Le scénario semblait presque écrit d’avance : la reine Courtney revenait à Chamonix et décrochait une nouvelle victoire sur la course phare de l’UTMB. L’arrivée en tête ce samedi 30 juillet de Ruth Croft, à l’issue de 22:56:23 heures de course, a montré, une fois de plus, que rien n’est jamais acquis et en a surpris plus d’un. Or ceux qui, depuis dix ans, suivent le parcours de l’athlète néo-zélandaise de 36 ans, ne voient là aujourd’hui que l’aboutissement d’une stratégie bien pensée, mixant data et feeling, soutenue par une détermination sans faille.
Les UTMB se suivent et ne se ressemblent pas. Ceux qui, depuis hier 17 h 45, suivaient l’inexorable avancée de Courtney Dauwalter sur l’UTMB (177 km et plus de 10 000 m de D+) commençaient presque à frôler l’ennui. Certains avaient bien noté quelques signes de faiblesse ces derniers temps chez l’Américaine de 40 ans, notamment lors de son abandon sur la Cocodona 250 en mai. Reste qu’en première partie de course cette nuit à Chamonix, elle caracolait en tête, loin devant ses concurrentes, et offrait même quelques frissons à ses pairs masculins : elle s’affichait en 7e position au général. De quoi en démoraliser plus d’un, même si cela est quasiment devenu une habitude pour la championne qui, de l’avis de tous, pourrait bien faire l’événement un jour en montant sur un « podium mixte ».
Mais, au cours de la nuit, on vit Courtney chuter au général et, plus inquiétant, faiblir face à l’offensive de la Néo-Zélandaise Ruth Croft et de la Française Camille Bruyas. Vers 7 heures, cette dernière passait le sommet du Grand Col Ferret (km 105) avec un retard de moins de dix minutes sur l’Américaine ! Tandis que, dans la matinée, la Néo-Zélandaise de 36 ans lâchait les chevaux et poursuivait sa remontée. Une stratégie à laquelle elle nous a habituée et qui, cette fois encore, lui a garanti la victoire, en 22:56:23 heures de course.
L’UTMB, c’était son objectif, son obsession depuis dix ans, et elle ne s’en cachait pas. Ces derniers mois, elle avait tout mis en œuvre pour réussir à Chamonix où, depuis 2015, elle avait déjà tout raflé, ou presque : OCC, Marathon du Mont-Blanc, CCC. Seul lui manquait l’UTMB où, en 2024, elle avait dû se contenter d’une deuxième place, derrière Katie Schide. Elle avait pourtant fait une course parfaite, pêchant seulement, peut-être, par un manque d’audace, un excès de prudence.
Sa stratégie ? « Tout donner sur la fin du parcours »
En athlète intelligente et très professionnelle, elle semble avoir tiré les leçons de cette expérience. Il ne faut pas oublier qu’elle pratique l’athlétisme en compétition depuis ses 14 ans. Elle a représenté la Nouvelle-Zélande aux championnats du monde juniors d’athlétisme au 3000 m steeple à Pékin et aux championnats du monde de cross-country en Écosse. Mais c’est en skyrunning qu’elle brille et qu’on la voit porter les couleurs de son pays aux championnats du monde de course en montagne en Nouvelle-Zélande, en Turquie et en Suisse. Des performances qui n’allaient pas forcément de soi, le relief de la Nouvelle-Zélande se prêtant mal à cette pratique. Un passage par les Etats-Unis, puis par Taïwan changeront la donne. Un temps elle laisse tomber la course à pied, mais y retrouve goût. Sa passion ne la quittera plus. Et la portera au plus haut niveau.
En 2018, les Français la découvrent quand elle remporte le Marathon du mont Blanc (42 Km), en 4h37, devant Ida Nilsson et Eli Gordon. Ce jour-là, elle applique une stratégie qui va devenir sa signature, comme elle l’expliquera à la presse : « Ne pas aller trop vite sur les 30 premiers km, manger, m’hydrater et puis tout donner sur la fin de parcours. »
Son secret ? Une gestion fine des datas et un zeste de feeling
Cette approche, désormais calée au millimètre près, elle n’a eu de cesse de l’affiner pour l’UTMB. Non contente d’intensifier sa préparation – elle s’entraîne notamment en altitude, récupère en piscine et ne néglige ni les étirements ni les séances de musculation bihebdomadaires – on l’a vue entreprendre des reconnaissances poussées sur certains segments du parcours et optimiser, si c’était encore possible, son passage aux ravitos (elle est végétarienne et fuit le gluten). Mais cette athlète, qui fonctionne aussi au feeling, a compris que désormais, en ultra la progression n’allait pas sans une prise en compte des datas, sous l’impulsion notamment du Français Joseph Mestrallet, performance scientist à l’origine du centre de recherches Enduraw. Nul doute que sa progression, et sa victoire aujourd’hui, lui doivent sans beaucoup.
Pas une seconde de perdue, un mental froid, une progression régulière : le cocktail gagnant sur un ultra de 170 km, où l’athlète est arrivée fraîche, totalement concentrée sur son objectif ultime, l’UTMB. Bien joué !
La Française Camille Bruyas a décroché la deuxième place alors que Courtney Dauwalter est arrivée en 10e position. L’Allemande Katharina Harthmuth complète le podium.
Photo d'en-tête : Thibault Ginies