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Guillaume Pick
  • Aventure
  • Trail Running

Sourd profond de naissance, Guillaume Pick a bouclé l’UTMB « dans sa bulle de silence »

  • 2 septembre 2024
  • 5 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Sur Instagram, il affiche la couleur : il est « Guillaume le runner sourd », 1000 followers. Dans la foule des 2300 participants partis vendredi dernier de Chamonix pour boucler les 176 km et 9900 m de D+ de la très convoitée UTMB, rien ne le distingue pourtant des autres coureurs. Son handicap est invisible – sourd profond de naissance, il ne peut rien entendre - mais bien réel, tout comme celui des onze athlètes qui complètent cette année la toute nouvelle Team Adaptative lancée dans le cadre du « mondial du trail ». C’est donc dans le silence absolu qu’il a terminé l’épreuve hier, en 45:13:53. Sous les acclamations de la foule qu’il n’a pu entendre mais dont il a ressenti tout le soutien et les émotions, nous explique-t-il, à peine remis de sa course.

Deux marathons des sables (2018 et 2023), un Grand Raid (2021), un GR21 et un GR20 menés au pas de course en solo et en autonomie (2022 et 2023)… Guillaume Pick, 44 ans, expert support technique chez Airbus Helicopters, affichait déjà un beau CV vendredi dernier quand il a pris le départ à 18h vendredi dernier. Son objectif ? « Simplement de devenir finisher, quel que soit le classement et la performance, même si cela implique une préparation physique rigoureuse pour gérer au mieux la course sans me préoccuper des barrières horaires. », nous raconte-t-il. Concernant sa préparation, il a suivi sa méthode habituelle : « travail fractionné, longues sorties, renforcement musculaire, etc., comme je l'ai fait lors des Marathon des Sables, de la Diagonale des Fous, et d'autres courses similaires. Une fois l'UTMB réussi, je pourrai ajouter cette course à mon CV, ce qui sera un enrichissement considérable », dit-il.

Guillaume PickGuillaume Pick

Dimanche dernier en fin d'après-midi, il a pu cocher cette case très particulière « le Graal du trail », selon lui, après 45:13:53 minutes de course. De quoi le classer 1531 sur les 1760 finishers. Un bel exploit quand on sait que cette année l’UTMB a vu tomber jusqu’aux athlètes les plus accomplis ce week-end. De Jim Walmsley, à Matthieu Blanchard.

Pas de sas de départ réservé, de barrière horaire aménagé, ni de classement à part

Une course très particulière aussi car il a pu compter cette fois sur le soutien de l'interprète en LSF (langue des signes) venue spécialement de Chambéry, ce qui « rend l'expérience encore meilleure », insiste-t-il. Un soutien personnalisé dont ont également bénéficié les autres onze athlètes complétant la toute nouvelle Team Adaptative, créée dans le cadre de l’UTMB. Parmi eux, Amy Palmiero-Winters, amputée d'une jambe, mondialement connue pour sa persévérance, dont nous vous parlions déjà en 2023. Ou encore Nicolas Ronget, qui parcourt les sentiers avec une vision réduite à moins de 2/10 dans les deux yeux. Sans parler bien sûr de Jonathan, tétraplégique après un accident de rugby, qui a passé la ligne d'arrivée de l'OCC avec son équipe de 26 personnes après 11H03 de course avec sa joëlette, une chaise qui permet de faire de la montagne. 

Quel que soit leur handicap, tous ont couru comme les 10 000 participants de la semaine UTMB. Pas de sas de départ réservé, pas de barrière horaire aménagé, ni de classement à part. « Une évidence » pour eux. Ces athlètes ont juste bénéficié d'une facilité d'inscription  (une seule running stone est exigée pour l’UTMB par exemple ) et de qualification, d'un dossard pour un guide. Ils disposent également sur les points de ravitaillement d'un espace pour leur assurer si besoin, comme Boris Ghirardi par exemple, de s'asseoir pour retirer sa prothèse et la sécher de la transpiration accumulée.

Une expérience qui n’aurait pas pu voir le jour sans cet athlète plus connu sous le pseudo de, « Pied de robot ». Amputé de la jambe gauche en 2019, c’est aujourd’hui un  traileur accompli. Deux ans après son opération et une rééducation intensive, Boris a relevé le défi du trail Sierre-Zinal. De quoi redéfinir ses propres limites. Mais courir n’est pas sa seule manière d’impacter le monde du trail running et du handicap. Il a fondé l’association Level Up, qui accompagne les personnes en situation de handicap à reprendre une pratique sportive. Cette volonté de partage l’a également conduit à s’impliquer dans le développement de la lame de course Hopper, offrant une chance unique de rendre la course accessible à ceux qui avaient perdu espoir.

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"Il n'y aurait pas de deuxième chance pour prendre ma revanche"

L’espoir, Guillaume Pick ne l’a jamais perdu, malgré son handicap avec lequel il est parvenu à se construire au fil des années, faisant preuve d'une détermination sans faille sur l’UTMB. « Je n'ai jamais pensé à abandonner pendant cette course », nous confie-t-il. Mais j'ai eu des moments de doute après une vingtaine de kilomètres, quand j'ai commencé à ressentir des douleurs aux jambes en descente, et c'était difficile de monter quand mes jambes étaient un peu lourdes. (…) J'ai su surmonter mes moments de doute. Oui, j'étais stressé et déçu de traverser ces épreuves, mais je refusais d'abandonner, car l'UTMB est le Graal de l'ultra-trail, et je ne pouvais pas rater cette chance unique d'y participer. Il n'y aurait pas de deuxième chance pour prendre ma revanche. Je devais me battre en pensant à mes enfants, pour qu'ils soient fiers de leur père, et aussi en hommage à mon ami récemment décédé, à qui j'avais promis de courir pour lui. Grâce au soutien de ma famille, de mes amis, et même de sourds inconnus, j'ai pu tout donner et exprimer mes émotions fortes à l'arrivée après plusieurs mois de stress et de pression.

Et quand on lui demande s’il n’a pas ressenti un isolement au cours des deux nuits passées sur le sentier, dans le silence, sans pouvoir anticiper les dangers via les sons, il répond : « Je ne ressens pas d'isolement tout au long d'une course aussi longue, car je suis dans ma bulle et je profite de la nature. Surtout pendant la nuit, je n'ai aucun souci ; j'ai l'impression de me concentrer encore plus et d'être plus performant. Je ne sais pas si c'est une expérience unique ou généralement le cas pour les sourds. J'ai également pu faire des blagues visuelles et communiquer par mime avec quelques traileurs inconnus. En général, ils sont sympathiques. J'apporte toujours un drapeau, symbole de la valorisation de la langue des signes pour tous (et pas seulement pour les sourds). Même si les traileurs ne connaissent pas ce drapeau, certains m'ont posé des questions à ce sujet pendant la course. C'est aussi une forme de sensibilisation à la LSF pendant les courses.

Cependant, pendant les ravitaillements, comme tous les traileurs, j'apprécie d'avoir de l'assistance pour reprendre des forces, que ce soit de la part de personnes entendantes ou de sourds, signants ou non. Il est également important pour moi de pouvoir discuter un peu, comme tous les autres traileurs. Cela crée un sentiment de camaraderie et permet de partager nos expériences et nos passions. Tout au long de la course, on traverse une gamme d'émotions : des moments de fatigue intense, où l'on se demande si l'on pourra continuer, et des moments de joie et de satisfaction, surtout lorsqu'on atteint un objectif personnel ou qu'on surmonte une difficulté. Les paysages, la nature, ainsi que le soutien des autres traileurs et bénévoles, sont d'une grande aide pour rester motivé et avancer. Chaque rencontre et chaque échange, même bref, me rappellent que je fais partie d'une communauté plus large, celle des passionnés de trail, et cela me donne de l'énergie pour continuer. Pour moi, l'essentiel est de rester présent à chaque instant, de profiter pleinement de l'expérience et de partager ces moments avec les autres, qu'ils soient sourds ou entendants. C'est ce qui rend la course unique et inoubliable. »

L’année prochaine il compte d'ailleurs revenir à l’UTMB, mais en bénévole cette fois. Quant à ses projets de courses, il vise désormais… : « le Tor des Géants, avec 300 km. Je ne suis pas encore certain de la date à laquelle je me lancerai, car je dois d'abord me renseigner sur une préparation rigoureuse, en m'inspirant des expériences passées comme l'UTMB et la Diagonale des Fous, pour être au mieux prêt pour cette course encore plus difficile. Pour l'instant, je suis encore dans l'euphorie après l'UTMB et je souhaite profiter de ces moments ainsi que de passer du temps avec ma famille. Je réfléchirai plus en détail à ce défi plus tard. Par ailleurs, je rêve également de participer à des courses américaines comme le Western States et le Hardrock, qui sont très difficiles d'accès. En tant que finisher de l'UTMB, je crois pouvoir m'inscrire à ces courses, je vais me renseigner. Mais il faut ensuite attendre les résultats du tirage au sort. Je vais tenter ma chance ! ".

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