aux 12 « fourteeners » de Californie principalement situés dans la chaîne de la Sierra Nevada. Le point culminant : le Mount Whitney à 4 421 mètres. Ensuite devraient venir les deux derniers sommets à plus de 4 000 mètres d’altitude dans l’État de Washington.
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