Le 20 janvier, il aura enfin 18 ans : l’âge requis pour participer à des compétitions officielles. Un moment très attendu pour ce jeune traileur californien qui depuis près d’une décennie enchaîne les très très longues distances. Sous le feu des critiques parfois. N’a-t-il pas commencé trop jeune ? Pas de quoi freiner Sebastian Salsbury qui entend bien s’attaquer maintenant aux trails les plus prestigieux. Et les gagner… entraîné par le champion Hayden Hawks.
En novembre dernier, Sebastian Salsbury, 17 ans, a reçu un mail de rappel. Il avait 13 jours pour décider de tenter sa chance au tirage au sort de la Western States 100 Mile Endurance Run 2024, l'une des plus prestigieuses épreuves de trail au monde, l’une des plus corsées aussi ( 160 km, 6 000 m D+ ). Les règles stipulent que chaque candidat doit être âgé d'au moins 18 ans le jour de la course. Or ce 20 janvier, Sebastian remplira enfin cette condition d'âge… cinq ans après avoir couru un temps de qualification pour participer à la loterie pour la première fois. C'est l’objectif qu'il s'efforce d'atteindre depuis des années.
En 2020, alors qu'il n’avait que 13 ans, il a en effet terminé le Black Canyon 100K dans l’Arizona en 15 heures 49 minutes et 32 seconde. Bien en deçà de la limite des 17 heures nécessaire pour se qualifier pour la loterie de la Western States. "C’est difficile de décrire cette expérience avec des mots", raconte le traileur. "C'était l'un des plus beaux parcours que j'aie jamais faits. Ce jour-là, j’ai vraiment eu le sentiment que j’étais là où je devais être ».
"Enfant, les montagnes étaient mon terrain de jeu"
Sebastian Salsbury a grandi à Santa Barbara, en Californie. Très tôt il a aimé partir sur les sentiers où ses parents l’emmener randonner. Mais petit à petit, ses randos se sont transformées en course et le gamin a pris chaque jour plus de plaisir à courir en pleine nature. « Les montagnes, c’étaient un terrain de jeu », raconte-t-il. Comme tous les enfants de son âge il a touché un peu au basket et au foot, mais son truc à lui, c’était la course à pied. Aussi a-t-il abandonné tous les autres sports après le collège pour limiter les risques de blessures et consacrer plus de temps au running.
Quelques années après avoir commencé à participer à des courses - sa première était un 5 km sur route, il avait alors quatre ans - il a fait le Santa Barbara Red Rock Trail Run. Un 45 km couru avec son père, un marathonien sur route, qu’il a suivi tout le long. Pas mal pour enfant de neuf ans !
"J'ai adoré me mettre dans le dur"
L'année suivante, toujours aux côtés de son père, il s’est attaqué au Santa Barbara Nine Trails. Un parcours de 56 km avec près de 3600 mètres de dénivelé positif. Puis il s’est inscrit au Black Canyon 100K, dans l’Arizona, l'une de ses expériences les plus éprouvantes à ce jour, dit-il. "Je pleurais", se souvient-il, ajoutant que son gilet d'hydratation ne cessait de s'enfoncer dans ses côtes. "Mais j’ai adoré me mettre dans le dur, passer par des moments très difficiles et les surmonter. En fait, c’est ce que je cherchais, j’en avais besoin".
Soutenu sur les 20 derniers kilomètres par son entraîneur de l'époque, Tyler Hansen, Sebastian a franchi la ligne d'arrivée complètement abattu et en même temps comme porté, plus fort. Cette course a été décisive pour lui et lui a donné la confiance nécessaire pour continuer à se lancer des défis dans l'ultrarunning. Un choix qui laisse son entourage perplexe.
L'incompréhension et les critiques le laissent froid
"Mes meilleurs amis ne me comprennent pas", avoue ce coureur qui se voit déjà engagé sur les ultras les plus exigeants du monde. La Western States 100 en Californie, bien sûr, mais aussi l’UTMB ou la Hardrock 100, dans le Colorado. Il a bien conscience que la course à pied perturbe sa vie sociale, mais il n'a rien contre la solitude que ce sport exige. En fait, il s'en réjouit. "J'aime me sentir seul dans les montagnes. C'est un excellent moyen de se libérer l'esprit. »
Dans la communauté des runners aussi, il suscite parfois des critiques, vu son très jeune âge, la moyenne des traileurs américains tournant autour des 30 ans. " Je peux comprendre le point de vue de quelqu'un qui voit un enfant faire de telles courses, mais ce n'est pas du tout cool de dire du mal ainsi. Il y aura toujours des gens qui vous critiqueront sans raison. C'est la vie. ».
Comment s’entraine-t-il ?
Pas facile pour un lycéen d’avaler le volume nécessaire à de telles courses sans affecter ses études ni surtout surcharger son corps encore en plein développement. Mais pour cela Sebastian Salsbury peut compter sur les conseils de son modèle de longue date, le coureur de trail professionnel Hayden Hawks (2e sur la Western States en 2022). Sebastian avait 14 ans quand il l’a rencontré pour la première fois, et tout de suite le courant est passé entre eux. Depuis, ces deux-là ont lié une solide amitié.
"Dans mon parcours de coureur, j'ai eu, moi aussi, beaucoup de mentors qui m'ont aidé à un jeune âge", commente Hayden Hawks, 32 ans. "J'ai senti que cette fois j’avais la responsabilité de faire la même chose avec Sebastian. Ensemble, nous avons adopté une approche patiente et progressive, en développant la force, la vitesse, une base qui l'aidera à se lancer dans des courses de longue distance à un âge plus avancé."
Cela fait maintenant deux ans qu’Hayden Hawks entraîne Sebastian à raison de 80 km par semaine, répartis sur six jours. Le jeune traileur complète ce kilométrage par un entraînement croisé associant randonnées, VTT et intervalles sur home traineur. Enfin, trois jours par semaine, il fait de la musculation. Un programme chargé rendu compatible par des études à distance. Avant la pandémie, Sebastian s'était inscrit à la West River Academy, un programme d'enseignement privé en ligne, afin de pouvoir s'entraîner et participer aux compétitions. Il s’en félicite aujourd’hui. « Cela m’a donné la possibilité de voyager avec ma famille et de courir, d'organiser mes journées comme je l'entends et d'apprendre à mon propre rythme. C’est parfait pour moi ».
Un lycéen au quotidien pas banal
Ses cours ne lui prennent que trois heures par jour, "beaucoup moins qu’une terminale classique", s'amuse Sebastian, mais ils semblent porter leurs fruits. En 2022, il s’est lancé dans l'ingénierie informatique et s’est construit un ordinateur de toutes pièces. Cette année, dans le cadre de son programme d'études en ligne, il apprend l’allemand et fait des recherches sur le café et le développement durable. Un sujet qui l'intéresse particulièrement. Sebastian est en effet barista certifié et travaille à temps partiel dans un café de sa ville. Un équilibre entre apprentissage en ligne et l'ultrarunning qui lui plait. "J'aime me tenir occupé", dit-il. "J'ai toujours eu une énergie débordante. Évidemment, cela se retrouve dans la course à pied, mais c'est aussi ce que je suis en tant que personne. »
Son planning est loin d'être banal, comparé à celui d'un lycéen moyen. Tout dernièrement, il a commencé sa journée par un plongeon de trois minutes dans un cours d’eau froide, avant de passer le reste de la matinée à préparer son matériel en vue d'une sortie de quatre jours dans le Colorado. A savoir des chaussures de course, des couches thermiques, sa montre COROS et un cardiofréquencemètre. Son objectif ? S'entraîner avec un ami en altitude. Essentiel pour lui. Sebastian vit au niveau de la mer à Santa Barbara, et n'a pas souvent l'occasion de courir en altitude. Guère plus que deux fois par an.
Devenir pro ? Son rêve
Même s'il a beaucoup couru au fil des ans, Sebastian affirme qu'il a eu la chance de ne jamais avoir eu de blessures graves. Cette année toutefois, une poussée de croissance de 20 cm a entraîné de graves lésions au niveau du tibia, et le coureur, qui mesure maintenant 1,95 m pour 73 kg, a dû se mettre en retrait des sentiers pendant quatre mois. Depuis, la vie a repris son cours normal. Et Sebastian planifie soigneusement son planning de courses. La prochaine ? Le 25 km de La Cuesta Ranch à San Luis Obispo, en Californie, fin janvier. Et une fois son bac en poche en juin 2024, il aimerait poursuivre une carrière de coureur à pied, idéalement à plein temps, et rêve de passer pro.
"J'ai toujours eu l'intention de devenir un jour l'un des plus grands coureurs d'ultra au monde. Et ça reste mon objectif", dit-il. "Je veux laisser un impact positif sur ce sport et être une source d'inspiration pour d'autres athlètes de tout âge. Et bien évidemment pour les jeunes, car c'est comme ça que j'ai grandi. Les gens peuvent bien me juger et dire ce qu'ils veulent, je veux être le meilleur de tous les temps ! »
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